“Majorque, le soleil et les arts “, un film de Pierre Brouwers

    A l’ Ouest du bassin méditerranéen et à 200 km 
    au large des côtes de l’Espagne continentale,   l’archipel des Baléares est composé de 4 îles 
    principales. La plus importante d’entre elles   en superficie est Majorque. La surface de 
    Majorque ne couvrirait pas la moitié de   la Corse. D’ouest en est, Majorque atteint tout 
    juste 100 kilomètres. L’île, de forme compacte,   est encadrée par deux chaînes de montagnes 
    côtières. A l’horizon, les plus élevés des sommets   dépassent souvent 1000 mètres d’altitude. Majorque 
    a taillé dans le calcaire différents reliefs : des   falaises intraitables et des collines abruptes, 
    qui descendent sans transition jusqu’à la mer.   Au milieu de l’île s’ouvre une vaste 
    plaine. Elle est couverte de dépôts   fertiles abandonnés par la mer et enrichis pendant 
    des millénaires par les alluvions des cours d’eau. C’est dans la chaîne de montagnes 
    du Nord-Ouest que se dresse le   Puig Major, le point culminant des 
    Baléares, à plus de 1440 mètres.   Grâce à la diversité des milieux naturels, la 
    végétation rassemble de nombreuses espèces.   Outre les végétaux caractérisques du climat 
    méditerranéen comme les plantes grasses,   plusieurs espèces propres aux régions tempérées 
    ont réussi à s’adapter sur une île bien ventilée. Des milliers d’oiseaux font escale à 
    Majorque sur la route de leurs migrations.   L’île occupe une position stratégique, qui 
    n’a pas échappé aux Carthaginois et à leurs   ennemis les Romains. Après une longue période 
    musulmane, les Catalans prennent possession de   l’île. Au milieu du 14ème siècle, elle 
    est rattachée à l’Espagne. Dès 1983,   les Baléares constituent une communauté 
    autonome intégrée au royaume d’Espagne. Depuis des siècles, la population de Majorque 
    a vu passer de nombreuses cultures étrangères.   Elle a pourtant conservé sa propre 
    identité et le sens de l’hospitalité. Dans la plaine centrale, quelques 
    localités s’étalent , mais sans   empiéter sur les terres agricoles. 
    Lorsque la montagne l’impose,   les villages se font petits en évitant les 
    fortes pentes et en se fondant dans le décor. Les Baléares comptent près d’ un million 
    d’habitants, et 80% d’entre eux vivent à Majorque.   Malgré la croissance démographique, l’île n’a pas 
    renié ses origines. Entre le présent et le passé,   l’architecture tire un trait d’union. Toutes 
    les influences s’y croisent pêle-mêle entre les   courbes mauresques et celles du “modernismo”, 
    la version espagnole de l’Art nouveau. La religion chrétienne est 
    largement prédominante. Elle   peut être catholique et même orthodoxe, 
    en témoignage de l’époque byzantine. Les convictions religieuses ont 
    imprégné les traditions. Ainsi,   les fêtes de Pâques sont célébrées avec 
    ferveur. La foi chrétienne et ses multiples   expressions nourrissent la plupart des 
    manifestations folkloriques sur l’île. La beauté de l’âme génère la beauté plastique. Une 
    constante sur une île, dont la lumière a séduit   les créateurs et pas des moindres : Salvador 
    Dali, Pablo Picasso, Joan Miro. L’oeuvre d’art   prend une telle dimension que les ronds-points lui 
    réservent une place centrale. L’île est devenue un   foyer artistique très actif. Dans la foulée des 
    trois grands maîtres espagnols du 20ème siècle,   de nombreux artistes se sont installés. 
    Les couleurs et les formes les inspirent.   Ils ont trouvé sur l’île le moyen 
    de fondre le soleil et les arts. A Majorque, la création artistique a gardé une 
    dimension populaire. Le secteur agricole en déclin   a choisi de privilégier désormais la qualité à 
    la quantité. Une bonne idée, qui profite depuis   quelques années à la production des amandes, mais 
    aussi à celle des olives et surtout aux agrumes. La gestion de l’eau doit beaucoup aux musulmans 
    et à leurs techniques d’irrigation. Longtemps,   l’agriculture servie par une terre riche, fut 
    l’unique ressource économique. Dans le passé,   plus de 65% de la population 
    active se consacraient à la terre.   Aujourd’hui, l’agriculture contribue au Produit 
    Intérieur Brut à hauteur de 2% seulement. Les produits du terroir ont développé leur 
    attrait . Depuis l’entrée de l’Espagne dans   l’Union européenne, les contraintes sont sans 
    doute plus fortes. Mais les races d’élevage   sélectionnées et le retour aux méthodes 
    artisanales ont ouvert de nouveaux marchés.   Le succès des petits producteurs 
    en témoigne. On retrouve le goût   des préparations traditionnelles. Salées, 
    fumées, séchées ou baignées dans l’huile,   les productions sont conservées comme au 
    temps où la réfrigération n’existait pas. Depuis des temps immémoriaux, l’île cherche 
    des moyens de subsistance. En utilisant les   vents dominants, en creusant le sol en 
    profondeur ou en exploitant les marais   salants. On en extrayait un sel réputé, dès 
    l’Antiquité, dans toute la Méditerranée. Majorque fait appel à l’hydroélectricité 
    pour assurer la production d’énergie.   En raison de son isolement, l’île ne peut 
    pas compter sur une industrie performante…  La contribution du secteur industriel au Produit 
    Intérieur Brut ne cesse de diminuer. En revanche,   certains domaines prospèrent comme la fabrication 
    de perles artificielles ou du verre soufflé. Les échanges sont facilités par un 
    excellent réseau routier, dense et récent.   Les infrastructures routières ne sont pourtant pas   favorisées par la configuration 
    des lieux. De nombreux ouvrages   d’art ont été construits pour faciliter 
    la circulation, contrariée par le relief. Un trafic incessant a conduit l’aéroport de 
    Majorque au troisième rang national. On y   compte plus de vingt millions de passagers par an. Les nouvelles technologies et l’essor des 
    télécommunications ont sorti Majorque de   son isolement et contribué à son développement. 
    Mais le secteur qui a dynamisé l’économie est,   d’évidence, le tourisme. Il fournit 70% des 
    revenus de l’île. Grâce au tourisme, le taux   de chômage aux Baléares est nettement inférieur 
    à la moyenne espagnole. L’ensoleillement, les   paysages et le niveau de vie abordable expliquent 
    le succès touristique à partir des années 1960.   A côté du tourisme de masse, 
    Majorque offre d’autres modes   d’accès. Les visiteurs peuvent entrer en 
    contact avec le patrimoine et la nature.   Des valeurs authentiques en harmonie avec 
    une île baignée par le soleil et les arts. Sur la côte au Sud-Ouest, la ville de Palma est 
    la capitale de Majorque et de toute la communauté   autonome des Baléares. Elle a été fondée par les 
    Romains au 1er siècle avant JC dans un site bien   abrité au creux d’une large baie. La cité jadis 
    appelée “Medina Mayurka” fut musulmane pendant   cinq siècles. Elle connut son apogée avec les 
    Catalans qui la baptisèrent “Ciutat de Mallorca”,   un nom qu’elle conserva jusqu’au 18ème siècle. 
    Palma connaîtra un rayonnement exceptionnel à   travers toute la Méditerranée. Mais son expansion 
    s’arrêtera net avec la découverte de l’Amérique.   Les expéditions transatlantiques mobiliseront tous 
    les intérêts et le port sombrera dans l’oubli. L’architecture reflète les différentes époques 
    de la ville. Malgré une longue présence des   Musulmans, on a sauvegardé relativement peu 
    de traces de leur présenc e. A l’exception   notamment de l’ancienne résidence des vizirs 
    maures, le palais forteresse de l’Almudaina. L’imposante cathédrale contient, à elle 
    seule, plusieurs siècles d’histoire. Dans les jardins au pied de la cathédrale, la 
    création artistique a trouvé un autre terrain   de plus pour s’exprimer. Majorque étonne 
    par son audace dans le mélange des formes   et des styles. Moine ou statue, les 
    apparences sont souvent trompeuses. La cathédrale s’élève à l’emplacement 
    d’une ancienne mosquée. Sa construction   fut décidée au 13ème siècle par le roi 
    d’Aragon. Il avait essuyé une tempête   en mer et avait promis de bâtir une église 
    en l’honneur de la Vierge s’il survivait. Le roi ne vit pas l’édifice achevé, car il 
    fallut 371 ans de travaux pour le construire. Pour son exploitation de la 
    lumière et sa décoration baroque,   la cathédrale prend une grande place dans le 
    coeur des Majorquins. Ils l’appellent “la Seu”,   qui veut dire “siège épiscopal” en catalan. Tous les ans, on sort la “Lledania”, une 
    croix en cire , pour obtenir de bonnes   récoltes. Elle accompagne la procession 
    organisée à l’occasion de la Fête-Dieu. Pour la circonstance, les “cavallets”, les 
    cavaliers, sont de sortie. Les chevaux de   carton sont présents dans de nombreuses fêtes à 
    Majorque. Leur origine remonte au Moyen Age. La   cavalcade rappelle les affrontements entre les 
    Chrétiens et les Musulmans. Dans un contexte   religieux, les cavallets représentent 
    l’opposition entre le bien et le mal. Le défilé fait aussi appel à un 
    groupe de danseurs, les “cossiers”.   Leur participation à la Fête-Dieu 
    remonte au milieu du 16ème siècle. Derrière la “Lledania” défilent 
    les élégantes Majorquines. La Fête-Dieu n’a pas de date fixe dans 
    le calendrier de l’Eglise catholique.   Mais on la célèbre obligatoirement après la 
    Pentecôte, entre le 21 mai et le 24 juin. Le clergé porte la chasuble 
    blanche couleur de fête. Au milieu des volutes d’encens, une hostie 
    consacrée parcourt les rues de la ville. La vieille ville semble sortie en droite 
    ligne du Moyen Age. Les maisons occupent le   moins d’espace possible. En effet, l’espace 
    manquait à l’intérieur d’une enceinte, qui   cerna la ville jusqu’au 19ème siècle. Les maisons 
    de maître, disposaient d’une surface confortable.   Autour du patio s’agencent les parties habitées, 
    toujours situées aux étages supérieurs. Lorsque les risques de conflits s’atténuèrent, 
    les aristocrates renoncèrent à s’enfermer dans   des palais fortifiés. Au 18ème siècle, ils 
    préférèrent le confort de demeures plus   lumineuses comme le palais March, siège 
    du musée d’Art espagnol contemporain. Juan March fut à la tête d’une immense 
    fortune initiée grâce à la contrebande.  Dans les années 1950, il créa une 
    fondation, qui porte toujours son nom. Une fois les remparts détruits, la ville 
    changea d’allure. On traça de longues   artères rectilignes flanquées d’immeubles plus 
    élevés et plus spacieux. Le temps était venu   pour les urbanistes de donner à la cité une autre 
    envergure. Il fallait se débarrasser de l’exiguïté   médiévale. Chef-d’oeuvre de symétrie, 
    la plaça Major est un joyau du baroque. Au cours des deux derniers siècles, les 
    architectes laissèrent leur créativité   s’exprimer pour satisfaire les goûts d’une riche 
    clientèle. Toutes les influences convergeaient   sur le même support dans un mélange foisonnant de 
    lignes, de moulures, de frises et de bas-reliefs. Dans plusieurs pays européens, l’Art 
    nouveau émergea à la fin 19ème,   ou au début du 20ème siècle. Il 
    reprenait des motifs végétaux,   qu’il travaillait dans la pierre, 
    le verre, le bois et le métal. Les environs de Palma sont 
    prisés pour les résidences d’été.   C’était déjà vrai au 14ème siècle quand on 
    construisit le château de Bellver à l’intention   des rois de Majorque en villégiature. Le 
    nom “Bellver” signifie “belle vue” … Tout près de Palma, la végétation reprend vite 
    ses droits. Elle envahit le jardin d’une maison   majorquine typique du 17ème siècle. Les 
    murs sont couverts de dessins réalisés au   charbon de bois par l’un des artistes 
    majeurs du 20ème siècle : Joan Miro. La fondation Pilar et Joan Miro porte le nom de 
    l’artiste et de sa femme. Elle a été créée en   1981 autour des ateliers que Miro utilisait 
    lorsqu’il résidait à Majorque. Le peintre,   né à Barcelone, passait ses vacances sur 
    l’île . Il s’installera définitivement   à Majorque à 63 ans jusqu’à la fin d’une 
    existence entièrement vouée à la création. Les sculptures de Miro s’intègrent à un 
    ensemble où l’architecture sert d’écrin.   Dans les différentes fondations consacrées à 
    l’artiste, les oeuvres d’art et les bâtiments ne   font qu’un. Pour la directrice de l’institution, 
    l’environnement de l’île explique tout.
      “Traditionnellement, en ce qui concerne 
    l’art, et notamment l’art contemporain,   le niveau est très élevé à Majorque. Il y 
    a beaucoup de galeries et d’œuvres d’art.   Palma est la ville d’Espagne dans laquelle se 
    trouvent le plus grand nombre de galeries d’art. On dit qu’à Majorque, il y a une 
    passion pour la poésie et la peinture. C’est peut-être à cause de notre 
    environnement d’île méditerranéenne,   avec cette richesse de paysages, 
    cette tranquillité qui ont servi   de supports à la création pour 
    tant d’artistes dans nos îles. ” Miro fut séduit par Majorque. ” Depuis les impressionnistes et post 
    impressionnistes, jusqu’à aujourd’hui,   c’est un refuge pour les artistes venus du monde 
    entier, comme pour les artistes de l’île.

      Il est évident que quand Miro a connu 
    Majorque, son intérêt pour l’île a   été de plus en plus grand. De plus, sa 
    femme, Pilar Juncosa, était majorquine. Il a tenu à avoir sa résidence 
    sur l’île, car Majorque,   d’une façon tout à fait naturelle, 
    stimulait sa créativité artistique. ” Miro est mort ici en 1983. A la nuit tombée, le centre de gravité à 
    Palma se déplace le long du bord de mer. Le week-end, les groupes de jeunes 
    se forment pour le “botellon”   Ils se rassemblent avant de choisir 
    l’endroit où ils finiront la soirée. En s’éloignant de Palma et en direction de 
    l’Est, la ville s’efface devant les cultures. Au pied de la Serra de Tramuntana, la “montagne 
    de la Tramontane”, commence la plaine démesurée,   qui s’étend au centre de l’île. Elle est souvent 
    balayée par la tramontane, un vent fort, sec et   froid, qui souffle du Nord-Ouest. D’innombrables 
    moulins poncteuent la plaine, pour utiliser la   force éolienne. Tantôt, ils servent à pomper l’eau 
    des nappes phréatiques ; tantôt, ils entraînent   une meule pour moudre le grain. L’énergie 
    éolienne est propre, gratuite et illimitée. On ne sait pas précisément depuis 
    quand les moulins peuplent l’île.   En tout cas, on en prend soin ; 
    on les restaure. Car, sans eux,   la plaine majorquine ne serait pas à perte de 
    vue l’immense jardin qu’elle est devenue. Et   même si l’agriculture est en recul, il n’est pas 
    question d’abandonner des terres aussi fertiles. Pour l’élevage et pour les céréales : tout 
    réussit à une terre bénie des dieux. Mais   cela ne va pas sans mal. En effet, même si 
    la terre est fertile, elle exige des soins   constants avant de récolter les fruits d’un 
    dur labeur. Malgré la qualité des récoltes,   la passion de la terre n’anime plus 
    beaucoup de jeunes Majorquins. Bon   nombre de propriétés familiales sont 
    aujourd’hui vendues faute de vocations. Sur les étals des marchés , les connaisseurs 
    apprécient la diversité des salaisons . On   produit différentes charcuteries à 
    Majorque. Mais l’air marin humide   ne convenant pas au séchage du jambon, 
    on l’importe d’Espagne continentale. A côté des cochonnailles, Majorque propose 
    différents fromages à base lait de vache ou   de brebis. Pour certaines productions, comme les 
    agrumes, l’île subit la concurrence du Maghreb   tout proche. Alors, les exploitants réagissent. 
    Ils sélectionnent les espèces les mieux adaptées   à leur région, ils produisent moins, et 
    tâchent de retrouver les saveurs naturelles. Les vertus thérapeutiques des plantes médicinales 
    se transmettent de génération en génération.   La nature a réponse à tout. La prospérité d’un village se mesure 
    souvent à la richesse de son église.   La décoration de l’édifice peut avoir 
    un rapport avec les productions locales. La vigne faillit disparaître 
    du paysage majorquin à la fin   du 19ème siècle avec le fléau du 
    phylloxéra, un puceron parasite.  Il fallut attendre le 20ème siècle pour 
    relancer la production de vins locaux. Pour augmenter le taux d’humidité dans 
    les caves, on pulvérise de l’eau . xxx La qualité du vin de Majorque est reconnue. “A Majorque, il y a deux appellations contrôlées. 
    Ici où on se trouve, c’est Béni Salem,   c’est la plus ancienne, avec des vignobles 
    répartis sur 5 municipalités. Et l’autre   s’appelle « Plà de Llevate ». On la trouve dans 
    l’est de Majorque. C’est une région bien plus   vaste, et là on produit encore aujourd’hui 
    du vin qui date de l’époque des Romains.” A   l’ombre des églises médiévales, les mentalités 
    évoluent très vite en Espagne. Mais le mariage a   encore de beaux jours devant lui, dans un pays où 
    l’on connaît l’emprise de la religion catholique. L’église fait est toujours remplie 
    pour les cérémonies religieuses,   mais les Majorquins aiment aussi se 
    retrouver en nombre dans d’autres   circonstances, et notamment pour les 
    courses à l’hippodrome de Manacor. Toujours à Manacor, mais changement de 
    public , pour un concert de rock catalan … Depuis la nuit des temps, on souffle le verre dans 
    le bassin méditerranéen. Sur l’île de Majorque,   la réputation de l’artisanat 
    du verre n’est plus à faire.   Le souffleur commence par “cueiller” 
    – et non pas “cueillir” – un bloc de   verre fondu. Il souffle dans la canne 
    pour donner du volume à la pièce. En utilisant différentes techniques, 
    l’artisan choisit la forme du verre   malléable. Pour étirer le futur objet en 
    longueur, il a recours à la force centrifuge. Le verre prend des couleurs lorsqu’on 
    y ajoute de la poudre de métal. Grâce à leur maîtrise du verre, les Majorquins 
    ont développé la fabrication de perles. La   “perle Majorque” est le nom générique 
    qui désigne les perles artificielles. ” La baguette de verre, elle fond plus ou 
    moins à 1200 °. On laisse tomber une goutte   de verre fondu sur un fil en cuivre qui 
    tourne. Automatiquement, en raison de la   rotation du fil, la perle se fait ronde. ”

    Plusieurs étapes sont nécessaires dans   le processus. Comment les boules de 
    verre deviennent-elles des perles ? ” Elles deviennent des perles parce 
    qu’après on les démonte. On les monte   à nouveau sur un autre procédé pour « les » 
    donner les différentes couches de nacre.”
      ” En première qualité, par exemple, 
    qu’on emploie nous, on arrive à donner  36 couches de nacre. Et bien cette nacre 
    c’est des produits qu’on mélange à base   d’écailles de poissons et du kaolin. 
    C’est tous des procédés secrets. ” Majorque possède une réputation 
    mondiale dans la réalisation des   perles artificielles. Une fois autour 
    du cou, l’illusion est parfaite. Après avoir traversé la plaine, on aboutit sur 
    la côte orientale. Les endroits pour accoster   sont rares. D’où l’attrait des petits ports de 
    la côte est, encore fréquentés par les pêcheurs. Plusieurs ports de la côte Est 
    étaient déjà accessibles à l’époque   romaine. Ils offrent aujourd’hui 
    encore un mouillage tranquille,   car ils sont à l’abri d’un “riu”, un 
    bras de mer enfoncé dans les terres.   Les localités de l’intérieur venaient s’y 
    approvisionner en produits de la pêche. Sur la côte, des grottes impressionnantes 
    ont été creusées dans le calcaire. Une véritable forêt de concrétions calcaires 
    tapissent la grotte. Elles se reflètent dans   les eaux d’un lac souterrain, l’un des 
    plus grands d’Europe, le lac Martel. Il   porte le nom d’un spéléologue français, qui 
    a exploré l’endroit à la fin du 19ème siècle. Au plus profond de la grotte, 
    le spectacle change soudain. Sur des barques éclairées, des musiciens 
    parcourent la cathédrale souterraine. En montant vers le Nord par l’intérieur 
    de l’île, on longe la Serra de Levante   la montagne du Levant. La deuxième chaîne 
    montagneuse se contente de modestes sommets . A l’ombre des cyprès, l’ermitage de Betlem a 
    été fondé au début du 19ème siècle. A Majorque,   plusieurs lieux semblables favorisent 
    la solitude, la prière et le silence. De l’ermitage, la vue est imprenable sur 
    une vaste baie au Nord-Est de l’île. La baie   décrit une ample courbe isolée des vents 
    du large. L’endroit a été choisi par les   Phéniciens pour fonder la ville d’Alcudia, 
    la plus ancienne cité de Majorque. Le mur   d’enceinte qui protège la vieille ville fut élevé 
    au 14ème siècle, après le départ des musulmans. Derrière les murs, les différentes pages 
    de l’histoire d’Alcudia sont écrites dans   l’architecture. A l’exception de 
    la période romaine, qui, elle,   a laissé des traces en dehors de l’enceinte. 
    La cité fut jadis la capitale de Majorque. Un pont de l’époque romaine, 
    le seul du genre à Majorque,   conduit à la petite ville de Pollença. Elle a 
    été créée, lors de la reconquête chrétienne,   par les habitants d’Alcudia, qui 
    étaient sans cesse en proie aux   violentes attaques des pirates. Leurs prières 
    montaient le long d’un escalier de pierre,   le chemin du calvaire – le Carrer del Calvari 
    – formé par autant de marches qu’il y a de   jours dans l’année. Leurs prières furent vaines, 
    Pollença fut, elle aussi , victime des pirates. La baie de Pollença fournit, il est vrai, un 
    abri confortable que les pirates ne pouvaient   ignorer. Aujourd’hui, ses occupants 
    ont des activités plus pacifiques … Au-dessus de Pollença, la Serra 
    de Tramuntana touche à sa fin.   Mais elle refuse de céder à la mer en se 
    prolongeant d’une longue péninsule rocheuse.   Elle marque l’extrémité Nord de Majorque : la 
    presqu’île de Formentor et le cap du même nom. Une route de 20 kilomètres conduit 
    au phare, qui domine le cap. De l’autre côté de l’île, la cathédrale de 
    Palma se prépare pour les fêtes de Pâques. Le vendredi saint, de curieux 
    personnages avancent d’un pas pressé. Sous la bannière de leur confrérie,   ils se regroupent en habit de cérémonie 
    en attendant le signal du départ. Les statues religieuses sont transportées sur 
    les “pasos”, une sorte de lourd autel en bois.   Plusieurs hommes sont nécessaires pour 
    déplacer l’ensemble, toujours richement décoré. Les confréries se dirigent vers l’hôpital, 
    le point de ralliement du cortège. Certains “pasos” disposnt 
    d’une direction … assitée. Le poids de la charge rend 
    les pauses indispensables. Les origines de la procession remontent 
    au Moyen Age. A l’époque, la majorité de   la population ne savait pas lire. Pour 
    procéder à son éducation religieuse,   le cortège reproduisait des scènes de la 
    Passion du Christ, souvent de manière réaliste. Comme pour la fête Dieu, le cortège 
    est ouvert par des cavaliers. Dans le cortège, la majorité des participants 
    sont des “nazarenos”, des pénitents cagoulés. La cagoule met tout le monde sur un pied 
    d’égalité, mais la concurrence est grande   entre les confréries. Arborer le christ le plus 
    éprouvé est l’objectif qu’elles se donnent toutes. Les confréries rivalisent aussi 
    dans la décoration des “pasos”.   Il n’y a jamais trop de fleurs, ni de cierges. Lorsqu’un cierge laisse couler trop de cire, 
    les enfants de choeur interviennent aussitôt. Malgré le poids de la charge, les “costaleros”,   les porteurs, progressent 
    en rythme et sans heurts. Ils se relaient et se ravitaillent en chemin. Les pénitents portent une croix 
    comme le Christ le jour de sa mort,   mais d’autres personnages bibliques 
    sont portés sur les “pasos”. Certains tirent des chaînes pour s’imposer   une sanction plus pénible. C’est la 
    survivance des châtiments corporels,   que s’infligeaient les pénitents en mémoire 
    des souffrances endurées par le Christ.  Sillonnant la ville, la procession marque 
    le point culminant de la semaine sainte. A l’Ouest de Palma, on atteint rapidement la 
    pointe occidentale de Majorque. L’extrémité   de l’île encadre le port d’Andratx au 
    bout d’une rade étroite et profonde. Seules des habitations récentes 
    escaladent les collines au-dessus du port.   La ville d’Andratx en effet s’était installée plus 
    à l’intérieur des terres par crainte des pirates. La route qui longe la côte au Nord-Ouest 
    doit négocier son passage avec la Serra   de Tramuntana. La montagne laisse 
    peu d’espace à la circulation,   car elle plonge brutalement 
    ses roches dans la mer. Le long du littoral, les villages n’ont 
    d’autre solution que de s’accrocher au relief.   Les localités se blottissent contre 
    le rassurant clocher de leur église . Les terrasses dessinent un “jardin 
    de vignes au bord de la mer” : c’est   la signification du nom arabe 
    donné au village de Banyalbufar.   Les musulmans ont quitté Majorque depuis 8 
    siècles et les rois chrétiens ont tout fait   pour gommer les traces de leur passage. Mais 
    leur influence ici est toujours perceptible. Les oliviers peuvent vivre plusieurs 
    centaines d’années. C’est à leur tronc   noueux qu’on reconnaît les arbres âgés. Et 
    même quand ils ont atteint un âge avancé,   ils continuent de produire des fruits. Dans 
    les jardins de l’ancien monastère de Miramar,   les oliviers faisaient partie du patrimoine. 
    On pressait les olives pour recueillir l’huile   et ainsi subvenir aux besoins d’une 
    communauté fondée au 13ème siècle. Toujours dans le domaine de Miramar, 
    une maison a connu un propriétaire   illustre. Elle appartint à un 
    membre de la famille de Sissi,   l’impératrice d’Autriche. La jeune 
    femme, qui sillonna la Méditerranée,   appréciait son cousin Luis Salvador de Habsbourg, 
    maître des lieux et grand amoureux de Majorque. L’amour a aussi écrit quelques belles pages dans 
    l’histoire de Valldemossa. Le village est très   prisé par les familles aisées de Palma, pour sa 
    quiétude et sa fraîcheur. Rien ne devait troubler   la vie paisible de la localité . Jusqu’au jour 
    où la notoriété d’un visiteur de passage changea   le cours de son existence. La petite bourgade 
    ne demandait pourtant rien de plus que vivre   paisiblement dans l’ombre de la chartreuse, fondée 
    pa r les disciples de Saint Bruno au 14ème siècle. Les chartreux existent depuis le11ème siècle.   Ils forment un ordre contemplatif nourri 
    de silence et de solitude. Ils détiennent   aussi les secrets des plantes et leur pharmacie 
    révèle une connaissance pointue des préparations   thérapeutiques. Les chartreux accumulèrent 
    ici une somme de connaissances. Pourtant,   dans la première moitié du 19ème siècle, les 
    ordres religieux devinrent indésirables à   Majorque et les chartreux furent contraints de 
    quitter Valdemossa en abandonnant leurs biens. Les chartreux laissèrent presque intactes leurs 
    cellules austères vouées au renoncement et à la   prière. Mais, après le départ des moines, la 
    chartreuse, ne fut pas désertée pour autant.   Elle accueillit notamment dans ses murs, pendant 
    près de deux mois, un célèbre couple d’amoureux. ” La Chartreuse de Valldemossa est composée 
    de différentes cellules. Il y en a deux qui   sont un peu particulières : celles que 
    louèrent Frédéric Chopin et Georges Sand   pendant les années 38 et 39. Ils passèrent ici 
    ce qu’ils ont appelé « Un hiver à Majorque » Chopin espère bien profiter du climat 
    méditerranéen. Le compositeur est   en effet déjà très malade. Cependant, 
    rien ne peut l’empêcher de travailler. ” Dans ces 2 cellules il y a 2 pianos. 
    Le premier est le fameux piano majorquin   sur lequel Frédéric Chopin a commencé à 
    travailler et à composer des morceaux,   et l’autre, c’est le piano Pleyel, qu’il 
    avait commandé à la Maison Pleyel à Paris.” Le deuxième piano arriva quelques jours trop tard.   Les amants avaient quitté la chartreuse et 
    Valdemossa, avant le retour du printemps. Sur la côte au Nord-Ouest, le port de Soller 
    bénéficie de la protection des montagnes. Dans   la baie bien abritée, la surface de l’eau 
    ondule à peine. Un endroit où de nombreux   plaisanciers viennent jeter l’ancre, car 
    on y cultive un sens inné de l’hospitalité. Au départ de la station balnéaire, un petit 
    tramway électrique conduit vers l’arrière-pays. Le tram remonte la vallée en direction de Soller.   On l’a baptisée “vallée d’Or” pour 
    les orangers qui ont fait sa richesse. Après trois kilomètres d’une distance 
    parcourue en une vingtaine de minutes,   le tram arrive à … Soller. Longtemps isolée du reste de Majorque 
    par le relief , la localité a conservé   son authenticité. Soller réunit 
    tous les indices de la prospérité.   Elle possède une église monumentale érigée 
    au16ème siècle en grosses pierres taillées. Après   avoir fait fortune, les producteurs de fruits se 
    construisirent de belles demeures. Ils affichaient   leur réussite et leur passion de l’art. Une 
    passion toujours vivante à Soller. Dans une salle   jouxtant la gare , une exposition est consacrée 
    à des oeuvres de Miro et à des céramiques de   Picasso. Picasso arrive très tard à la céramique. 
    Il a 65 ans quand il commence à travailler la   terre cuite dans le midi de la France. D’un art 
    considéré comme mineur, le génial catalan tirera   le meilleur. Il produira sans discontinuer 
    des milliers de pièces jusqu’à sa mort. C’est dans la région de Soller que la Serra 
    de Tramuntana soulève ses plus hauts sommets.   Le calcaire brut est omniprésent dans 
    le paysage façonné, ou non par l’homme. L’homme est intervenu pour 
    retenir l’eau tombée du ciel. L’homme est aussi intervenu pour 
    franchir les montagnes. Un travail   énorme que la nature n’a pas 
    simplifié. La route qui suit la   côte Nord-Ouest est sans doute l’une des 
    plus sinueuses de toute la Méditerranée. Au coeur des falaises vertigineuses, 
    l’homme s’est contenté d’une modeste   ouverture. Alors que de l’autre côté, le torrent 
    de Pareis a largement ouvert une roche coriace.   Il atteint la mer dans la crique de Sa Calobra. La résidence de Son Marroig fut elle aussi 
    la propriété de Luis Salvador d’Autriche.   La passion pour l’île de l’archiduc 
    vibre encore à travers la musique. Dans le marbre de Carrare 
    ou le calcaire de la roche,   l’île de Majorque suscite la création 
    artistique sous toutes les formes.   Jamais à court d’inspiration, 
    elle marie le soleil et les arts.

    Majorque est la plus vaste des Baléares. Le soleil et la variété de ses paysages y attirent les visiteurs par millions. Mais elle a toujours fasciné aussi les artistes. Quelques-uns parmi les plus célèbres y ont même vécu, après être tombés sous le charme. Le documentaire de Pierre Brouwers vous balise la piste pour comprendre pourquoi Miró, Picasso, Dali, Chopin, George Sand et bien d’autres se sont laissés séduire.

    Film documentaire vu sur France 5 et Voyage !
    Le film est disponible en DVD sur http://www.decouvrir-le-monde.com/
    Pour s’abonner à la chaîne Youtube, c’est ici : https://cutt.ly/2hxFnw4

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    Chapitrage :

    00:00 Introduction
    01:00 Géographie
    02:00 Le Puig Major
    02:13 La flore
    02:37 Faune
    02:49 Histoire
    03:05 Identité et hospitalité
    03:19 La plaine centrale
    03:36 L’architecture
    04:05 Religions
    04:16 Fêtes catholiques
    04:32 Les arts
    05:27 Agriculture
    05:48 Irrigation
    06:15 Produits du terroir
    06:48 Ressources
    07:10 L’énergie
    07:35 Transports
    07:58 L’ aéroport
    08:09 Le tourisme
    08:38 En phase avec la nature
    09:04 Palma
    09:57 La forteresse de L’Almudaina
    10:20 La cathédrale
    11:51 La Fête-Dieu
    14:09 La vieille ville
    14:34 Maisons de maître
    14:53 Le palais March
    15:23 La plaça Major
    16:17 L’art nouveau
    16:33 Le château de Bellver
    16:55 Joan Miró
    17:17 La fondation Pilar et Juan Miró
    17:53 Inspiration et création artistiques
    19:26 Le “botellon”
    20:54 Le centre de l’île
    21:26 Les moulins à vent
    22:02 L’agriculture
    22:54 Produits du terroir
    23:43 Plantes médicinales
    24:06 Viticulture
    25:09 Mariage majorquin
    26:09 Hippodrome de Manacor
    26:49 Rock catalan
    27:42 Le verre soufflé
    28:30 La “perle Majorque”
    29:37 La côte Est
    30:02 Petits ports abrités
    30:22 Grottes “coves del Drac”
    30:39 Le lac Martel
    31:35 Vers le Nord
    31:53 L’ermitage de Betlem
    32:16 Alcúdia
    33:03 Pollença
    33:21 Le carrer del Calvari
    33:58 La Serra de Tramuntana
    34:08 Le cap Formentor
    34:43 Vendredi saint à Palma
    35:28 Les “pasos”
    36:23 Origines de la procession
    36:48 Cavaliers
    36:58 Nazarenos
    37:12 Les confréries
    38:10 Les pénitents ou “costaleros”
    39:38 La côte Ouest
    39:50 Le port d’Andratx
    40:15 Villages entre mer et montagnes
    40:57 Banyalbufar
    41:23 Monastère de Miramar
    41:58 Son Marroig
    42:29 Valldemossa
    43:11 La chartreuse
    43:55 Fréderic Chopin et George Sand
    45:44 Le port de Sóller
    46:14 Le tramway
    47:03 Passion de l’art à Sóller
    48:19 Falaises vertigineuses
    49:09 Le torrent de Pareis
    49:37 La résidence de Son Marroig
    50:18 Le soleil et les arts

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