“Majorque, le soleil et les arts “, un film de Pierre Brouwers
A l’ Ouest du bassin méditerranéen et à 200 km
au large des côtes de l’Espagne continentale, l’archipel des Baléares est composé de 4 îles
principales. La plus importante d’entre elles en superficie est Majorque. La surface de
Majorque ne couvrirait pas la moitié de la Corse. D’ouest en est, Majorque atteint tout
juste 100 kilomètres. L’île, de forme compacte, est encadrée par deux chaînes de montagnes
côtières. A l’horizon, les plus élevés des sommets dépassent souvent 1000 mètres d’altitude. Majorque
a taillé dans le calcaire différents reliefs : des falaises intraitables et des collines abruptes,
qui descendent sans transition jusqu’à la mer. Au milieu de l’île s’ouvre une vaste
plaine. Elle est couverte de dépôts fertiles abandonnés par la mer et enrichis pendant
des millénaires par les alluvions des cours d’eau. C’est dans la chaîne de montagnes
du Nord-Ouest que se dresse le Puig Major, le point culminant des
Baléares, à plus de 1440 mètres. Grâce à la diversité des milieux naturels, la
végétation rassemble de nombreuses espèces. Outre les végétaux caractérisques du climat
méditerranéen comme les plantes grasses, plusieurs espèces propres aux régions tempérées
ont réussi à s’adapter sur une île bien ventilée. Des milliers d’oiseaux font escale à
Majorque sur la route de leurs migrations. L’île occupe une position stratégique, qui
n’a pas échappé aux Carthaginois et à leurs ennemis les Romains. Après une longue période
musulmane, les Catalans prennent possession de l’île. Au milieu du 14ème siècle, elle
est rattachée à l’Espagne. Dès 1983, les Baléares constituent une communauté
autonome intégrée au royaume d’Espagne. Depuis des siècles, la population de Majorque
a vu passer de nombreuses cultures étrangères. Elle a pourtant conservé sa propre
identité et le sens de l’hospitalité. Dans la plaine centrale, quelques
localités s’étalent , mais sans empiéter sur les terres agricoles.
Lorsque la montagne l’impose, les villages se font petits en évitant les
fortes pentes et en se fondant dans le décor. Les Baléares comptent près d’ un million
d’habitants, et 80% d’entre eux vivent à Majorque. Malgré la croissance démographique, l’île n’a pas
renié ses origines. Entre le présent et le passé, l’architecture tire un trait d’union. Toutes
les influences s’y croisent pêle-mêle entre les courbes mauresques et celles du “modernismo”,
la version espagnole de l’Art nouveau. La religion chrétienne est
largement prédominante. Elle peut être catholique et même orthodoxe,
en témoignage de l’époque byzantine. Les convictions religieuses ont
imprégné les traditions. Ainsi, les fêtes de Pâques sont célébrées avec
ferveur. La foi chrétienne et ses multiples expressions nourrissent la plupart des
manifestations folkloriques sur l’île. La beauté de l’âme génère la beauté plastique. Une
constante sur une île, dont la lumière a séduit les créateurs et pas des moindres : Salvador
Dali, Pablo Picasso, Joan Miro. L’oeuvre d’art prend une telle dimension que les ronds-points lui
réservent une place centrale. L’île est devenue un foyer artistique très actif. Dans la foulée des
trois grands maîtres espagnols du 20ème siècle, de nombreux artistes se sont installés.
Les couleurs et les formes les inspirent. Ils ont trouvé sur l’île le moyen
de fondre le soleil et les arts. A Majorque, la création artistique a gardé une
dimension populaire. Le secteur agricole en déclin a choisi de privilégier désormais la qualité à
la quantité. Une bonne idée, qui profite depuis quelques années à la production des amandes, mais
aussi à celle des olives et surtout aux agrumes. La gestion de l’eau doit beaucoup aux musulmans
et à leurs techniques d’irrigation. Longtemps, l’agriculture servie par une terre riche, fut
l’unique ressource économique. Dans le passé, plus de 65% de la population
active se consacraient à la terre. Aujourd’hui, l’agriculture contribue au Produit
Intérieur Brut à hauteur de 2% seulement. Les produits du terroir ont développé leur
attrait . Depuis l’entrée de l’Espagne dans l’Union européenne, les contraintes sont sans
doute plus fortes. Mais les races d’élevage sélectionnées et le retour aux méthodes
artisanales ont ouvert de nouveaux marchés. Le succès des petits producteurs
en témoigne. On retrouve le goût des préparations traditionnelles. Salées,
fumées, séchées ou baignées dans l’huile, les productions sont conservées comme au
temps où la réfrigération n’existait pas. Depuis des temps immémoriaux, l’île cherche
des moyens de subsistance. En utilisant les vents dominants, en creusant le sol en
profondeur ou en exploitant les marais salants. On en extrayait un sel réputé, dès
l’Antiquité, dans toute la Méditerranée. Majorque fait appel à l’hydroélectricité
pour assurer la production d’énergie. En raison de son isolement, l’île ne peut
pas compter sur une industrie performante… La contribution du secteur industriel au Produit
Intérieur Brut ne cesse de diminuer. En revanche, certains domaines prospèrent comme la fabrication
de perles artificielles ou du verre soufflé. Les échanges sont facilités par un
excellent réseau routier, dense et récent. Les infrastructures routières ne sont pourtant pas favorisées par la configuration
des lieux. De nombreux ouvrages d’art ont été construits pour faciliter
la circulation, contrariée par le relief. Un trafic incessant a conduit l’aéroport de
Majorque au troisième rang national. On y compte plus de vingt millions de passagers par an. Les nouvelles technologies et l’essor des
télécommunications ont sorti Majorque de son isolement et contribué à son développement.
Mais le secteur qui a dynamisé l’économie est, d’évidence, le tourisme. Il fournit 70% des
revenus de l’île. Grâce au tourisme, le taux de chômage aux Baléares est nettement inférieur
à la moyenne espagnole. L’ensoleillement, les paysages et le niveau de vie abordable expliquent
le succès touristique à partir des années 1960. A côté du tourisme de masse,
Majorque offre d’autres modes d’accès. Les visiteurs peuvent entrer en
contact avec le patrimoine et la nature. Des valeurs authentiques en harmonie avec
une île baignée par le soleil et les arts. Sur la côte au Sud-Ouest, la ville de Palma est
la capitale de Majorque et de toute la communauté autonome des Baléares. Elle a été fondée par les
Romains au 1er siècle avant JC dans un site bien abrité au creux d’une large baie. La cité jadis
appelée “Medina Mayurka” fut musulmane pendant cinq siècles. Elle connut son apogée avec les
Catalans qui la baptisèrent “Ciutat de Mallorca”, un nom qu’elle conserva jusqu’au 18ème siècle.
Palma connaîtra un rayonnement exceptionnel à travers toute la Méditerranée. Mais son expansion
s’arrêtera net avec la découverte de l’Amérique. Les expéditions transatlantiques mobiliseront tous
les intérêts et le port sombrera dans l’oubli. L’architecture reflète les différentes époques
de la ville. Malgré une longue présence des Musulmans, on a sauvegardé relativement peu
de traces de leur présenc e. A l’exception notamment de l’ancienne résidence des vizirs
maures, le palais forteresse de l’Almudaina. L’imposante cathédrale contient, à elle
seule, plusieurs siècles d’histoire. Dans les jardins au pied de la cathédrale, la
création artistique a trouvé un autre terrain de plus pour s’exprimer. Majorque étonne
par son audace dans le mélange des formes et des styles. Moine ou statue, les
apparences sont souvent trompeuses. La cathédrale s’élève à l’emplacement
d’une ancienne mosquée. Sa construction fut décidée au 13ème siècle par le roi
d’Aragon. Il avait essuyé une tempête en mer et avait promis de bâtir une église
en l’honneur de la Vierge s’il survivait. Le roi ne vit pas l’édifice achevé, car il
fallut 371 ans de travaux pour le construire. Pour son exploitation de la
lumière et sa décoration baroque, la cathédrale prend une grande place dans le
coeur des Majorquins. Ils l’appellent “la Seu”, qui veut dire “siège épiscopal” en catalan. Tous les ans, on sort la “Lledania”, une
croix en cire , pour obtenir de bonnes récoltes. Elle accompagne la procession
organisée à l’occasion de la Fête-Dieu. Pour la circonstance, les “cavallets”, les
cavaliers, sont de sortie. Les chevaux de carton sont présents dans de nombreuses fêtes à
Majorque. Leur origine remonte au Moyen Age. La cavalcade rappelle les affrontements entre les
Chrétiens et les Musulmans. Dans un contexte religieux, les cavallets représentent
l’opposition entre le bien et le mal. Le défilé fait aussi appel à un
groupe de danseurs, les “cossiers”. Leur participation à la Fête-Dieu
remonte au milieu du 16ème siècle. Derrière la “Lledania” défilent
les élégantes Majorquines. La Fête-Dieu n’a pas de date fixe dans
le calendrier de l’Eglise catholique. Mais on la célèbre obligatoirement après la
Pentecôte, entre le 21 mai et le 24 juin. Le clergé porte la chasuble
blanche couleur de fête. Au milieu des volutes d’encens, une hostie
consacrée parcourt les rues de la ville. La vieille ville semble sortie en droite
ligne du Moyen Age. Les maisons occupent le moins d’espace possible. En effet, l’espace
manquait à l’intérieur d’une enceinte, qui cerna la ville jusqu’au 19ème siècle. Les maisons
de maître, disposaient d’une surface confortable. Autour du patio s’agencent les parties habitées,
toujours situées aux étages supérieurs. Lorsque les risques de conflits s’atténuèrent,
les aristocrates renoncèrent à s’enfermer dans des palais fortifiés. Au 18ème siècle, ils
préférèrent le confort de demeures plus lumineuses comme le palais March, siège
du musée d’Art espagnol contemporain. Juan March fut à la tête d’une immense
fortune initiée grâce à la contrebande. Dans les années 1950, il créa une
fondation, qui porte toujours son nom. Une fois les remparts détruits, la ville
changea d’allure. On traça de longues artères rectilignes flanquées d’immeubles plus
élevés et plus spacieux. Le temps était venu pour les urbanistes de donner à la cité une autre
envergure. Il fallait se débarrasser de l’exiguïté médiévale. Chef-d’oeuvre de symétrie,
la plaça Major est un joyau du baroque. Au cours des deux derniers siècles, les
architectes laissèrent leur créativité s’exprimer pour satisfaire les goûts d’une riche
clientèle. Toutes les influences convergeaient sur le même support dans un mélange foisonnant de
lignes, de moulures, de frises et de bas-reliefs. Dans plusieurs pays européens, l’Art
nouveau émergea à la fin 19ème, ou au début du 20ème siècle. Il
reprenait des motifs végétaux, qu’il travaillait dans la pierre,
le verre, le bois et le métal. Les environs de Palma sont
prisés pour les résidences d’été. C’était déjà vrai au 14ème siècle quand on
construisit le château de Bellver à l’intention des rois de Majorque en villégiature. Le
nom “Bellver” signifie “belle vue” … Tout près de Palma, la végétation reprend vite
ses droits. Elle envahit le jardin d’une maison majorquine typique du 17ème siècle. Les
murs sont couverts de dessins réalisés au charbon de bois par l’un des artistes
majeurs du 20ème siècle : Joan Miro. La fondation Pilar et Joan Miro porte le nom de
l’artiste et de sa femme. Elle a été créée en 1981 autour des ateliers que Miro utilisait
lorsqu’il résidait à Majorque. Le peintre, né à Barcelone, passait ses vacances sur
l’île . Il s’installera définitivement à Majorque à 63 ans jusqu’à la fin d’une
existence entièrement vouée à la création. Les sculptures de Miro s’intègrent à un
ensemble où l’architecture sert d’écrin. Dans les différentes fondations consacrées à
l’artiste, les oeuvres d’art et les bâtiments ne font qu’un. Pour la directrice de l’institution,
l’environnement de l’île explique tout.
“Traditionnellement, en ce qui concerne
l’art, et notamment l’art contemporain, le niveau est très élevé à Majorque. Il y
a beaucoup de galeries et d’œuvres d’art. Palma est la ville d’Espagne dans laquelle se
trouvent le plus grand nombre de galeries d’art. On dit qu’à Majorque, il y a une
passion pour la poésie et la peinture. C’est peut-être à cause de notre
environnement d’île méditerranéenne, avec cette richesse de paysages,
cette tranquillité qui ont servi de supports à la création pour
tant d’artistes dans nos îles. ” Miro fut séduit par Majorque. ” Depuis les impressionnistes et post
impressionnistes, jusqu’à aujourd’hui, c’est un refuge pour les artistes venus du monde
entier, comme pour les artistes de l’île.
Il est évident que quand Miro a connu
Majorque, son intérêt pour l’île a été de plus en plus grand. De plus, sa
femme, Pilar Juncosa, était majorquine. Il a tenu à avoir sa résidence
sur l’île, car Majorque, d’une façon tout à fait naturelle,
stimulait sa créativité artistique. ” Miro est mort ici en 1983. A la nuit tombée, le centre de gravité à
Palma se déplace le long du bord de mer. Le week-end, les groupes de jeunes
se forment pour le “botellon” Ils se rassemblent avant de choisir
l’endroit où ils finiront la soirée. En s’éloignant de Palma et en direction de
l’Est, la ville s’efface devant les cultures. Au pied de la Serra de Tramuntana, la “montagne
de la Tramontane”, commence la plaine démesurée, qui s’étend au centre de l’île. Elle est souvent
balayée par la tramontane, un vent fort, sec et froid, qui souffle du Nord-Ouest. D’innombrables
moulins poncteuent la plaine, pour utiliser la force éolienne. Tantôt, ils servent à pomper l’eau
des nappes phréatiques ; tantôt, ils entraînent une meule pour moudre le grain. L’énergie
éolienne est propre, gratuite et illimitée. On ne sait pas précisément depuis
quand les moulins peuplent l’île. En tout cas, on en prend soin ;
on les restaure. Car, sans eux, la plaine majorquine ne serait pas à perte de
vue l’immense jardin qu’elle est devenue. Et même si l’agriculture est en recul, il n’est pas
question d’abandonner des terres aussi fertiles. Pour l’élevage et pour les céréales : tout
réussit à une terre bénie des dieux. Mais cela ne va pas sans mal. En effet, même si
la terre est fertile, elle exige des soins constants avant de récolter les fruits d’un
dur labeur. Malgré la qualité des récoltes, la passion de la terre n’anime plus
beaucoup de jeunes Majorquins. Bon nombre de propriétés familiales sont
aujourd’hui vendues faute de vocations. Sur les étals des marchés , les connaisseurs
apprécient la diversité des salaisons . On produit différentes charcuteries à
Majorque. Mais l’air marin humide ne convenant pas au séchage du jambon,
on l’importe d’Espagne continentale. A côté des cochonnailles, Majorque propose
différents fromages à base lait de vache ou de brebis. Pour certaines productions, comme les
agrumes, l’île subit la concurrence du Maghreb tout proche. Alors, les exploitants réagissent.
Ils sélectionnent les espèces les mieux adaptées à leur région, ils produisent moins, et
tâchent de retrouver les saveurs naturelles. Les vertus thérapeutiques des plantes médicinales
se transmettent de génération en génération. La nature a réponse à tout. La prospérité d’un village se mesure
souvent à la richesse de son église. La décoration de l’édifice peut avoir
un rapport avec les productions locales. La vigne faillit disparaître
du paysage majorquin à la fin du 19ème siècle avec le fléau du
phylloxéra, un puceron parasite. Il fallut attendre le 20ème siècle pour
relancer la production de vins locaux. Pour augmenter le taux d’humidité dans
les caves, on pulvérise de l’eau . xxx La qualité du vin de Majorque est reconnue. “A Majorque, il y a deux appellations contrôlées.
Ici où on se trouve, c’est Béni Salem, c’est la plus ancienne, avec des vignobles
répartis sur 5 municipalités. Et l’autre s’appelle « Plà de Llevate ». On la trouve dans
l’est de Majorque. C’est une région bien plus vaste, et là on produit encore aujourd’hui
du vin qui date de l’époque des Romains.” A l’ombre des églises médiévales, les mentalités
évoluent très vite en Espagne. Mais le mariage a encore de beaux jours devant lui, dans un pays où
l’on connaît l’emprise de la religion catholique. L’église fait est toujours remplie
pour les cérémonies religieuses, mais les Majorquins aiment aussi se
retrouver en nombre dans d’autres circonstances, et notamment pour les
courses à l’hippodrome de Manacor. Toujours à Manacor, mais changement de
public , pour un concert de rock catalan … Depuis la nuit des temps, on souffle le verre dans
le bassin méditerranéen. Sur l’île de Majorque, la réputation de l’artisanat
du verre n’est plus à faire. Le souffleur commence par “cueiller”
– et non pas “cueillir” – un bloc de verre fondu. Il souffle dans la canne
pour donner du volume à la pièce. En utilisant différentes techniques,
l’artisan choisit la forme du verre malléable. Pour étirer le futur objet en
longueur, il a recours à la force centrifuge. Le verre prend des couleurs lorsqu’on
y ajoute de la poudre de métal. Grâce à leur maîtrise du verre, les Majorquins
ont développé la fabrication de perles. La “perle Majorque” est le nom générique
qui désigne les perles artificielles. ” La baguette de verre, elle fond plus ou
moins à 1200 °. On laisse tomber une goutte de verre fondu sur un fil en cuivre qui
tourne. Automatiquement, en raison de la rotation du fil, la perle se fait ronde. ”
Plusieurs étapes sont nécessaires dans le processus. Comment les boules de
verre deviennent-elles des perles ? ” Elles deviennent des perles parce
qu’après on les démonte. On les monte à nouveau sur un autre procédé pour « les »
donner les différentes couches de nacre.”
” En première qualité, par exemple,
qu’on emploie nous, on arrive à donner 36 couches de nacre. Et bien cette nacre
c’est des produits qu’on mélange à base d’écailles de poissons et du kaolin.
C’est tous des procédés secrets. ” Majorque possède une réputation
mondiale dans la réalisation des perles artificielles. Une fois autour
du cou, l’illusion est parfaite. Après avoir traversé la plaine, on aboutit sur
la côte orientale. Les endroits pour accoster sont rares. D’où l’attrait des petits ports de
la côte est, encore fréquentés par les pêcheurs. Plusieurs ports de la côte Est
étaient déjà accessibles à l’époque romaine. Ils offrent aujourd’hui
encore un mouillage tranquille, car ils sont à l’abri d’un “riu”, un
bras de mer enfoncé dans les terres. Les localités de l’intérieur venaient s’y
approvisionner en produits de la pêche. Sur la côte, des grottes impressionnantes
ont été creusées dans le calcaire. Une véritable forêt de concrétions calcaires
tapissent la grotte. Elles se reflètent dans les eaux d’un lac souterrain, l’un des
plus grands d’Europe, le lac Martel. Il porte le nom d’un spéléologue français, qui
a exploré l’endroit à la fin du 19ème siècle. Au plus profond de la grotte,
le spectacle change soudain. Sur des barques éclairées, des musiciens
parcourent la cathédrale souterraine. En montant vers le Nord par l’intérieur
de l’île, on longe la Serra de Levante la montagne du Levant. La deuxième chaîne
montagneuse se contente de modestes sommets . A l’ombre des cyprès, l’ermitage de Betlem a
été fondé au début du 19ème siècle. A Majorque, plusieurs lieux semblables favorisent
la solitude, la prière et le silence. De l’ermitage, la vue est imprenable sur
une vaste baie au Nord-Est de l’île. La baie décrit une ample courbe isolée des vents
du large. L’endroit a été choisi par les Phéniciens pour fonder la ville d’Alcudia,
la plus ancienne cité de Majorque. Le mur d’enceinte qui protège la vieille ville fut élevé
au 14ème siècle, après le départ des musulmans. Derrière les murs, les différentes pages
de l’histoire d’Alcudia sont écrites dans l’architecture. A l’exception de
la période romaine, qui, elle, a laissé des traces en dehors de l’enceinte.
La cité fut jadis la capitale de Majorque. Un pont de l’époque romaine,
le seul du genre à Majorque, conduit à la petite ville de Pollença. Elle a
été créée, lors de la reconquête chrétienne, par les habitants d’Alcudia, qui
étaient sans cesse en proie aux violentes attaques des pirates. Leurs prières
montaient le long d’un escalier de pierre, le chemin du calvaire – le Carrer del Calvari
– formé par autant de marches qu’il y a de jours dans l’année. Leurs prières furent vaines,
Pollença fut, elle aussi , victime des pirates. La baie de Pollença fournit, il est vrai, un
abri confortable que les pirates ne pouvaient ignorer. Aujourd’hui, ses occupants
ont des activités plus pacifiques … Au-dessus de Pollença, la Serra
de Tramuntana touche à sa fin. Mais elle refuse de céder à la mer en se
prolongeant d’une longue péninsule rocheuse. Elle marque l’extrémité Nord de Majorque : la
presqu’île de Formentor et le cap du même nom. Une route de 20 kilomètres conduit
au phare, qui domine le cap. De l’autre côté de l’île, la cathédrale de
Palma se prépare pour les fêtes de Pâques. Le vendredi saint, de curieux
personnages avancent d’un pas pressé. Sous la bannière de leur confrérie, ils se regroupent en habit de cérémonie
en attendant le signal du départ. Les statues religieuses sont transportées sur
les “pasos”, une sorte de lourd autel en bois. Plusieurs hommes sont nécessaires pour
déplacer l’ensemble, toujours richement décoré. Les confréries se dirigent vers l’hôpital,
le point de ralliement du cortège. Certains “pasos” disposnt
d’une direction … assitée. Le poids de la charge rend
les pauses indispensables. Les origines de la procession remontent
au Moyen Age. A l’époque, la majorité de la population ne savait pas lire. Pour
procéder à son éducation religieuse, le cortège reproduisait des scènes de la
Passion du Christ, souvent de manière réaliste. Comme pour la fête Dieu, le cortège
est ouvert par des cavaliers. Dans le cortège, la majorité des participants
sont des “nazarenos”, des pénitents cagoulés. La cagoule met tout le monde sur un pied
d’égalité, mais la concurrence est grande entre les confréries. Arborer le christ le plus
éprouvé est l’objectif qu’elles se donnent toutes. Les confréries rivalisent aussi
dans la décoration des “pasos”. Il n’y a jamais trop de fleurs, ni de cierges. Lorsqu’un cierge laisse couler trop de cire,
les enfants de choeur interviennent aussitôt. Malgré le poids de la charge, les “costaleros”, les porteurs, progressent
en rythme et sans heurts. Ils se relaient et se ravitaillent en chemin. Les pénitents portent une croix
comme le Christ le jour de sa mort, mais d’autres personnages bibliques
sont portés sur les “pasos”. Certains tirent des chaînes pour s’imposer une sanction plus pénible. C’est la
survivance des châtiments corporels, que s’infligeaient les pénitents en mémoire
des souffrances endurées par le Christ. Sillonnant la ville, la procession marque
le point culminant de la semaine sainte. A l’Ouest de Palma, on atteint rapidement la
pointe occidentale de Majorque. L’extrémité de l’île encadre le port d’Andratx au
bout d’une rade étroite et profonde. Seules des habitations récentes
escaladent les collines au-dessus du port. La ville d’Andratx en effet s’était installée plus
à l’intérieur des terres par crainte des pirates. La route qui longe la côte au Nord-Ouest
doit négocier son passage avec la Serra de Tramuntana. La montagne laisse
peu d’espace à la circulation, car elle plonge brutalement
ses roches dans la mer. Le long du littoral, les villages n’ont
d’autre solution que de s’accrocher au relief. Les localités se blottissent contre
le rassurant clocher de leur église . Les terrasses dessinent un “jardin
de vignes au bord de la mer” : c’est la signification du nom arabe
donné au village de Banyalbufar. Les musulmans ont quitté Majorque depuis 8
siècles et les rois chrétiens ont tout fait pour gommer les traces de leur passage. Mais
leur influence ici est toujours perceptible. Les oliviers peuvent vivre plusieurs
centaines d’années. C’est à leur tronc noueux qu’on reconnaît les arbres âgés. Et
même quand ils ont atteint un âge avancé, ils continuent de produire des fruits. Dans
les jardins de l’ancien monastère de Miramar, les oliviers faisaient partie du patrimoine.
On pressait les olives pour recueillir l’huile et ainsi subvenir aux besoins d’une
communauté fondée au 13ème siècle. Toujours dans le domaine de Miramar,
une maison a connu un propriétaire illustre. Elle appartint à un
membre de la famille de Sissi, l’impératrice d’Autriche. La jeune
femme, qui sillonna la Méditerranée, appréciait son cousin Luis Salvador de Habsbourg,
maître des lieux et grand amoureux de Majorque. L’amour a aussi écrit quelques belles pages dans
l’histoire de Valldemossa. Le village est très prisé par les familles aisées de Palma, pour sa
quiétude et sa fraîcheur. Rien ne devait troubler la vie paisible de la localité . Jusqu’au jour
où la notoriété d’un visiteur de passage changea le cours de son existence. La petite bourgade
ne demandait pourtant rien de plus que vivre paisiblement dans l’ombre de la chartreuse, fondée
pa r les disciples de Saint Bruno au 14ème siècle. Les chartreux existent depuis le11ème siècle. Ils forment un ordre contemplatif nourri
de silence et de solitude. Ils détiennent aussi les secrets des plantes et leur pharmacie
révèle une connaissance pointue des préparations thérapeutiques. Les chartreux accumulèrent
ici une somme de connaissances. Pourtant, dans la première moitié du 19ème siècle, les
ordres religieux devinrent indésirables à Majorque et les chartreux furent contraints de
quitter Valdemossa en abandonnant leurs biens. Les chartreux laissèrent presque intactes leurs
cellules austères vouées au renoncement et à la prière. Mais, après le départ des moines, la
chartreuse, ne fut pas désertée pour autant. Elle accueillit notamment dans ses murs, pendant
près de deux mois, un célèbre couple d’amoureux. ” La Chartreuse de Valldemossa est composée
de différentes cellules. Il y en a deux qui sont un peu particulières : celles que
louèrent Frédéric Chopin et Georges Sand pendant les années 38 et 39. Ils passèrent ici
ce qu’ils ont appelé « Un hiver à Majorque » Chopin espère bien profiter du climat
méditerranéen. Le compositeur est en effet déjà très malade. Cependant,
rien ne peut l’empêcher de travailler. ” Dans ces 2 cellules il y a 2 pianos.
Le premier est le fameux piano majorquin sur lequel Frédéric Chopin a commencé à
travailler et à composer des morceaux, et l’autre, c’est le piano Pleyel, qu’il
avait commandé à la Maison Pleyel à Paris.” Le deuxième piano arriva quelques jours trop tard. Les amants avaient quitté la chartreuse et
Valdemossa, avant le retour du printemps. Sur la côte au Nord-Ouest, le port de Soller
bénéficie de la protection des montagnes. Dans la baie bien abritée, la surface de l’eau
ondule à peine. Un endroit où de nombreux plaisanciers viennent jeter l’ancre, car
on y cultive un sens inné de l’hospitalité. Au départ de la station balnéaire, un petit
tramway électrique conduit vers l’arrière-pays. Le tram remonte la vallée en direction de Soller. On l’a baptisée “vallée d’Or” pour
les orangers qui ont fait sa richesse. Après trois kilomètres d’une distance
parcourue en une vingtaine de minutes, le tram arrive à … Soller. Longtemps isolée du reste de Majorque
par le relief , la localité a conservé son authenticité. Soller réunit
tous les indices de la prospérité. Elle possède une église monumentale érigée
au16ème siècle en grosses pierres taillées. Après avoir fait fortune, les producteurs de fruits se
construisirent de belles demeures. Ils affichaient leur réussite et leur passion de l’art. Une
passion toujours vivante à Soller. Dans une salle jouxtant la gare , une exposition est consacrée
à des oeuvres de Miro et à des céramiques de Picasso. Picasso arrive très tard à la céramique.
Il a 65 ans quand il commence à travailler la terre cuite dans le midi de la France. D’un art
considéré comme mineur, le génial catalan tirera le meilleur. Il produira sans discontinuer
des milliers de pièces jusqu’à sa mort. C’est dans la région de Soller que la Serra
de Tramuntana soulève ses plus hauts sommets. Le calcaire brut est omniprésent dans
le paysage façonné, ou non par l’homme. L’homme est intervenu pour
retenir l’eau tombée du ciel. L’homme est aussi intervenu pour
franchir les montagnes. Un travail énorme que la nature n’a pas
simplifié. La route qui suit la côte Nord-Ouest est sans doute l’une des
plus sinueuses de toute la Méditerranée. Au coeur des falaises vertigineuses,
l’homme s’est contenté d’une modeste ouverture. Alors que de l’autre côté, le torrent
de Pareis a largement ouvert une roche coriace. Il atteint la mer dans la crique de Sa Calobra. La résidence de Son Marroig fut elle aussi
la propriété de Luis Salvador d’Autriche. La passion pour l’île de l’archiduc
vibre encore à travers la musique. Dans le marbre de Carrare
ou le calcaire de la roche, l’île de Majorque suscite la création
artistique sous toutes les formes. Jamais à court d’inspiration,
elle marie le soleil et les arts.
Majorque est la plus vaste des Baléares. Le soleil et la variété de ses paysages y attirent les visiteurs par millions. Mais elle a toujours fasciné aussi les artistes. Quelques-uns parmi les plus célèbres y ont même vécu, après être tombés sous le charme. Le documentaire de Pierre Brouwers vous balise la piste pour comprendre pourquoi Miró, Picasso, Dali, Chopin, George Sand et bien d’autres se sont laissés séduire.
Film documentaire vu sur France 5 et Voyage !
Le film est disponible en DVD sur http://www.decouvrir-le-monde.com/
Pour s’abonner à la chaîne Youtube, c’est ici : https://cutt.ly/2hxFnw4
Suivez l’actualité de Pierre Brouwers sur :
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Chapitrage :
00:00 Introduction
01:00 Géographie
02:00 Le Puig Major
02:13 La flore
02:37 Faune
02:49 Histoire
03:05 Identité et hospitalité
03:19 La plaine centrale
03:36 L’architecture
04:05 Religions
04:16 Fêtes catholiques
04:32 Les arts
05:27 Agriculture
05:48 Irrigation
06:15 Produits du terroir
06:48 Ressources
07:10 L’énergie
07:35 Transports
07:58 L’ aéroport
08:09 Le tourisme
08:38 En phase avec la nature
09:04 Palma
09:57 La forteresse de L’Almudaina
10:20 La cathédrale
11:51 La Fête-Dieu
14:09 La vieille ville
14:34 Maisons de maître
14:53 Le palais March
15:23 La plaça Major
16:17 L’art nouveau
16:33 Le château de Bellver
16:55 Joan Miró
17:17 La fondation Pilar et Juan Miró
17:53 Inspiration et création artistiques
19:26 Le “botellon”
20:54 Le centre de l’île
21:26 Les moulins à vent
22:02 L’agriculture
22:54 Produits du terroir
23:43 Plantes médicinales
24:06 Viticulture
25:09 Mariage majorquin
26:09 Hippodrome de Manacor
26:49 Rock catalan
27:42 Le verre soufflé
28:30 La “perle Majorque”
29:37 La côte Est
30:02 Petits ports abrités
30:22 Grottes “coves del Drac”
30:39 Le lac Martel
31:35 Vers le Nord
31:53 L’ermitage de Betlem
32:16 Alcúdia
33:03 Pollença
33:21 Le carrer del Calvari
33:58 La Serra de Tramuntana
34:08 Le cap Formentor
34:43 Vendredi saint à Palma
35:28 Les “pasos”
36:23 Origines de la procession
36:48 Cavaliers
36:58 Nazarenos
37:12 Les confréries
38:10 Les pénitents ou “costaleros”
39:38 La côte Ouest
39:50 Le port d’Andratx
40:15 Villages entre mer et montagnes
40:57 Banyalbufar
41:23 Monastère de Miramar
41:58 Son Marroig
42:29 Valldemossa
43:11 La chartreuse
43:55 Fréderic Chopin et George Sand
45:44 Le port de Sóller
46:14 Le tramway
47:03 Passion de l’art à Sóller
48:19 Falaises vertigineuses
49:09 Le torrent de Pareis
49:37 La résidence de Son Marroig
50:18 Le soleil et les arts