🎙️Septentrion #01 – Ukraine, la liberté ne meurt jamais 🇺🇦 avec Damien Castera

Parfois, la boussole se dérègle, le nord se brouille, les repères vacillent. Septentrion est né de ce vertige, un podcast pour celles et ceux qui explorent le monde, pour celles et ceux qui le racontent dans des livres, des films, mais surtout des engagements. Je m’appelle Stéphane Dugast, je suis auteur, réalisateur et explorateur à ma façon. Bienvenue sur mon podcast Septentrion. Là où souffle l’aventure. Ça marche. Là, ça marche. C’est bon, le bouton n’était pas allumé. Les erreurs de débutant. Si ça marche, c’est ce qui compte maintenant. Tu viens de dévaler les escaliers. Tu viens de lancer la projection du film L’Ukraine, la liberté ne meurt jamais. On est aux écrans de l’aventure à Dijon, au cinéma d’Arcy, assis sur des canapés en cuir. On est bien. On est bien. Comment l’Ukraine s’est imposée à toi finalement ? L’Ukraine s’est imposée comme tout le monde, je pense, par la surprise générale. à part peut-être les services de secret américains qui n’étaient pas surpris, mais sinon le reste du monde qui n’a pas accès aux infos a été surpris de voir une guerre à haute intensité sur le sol européen, quelques 7 décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et donc, on était abreuvés d’images d’exode des populations et contrairement à d’autres conflits qui sont plus lointains, avec des océans à traverser, là, on était aux portes de l’Europe donc on pouvait assez facilement se porter volontaire pour amener que ce soit la marchandise, avec un peu d’urgence, du matériel médical ou de l’alimentation ou des vêtements. J’avais vu, en fait, dès la première semaine, j’ai vu que beaucoup de dons étaient faits par les citoyens et que ces dons s’accumulaient dans le sous-sol des Mérip, ce qu’on manquait vraiment de conducteurs pour partir là-bas. Encore une fois, je n’avais ni femme ni enfant à l’époque. Là, l’idée, c’est que tu vois les infos, tu lis les infos. T’écoutes les infos, tu constates qu’il y a des médicaments partout, et qu’il n’y a pas de camionneur. Il n’y a rien de très compliqué, il faut juste beaucoup de café pour ne pas s’endormir sur les 3000 km de route qui séparent avec la frontière ukrainienne. Sachant que j’habite au Pays Basque, donc on va dire qu’il y a une belle diagonale. Donc voilà, 3000 km sur la route, c’est sûr que plus on avance, plus on se demande ce qu’on est en train de faire. Parce que connaissant un peu l’aventure, on sait très bien que… on sait pas trop où elle va se terminer et que effectivement deux mois après, en faisant une belle ellipse, deux mois après j’avais un gilet pare-balles, un casque et j’étais dans les tranchées russes qui venaient d’être reprises au nord de Kharkiv en pleine contre-offensive ukrainienne. Donc voilà, en gros, l’acheminement de ce matériel médical sur la frontière roumano-ukrainienne, l’idée c’était de la déposer à une association qui s’appelle l’Ordre de Malte, c’est le seul contact que j’avais réussi à avoir. Et après, je pensais travailler à l’accueil des réfugiés ukrainiens, au déplacement des réfugiés, les amener dans des villes ou en Europe, où ils avaient besoin d’aller. Et au final, ne parlant ni le roumain et maîtrisant encore moins bien l’ukrainien, je me suis trouvé un peu dans l’incapacité de travailler à l’accueil des réfugiés, puisqu’ils avaient vraiment besoin d’une cellule psychologique davantage qu’un café chaud ou autre chose. Donc, je ne voyais pas de journalistes sur la frontière roumaine, ils étaient… Très souvent en Pologne, les journalistes, j’ai commencé à documenter ce que je voyais pour un journal national français. Là, l’idée, c’est que toi, tu vis les choses, évidemment, au jour le jour. Tu as ton carnet de notes et tu écris tous les soirs, tous les jours, tous les matins. Oui, alors l’idée, moi, je ne sais pas, toi, tu me connais un petit peu, mais je viens d’une… On va dire que ma filiature et mes mentors sont les grands écrivains à la Kessel, Camus, Malraux. C’est des gens qui ont fait du grand reportage assez subjectif. C’est-à-dire qu’on utilise tous les outils de la littérature, des descriptions, du passage des atmosphères. Et le narrateur est omniscient, il fait partie de l’histoire, il parle en son nom. Et ça permet de créer, je pense, une proximité avec le lecteur qui est peut-être plus efficace. Donc, c’est des articles, c’est des chroniques de guerre qui sont, on va dire, peut-être moins factuelles. On rentre moins dans… un décompte un peu morbide du nombre de morts ou des destructions des stratégies militaires par contre on décrit des atmosphères et c’était un peu la phrase de Kaufman, qui était un ancien otage au Liban, qui disait que le journalisme et la littérature se complètent. Pendant que le journalisme fait le compte des nombres des morts, l’écrivain raconte la douleur. Donc je pense qu’on avait beaucoup d’écrivains, d’écrivains, pardon, de lapsus. On avait beaucoup de journalistes présents en Ukraine qui faisaient un travail remarquable, qui s’inscrivent dans l’actualité, le temps de cours de l’actualité. Et je pense qu’il faut aussi, comme on avait pendant la guerre d’Espagne, beaucoup d’écrivains engagés qui inscrivent le récit dans du temps un peu plus long, où on passe de l’atmosphère, des émotions, on décrit des paysages, des scènes. On est dans la littérature et c’est une autre manière de rendre compte qui n’est pas meilleure que le journalisme et qui complète le journalisme. Moi, je voulais faire juste un bond en arrière, voir le petit Damien qui a 8 ans à l’école. Tu t’emmerdes ? D’ailleurs, tu étais comment à l’école ? L’horreur. Je me suis viré de trois lycées. Je me suis beaucoup ennuyé. Heureusement, à l’époque, il n’y avait pas les smartphones, donc on ne pouvait pas cliquer sur nos téléphones. Ce qui est plutôt bien, parce que j’ai dévoré tout Jack London jusqu’à la terminale, au fond de la classe. Mais vraiment, ça a préparé mon envol à 18 ans après pour des pays comme l’Alaska. Et c’est sûr que la littérature m’a vraiment… permis d’endiguer l’ennui mortel des heures de cours. Et justement, du coup, tu fais tes études. Après, c’est quoi ton parcours finalement ? Je ne le connais pas. Les études, elles ont été assez rapides. J’ai eu un parcours de surfeur professionnel jusqu’à cette année encore, à 41 ans. C’est ma dernière année sous contrat sportif. Ce qui m’a permis, dans un premier temps, de voyager en faisant les circuits de compétition internationaux. Et puis rapidement, c’est un peu… assez rébarbatif et on va dire que se retrouver à l’autre bout du monde dans un hôtel avec 200 surfers pour préparer un événement sportif il y a beaucoup d’aventures moi je viens vraiment de ce milieu de la littéraire de London et tous ces mecs donc j’avais énormément envie de découvrir les pays dans lesquels j’ai voyagé et j’avais pas envie de m’enfermer dans des hôtels donc j’ai rapidement arrêté la compétition pour faire une autre discipline dans nos sports de nature qui existent et qui permet d’en vivre c’est le free surf ou le free ride dans la montagne. Ce qui veut dire qu’on ne fait plus des événements sportifs, on vit sur l’image ou le récit. Soit on fait du reportage pour les magazines en faisant des expéditions, soit aujourd’hui, c’est beaucoup d’images pour réaliser des films documentaires. Pendant une dizaine d’années, j’ai réalisé des expéditions en territoires un peu reculés, qui ne sont pas vraiment reconnus pour le surf, comme le Cirque Arctic, ou la Papouasie Nouvelle-Guinée, ou le Libéria, justement. A la fois pour… Soit sur des… on va dire des projets un peu auto-centrés d’expédition de l’homme au milieu de la nature. Et puis petit à petit, j’ai commencé vraiment à essayer de décentrer ça pour m’intéresser à d’autres sujets, notamment avec l’Uberia où j’ai fait tout un film de documentation sur la première génération de surfers qui, à la frontière du Sierra Leone, utilisent le surf pour se soigner des traumatismes à la guerre. Et donc j’avais cette jonction entre les enfants soldats devenus enfants surfers. J’ai fait tout un film là-dessus. Et c’est là, je te coupe, et c’est là, au Libéria, où tu arrives finalement à faire la synthèse parfaite entre ce que tu es, ce que tu veux faire. Le surf, pour moi, ça n’a jamais été… C’est-à-dire que j’ai toujours très mal écrit sur le surf. C’est quelque chose que je vis, qui est viscéral pour moi, mais qui n’est pas… Je n’ai pas envie de le raconter. Et en fait, ma porte d’entrée, parce que toi qui connais le milieu de la presse et de la littérature, si t’es pas dans les petits cercles un peu à Paris que tu es de loin en province, il faut avoir une porte d’entrée pour arriver dans les chaînes télé ou dans le journalisme. Et moi ma porte d’entrée ça a été le surf parce qu’on n’est pas très nombreux dans le surf à savoir écrire et à savoir réaliser des films. Contrairement à la montagne, il y a moins de raconteurs d’histoires dans le milieu du surf. Donc j’ai commencé avec des films de surf puis des films d’expédition qui englobaient le surf dans un… qui réconciliait le surf avec l’esprit d’aventure à savoir la pêche, le bivouac, la marche en montagne. Puis après, comment le surf permet de reconstruire des vies grâce au Liberia. Et c’est là où la jonction s’est faite. Et puis après, j’ai carrément sauté dans le grand bain en me délaissant le surf pour me documenter autre chose. Et là, on fait la jonction. Tu es en Ukraine. Tu es à la frontière Roumanie-Ukraine. Là, tu entends quelque chose et tu te retrouves. Tu fais une grosse élite. Ce qu’il nous a dit deux mois plus tard, tu te retrouves avec un reporter de guerre. Ça y est. ouais bah ça se fait par étape évidemment que si j’avais été plongé tout de suite au front je pense que je serais parti en courant mais là ça s’est fait en deux mois quasiment donc on commence à travailler sur la zone la plus sécurisée qui est l’ouest la Galicie puis on va sur Kiev et C’est toute la région de Ausha, Borodianka, qui a été ravagée pendant le début de la guerre. Et évidemment, si on veut, c’est pas évidemment, mais évidemment que pour moi, c’était important de travailler sur un sujet sans en rester trop éloigné. Donc il faut aller voir par soi-même. Et donc je suis arrivé au début, mi-mai 2022, donc au début de la contre-offensive de Kharkiv, où les Ukrainiens ont repoussé les lignes d’artillerie qui étaient en train d’entourer la ville, la deuxième ville du pays quand même. Ça faisait deux mois que les gens vivaient dans des métros complètement sous terre. Quand on est arrivé, les gens commençaient à sortir du métro. Les rues, ce n’était pas très loin, ils étaient à une trentaine de kilomètres. Là, c’est une expérience quotidienne des bombardements. Ce sont des choses qu’on n’est pas préparé à vivre, évidemment, quand on vient comme moi dans le milieu sportif. Est-ce qu’il y a, entre la vie de sportif de haut niveau, avec une adrénaline qui est au taquet, avec une pression qui est… T’inquiète parce qu’il y a tout ça dans la vie sportive de haut niveau. Est-ce que quand toi, t’es projeté reporter de guerre, il y a des similitudes ou au contraire, c’est le grand écart ? Il faut s’adapter parce que t’as pas le choix ? Je n’y avais pas pensé. Je sais qu’en fait, on cherche, une fois qu’on a dit les banalités sur la guerre, que ce n’est pas bien, on essaie de comprendre comment la guerre… D’ailleurs, c’est les deux sujets de la littérature depuis l’Iliade et l’Odyssée, c’est l’amour et la guerre. Et la guerre… Il y a quand même quelque chose d’assez exceptionnel quand on est témoin et quand on veut essayer de comprendre certains mécanismes, c’est que tout est intense. Il n’y a plus trop de faux-semblants, tout est dur, mais tout est vrai, assez vrai. Et donc, on a les héros et les salauds, on a les gens qui sont prêts à se sacrifier pour quelque chose qui les dépasse. De l’autre côté, on a des gens qui usent de la guerre comme d’un alibi pour justifier toutes les horreurs, violer, piller, envahir, enfin tout ce qu’il faut. Et donc, on se retrouve dans un univers où c’est assez intense et euh… Et donc dans ces gens-là, moi j’ai vu des volontaires internationaux, des mineurs par exemple avec qui j’ai travaillé, qui pour certains, il va y avoir cette espèce de vie vouée à l’exceptionnel avec une adrénaline qui transpire de tous les ports et qui eux vraiment c’est des choses qui les emballent plus quasiment que la cause. Il y en a d’autres, ça sera pour la cause pure, c’est-à-dire pour la liberté et l’état de droit, toutes ces choses-là. Il y a des têtes brûlées aussi. Il y a des fauchetons. Oui, il y a tout. Mais c’est vrai que moi, par exemple, j’ai compris très rapidement que l’adrénaline n’était pas du tout quelque chose qui m’a motivé. C’est pour ça que d’ailleurs, même dans le surf, j’aime bien les grosses vagues, mais avoir la boule au ventre tout le temps, ce n’est pas quelque chose qui me fait kiffer. Toi, ce qui te fait kiffer, c’est quoi ? C’est une espèce de plénitude, d’équilibre, d’harmonie ? C’est un peu tarte à la crème, ce que je dis, mais… Ce qui me fait kiffer, c’est rien du tout. C’est que c’est, en fait, moi… Pour être vraiment honnête, j’avais perdu mon petit frère quelques années avant. J’avais vraiment du mal avec pas mal de niveaux d’embrassillement dans les distances. Il y a un moment, on a l’impression… Tu me permets, on a tous une faille, et là, c’est ta faille. C’est une faille. Ce n’est pas une faille. C’est comment on l’utilise. Moi, pendant des années, l’amendement frère, je l’ai vécu avec les dents serrées. Il ne buvait pas et il y a un gars qui l’a tué sur la route. Il n’a pas qu’à l’âge de 27 ans. L’histoire, il est en Patagonie, c’est ça ? Il est parti en Patagonie, il est parti avec un billet simple, il a traversé la mer du Sud en stop, à cheval, tout ça. Bref, et puis il s’est fait tuer sur la route. Dans la mort la plus conne qu’on puisse avoir, c’est d’un accident de voiture. Quelqu’un l’a percuté dans un mur. Et pour me livrer, tu fais ce que tu veux. Moi, ma faille, je ne sais pas, c’est la perte de ma maman au moment où je me lance dans la carrière de journaliste. Je veux montrer que j’ai réussi à être journaliste. Et j’ai passé, je me suis aperçu, là, il faut que je fasse une thérapie, j’ai passé tout mon temps à courir après, je ne sais pas quoi, avec la blessure, mais sans le dire, etc. Toi, c’est… Ouais. Alors, je fais vraiment attention à ce que le mot que j’emploie, parce qu’en fait, il ne faudrait surtout pas croire que je suis parti faire une thérapie à la guerre en voyant ce qui est pire me permet de me sentir mieux. Ce n’est pas ça. C’est comment la colère que j’avais, je n’ai pas voulu la gommer. De toute façon, je ne peux pas la gommer. J’ai une cicatrice à vie. Par contre, c’est comment je la transforme en carburant. La phrase qui ouvre mon livre, c’est un aphorisme de Pessoa, prix Nobel de Lisbonne, je ne sais pas si tout le monde le connaît, et qui dit agir c’est connaître le repos Elle veut tout dire cette phrase pour moi. C’est-à-dire que dans l’action et dans un projet, de m’incorporer à un projet commun, de se battre pour une vision de la liberté, une vision de… Voilà, il m’a apaisé. J’avais l’impression que quand je faisais des films de surf et que je me disais, mais quelle vacuité, enfin, qu’est-ce que ça… Je ne sais pas, j’avais l’impression que c’était… C’est bien, c’est ma passion, mais je ne pouvais plus me voir en peinture à la télé. J’avais pas envie d’apparaître. Là, j’ai pris une caméra, on m’entend pas pendant le film. et là on m’entend beaucoup à ton micro parce que c’est ce que tu me demandes de faire Tu nous racontes cette aventure filmique. Là, on était encore avec toi, on est sur le front. Il y a les bombardements, il y a les Russes, il y a la guerre. Il y a toi qui trouves ta place. La petite élipe, c’est qu’au début, je suis parti sans caméra, tout seul. Le premier mois, j’écrivais des articles. Et je me suis dit qu’il fallait franchement… Déjà, j’avais laissé mon camion à la frontière roumaine. Il était neuf. Je me suis dit qu’il faudrait quand même que j’aille voir s’il y avait toujours pour le ramener en France. Et comme ça, j’ai le temps de réfléchir à des bribes de scénarios pour savoir ce que je veux réaliser, comment je veux le montrer. J’ai demandé à un collègue assez peut-être brûlé, qui s’appelle Mickaël Darigade, qui vient de Moko. Qui a un surnom. Il s’appelle Goula. Il a grandi au pied des usines sidérurgiques de la Dour, donc ça a forgé en lui un espèce de tempérament de l’avant-fusion. Et donc, quand je lui ai proposé de venir, il est venu tout de suite. Et on a créé une équipe formidable parce qu’on a l’habitude dans le métier de dire que le boula est un bon soldat. Donc là, c’était le cas. C’est-à-dire que tu lui demandes de filmer un truc, il le filme sans discuter, il y va. Il est très bon pour se faire pote avec les soldats, avec les curés, avec tout le monde. Bon, généralement, ça finit avec des verres de vodka. C’est très kessely, tout ça. Ouais, c’est bon, évidemment. Et donc, on est repartis ensemble. Et c’est là où on a traversé toute l’Ukraine. Et donc, on était un binôme à traverser là-dessus. Et c’était vraiment formidable parce que c’est un temps tellement intense où tu ne peux pas avoir le temps de justifier toutes les prises de décision. Il faut que ça aille vite, il faut que ça soit réactif. Tu ne peux pas t’engueuler. C’est les tournages, on sait que des fois dans les tournages, tu peux te prendre la tête. Et là, tu ne peux pas, tu n’as pas le temps. Et là, l’idée du tournage, c’est que tu fais des interviews ou tu filmes ? Non, pas d’interviews. Non, tu filmes. Non, l’idée justement, c’est qu’après avoir vu qu’il y a aujourd’hui beaucoup de reportages télé avec des interviews face caméra où il y a des voix-off qui nous expliquent totalement la contextualisation du conflit avec les Russes qui attaquent. Je pense que tout le monde a plus ou moins grossièrement une image de la situation en Ukraine. Nous, l’idée, c’était de faire ce que Raymond Depardieu appelle le cinéma du réel, c’est de ne pas interpréter ce qu’on voit. C’est-à-dire, c’est de filmer, c’est brut, c’est minimaliste, on met très peu de musique pour créer de l’émotion factice, quasiment artificielle. C’est vraiment du plan fixe, de la caméra à l’épaule. et on n’intervient pas en parlant avec les gens. En fait, on reste avec eux assez de temps pour qu’ils nous oublient, et on les filme. Et donc, c’est là où on voit que dès qu’ils oublient la caméra, évidemment que dans une situation dramatique, le rire devient une catharsis, qu’on a besoin de se marrer, on dit des conneries, que ça fume des pétards, que ça boit de l’alcool, et que la vie reprend partout. C’est comme ce qu’on dit, le slogan, de dire « vous n’aurez pas ma peur » . C’est-à-dire qu’on doit vivre normalement. Parce que vivre normalement en temps de guerre, c’est devenu un acte de résistance. Donc, on mange au resto, on fait la fête, on dit des conneries. Et puis en plus, ça permet d’envoyer chier la mort. Ça permet de dédramatiser. Donc, tous ces moments, ce morceau-là, on a essayé de les filmer. Ce n’est pas évident comme tournage parce qu’on n’a pas eu de préparation pour savoir chez qui on allait. Donc, on doit trouver nos contacts du jour. de la veille pour le lendemain. C’est du jour au jour. Et puis, plus tu vas vers le front, moins c’est plus difficile de trouver des gens à filmer. C’est pas qu’ils soient intéressants, mais moi, je voulais vraiment qu’il y ait un trait d’union avec les artistes. À l’ouest de l’Ukraine, il y a beaucoup d’artistes qui sont tous réfugiés là-bas. Et puis, quand tu arrives au nord du Donbass, il n’y a plus beaucoup de violonistes, de pianistes, d’écrivains ou de peintres. Ils se sont tous fait la malle. Pas forcément évident de trouver, mais on a trouvé. Du coup, ta quête, c’était la quête finalement d’humanité, des humanités, de poésie, de lumière dans la noirceur de tout ça ? Je crois qu’on en avait discuté. C’est au tout début, quand je travaillais à Lviv, la fixeuse qui s’appelle Eva, avec qui je travaillais, qui est ukrainienne. Rappelle-nous, la fixeuse, c’est celle qui sert… Les fixeurs, c’est les guides pour les journalistes en temps de guerre. C’est-à-dire qu’ils te servent de traducteur, ils têtent dans tout. toutes les démarches administratives. C’est des locaux, ils te font passer un checkpoint, et après, quand tu arrives vraiment aux zones où ça fait rail dur, il vaut mieux avoir un fixeur qui connaît extrêmement bien la zone, parce qu’on est en terrain miné, il faut savoir où sont les lignes de défense, il faut vraiment… Là, tu mets ta vie entre les mains du fixeur, donc autant à l’ouest de l’Ukraine, tu peux prendre un fixeur qui est, on va dire, un poète, un militant politique, et puis dès que tu arrives en zone de front, il faut vraiment se faire avec un… Nous, on était qu’un garde forestier qui connaissait chaque chemin de chèvre. Vous savez où les champs étaient minés, dans quelles tranchées se cachaient les russes, où étaient les rideaux défensifs avec les lignes à retirer. Mais pour revenir à Eva, au début de la guerre, je crois que c’était début avril, quand toutes les images sont apparues sur les chaînes télé de tous les cadavres qu’il y avait à Butcha, Eva a eu cette phrase où elle dit « Les journées sont un travail remarquable, mais à force de parler des morts, on oublie les vivants. » Une phrase d’une simplicité absolue et tellement vraie. Et on s’est dit, c’est vrai que… Je pense que pour attirer l’attention de l’opinion publique, il faut montrer les gens qui pleurent, les destructions et les morts. Mais le problème, c’est que tout le monde imagine l’Ukraine déjà à feu et à sang, ce qui est le cas. Mais il y a vraiment la zone de front à portée d’artillerie et le reste de l’Ukraine, ce n’est pas pareil. Et après, il y a la vie qui recroît. C’est ça qui est aussi intéressant. Nous, ce qu’on se dit, c’est de filmer la vie, de filmer que même dans les moments les plus compliqués, les restaurants fonctionnent. Et les gens vivent et tout repart. On s’est dit, on va aller filmer des amoureux sur les bancs publics, on va aller filmer des gens qui dansent. Moi, je me souviens, quand j’étais gamin, je me souviens de cette image des fêtes underground à Sarajevo. Je me souviens qu’ils organisaient des concerts avec des bottes de nuit dans le sous-sol de Sarajevo, avec ce besoin absolu de faire la fête et de célébrer la vie, alors que la mort est partout autour de Sarajevo. Ça, c’est le sujet qui nous touche. Et pour ceux qui n’ont pas vu le film et qui vont le voir ou qui voudraient le voir, d’ailleurs, c’est un film que je recommande et qui est sur YouTube, sur ma chaîne parlementaire. Toi, ta séquence préférée, elle est dans le film, d’ailleurs, ou elle est en image ? Oui, il y a pas mal de choses, mais c’est vrai que je trouve assez touchant l’espèce de garde forestier misanthrope qui est peu babarde avec les hommes et qui risque sa vie quotidiennement dans la zone grise pour aller sauver les bêtes. Je trouve que c’est assez touchant parce que ça paraît tellement anecdotique d’aller sauver des chiens dans les villages bombardés tous les jours. Et en même temps, c’est ce qui est réconcilié avec l’espèce. On se dit qu’il y a des gens qui sont prêts à mourir pour aller sauver des chiens qui sont enfermés dans les jardins parce que les villageois sont partis devant l’avancée russe et ils ont abandonné leurs animaux. On se dit qu’il y a des fous pour rouler à 150 entre les carcasses de tanks qui fument. Pour aller dans des villages avec des camions remplis de cages pour prendre les chiens, les ramener à leurs maîtres qui sont partis en ville. Je trouve que c’est symbolique et en même temps, ça nous rappelle le fait que pendant que les hommes se font la guerre, les bêtes aussi sont complètement ravagées. Les forêts brûlent, les barrages ont explosé, on a des inondations, on a des produits chimiques, on a des métaux lourds dans les terres. Il faut imaginer le fracas des bombes dans des animaux sauvages, plus les mines éparpillées partout. Et ça, on n’en pense pas. et les os qui sont avec tous les animaux abandonnés dedans. Ou quand il y a une bombe qui tombe sur un élevage industriel avec 13 000 porcs qui brûlent d’un coup. Nous, on a eu des paysans qui nous ont raconté qu’ils se sont hantés par le bruit de leurs bêtes qui hurlent dans le feu. Et tu as cette couverture sur le livre, livre éponyme, où là, c’est un moment de grâce. Une violence élite. Dans un bâtiment en ruines, c’est une photo à la fois sombre et lumineuse. Enfin, c’est du lumineux dans du sombre où pas tout est dit. Oui, c’est vrai que la photo, elle est de dos dans un bâtiment calciné, un appartement calciné. Il y a une lucarne. Dehors, on voit qu’il y a un bâtiment qui est ravagé en flammes, en tout cas noirci par le bombardement. Et puis, il y a les arbres du printemps avec les verdures qui renaient comme un symbole de la vie qui renaît de toute façon. Et puis ça fait comme une nouvelle abîme avec cette violoncelliste qui personnifie un peu le titre, La Liberté. Et donc évidemment que la fonction de l’art dans toutes ces palettes, c’est quand on est enfermé dans une cave pendant un bombardement, pour oisonner derrière les murs, écrire les vers d’un poème, réciter une chanson ou jouer d’un instrument, c’est s’autoriser la possibilité d’un dehors. C’est pouvoir sortir de ce confinement. En même temps, c’est une manière de… Comme je disais tout à l’heure, la catharsis, ça permet d’extérioriser toutes les émotions que parfois on ne peut plus avec les mots parce que les bombardements… Je ne sais pas, peut-être que ces gens-là ont perdu des proches et que des fois, ils n’arrivent plus à parler. Donc la musique leur permet de s’exprimer. Il y a aussi évidemment la fonction de l’art comme témoignage. Aujourd’hui, tous les artistes en Ukraine… leur rare témoigne de ce qui se passe du drame actuel. Parle-nous peut-être de… On est dans le tournage, je regarde l’heure, il y a 5 minutes, je pense. On est… Oui, parce qu’il y a le film, en ce temps-là. Justement, on a parlé du tournage de ce film, t’es avec vous là, on a compris, on est sur du brut, captez les choses, vous intervenez pas, vous vivez des choses. Tu as une idée… Plus le film avance, plus tu as une idée précise de ce que va être le film, ou alors on compare. plus chou t’as tout va et puis tu te dis bon l’idée elle sera là et puis au montage on écrira le film au final l’écriture il n’y a pas beaucoup d’écriture puisqu’il n’y a pas la voix off non c’est vraiment d’essayer de moi je crois beaucoup comme dans la littérature je crois beaucoup alors là c’est du réel mais j’appelle quand même les intervenants des personnages c’est de trouver des gueules C’est des gueules et des mecs qui parlent. Je pense notamment à Chris Garrett, qui est le démineur international qui vient d’Angleterre, qui est d’ailleurs maintenant décédé au mois de juin. J’en profite pour lui rendre hommage. C’est des gueules exceptionnelles. Ils ont une aura telle qu’il n’y a pas besoin d’écriture de plus. Tu suis ces gens-là, tu les filmes, tu regardes leur interaction, leur manière de parler. C’est quoi ? C’est une posture. C’est des paroles, c’est des yeux, c’est une présence. des fois ça s’explique pas moi j’aime énormément repérer des gueules des gueules le peintre au début de mon film il a une gueule exceptionnelle même Pavel à la fin qui va sauver les chiens il parle pas, il est dur et puis on voit après avec les chiens il a une autre manière d’être et puis après c’est justement d’essayer encore une fois de faire l’inverse de ce que je suis en train de faire maintenant c’est de laisser aussi beaucoup de place au silence et à non verbal ouais justement là on regardait pas mal de films alors je parle pas d’un spécial mais d’un autre mais souvent il y a ce truc de l’époque qui est de quand on fait un film d’être trop bavard et donc c’est souvent d’ailleurs les chaînes télé qui demandent ça c’est de meubler tout le temps pour pas que les téléspectateurs s’en aient comme s’ils allaient on pouvait pas survivre à 10 secondes de silence Merci. Et donc moi, je pense que justement, quand on travaille sur du brut, du minimaliste et du réel, il faut aussi des respirations, que ce soit avec un beau plan fixe, une belle esthétique, et puis il y a du silence aussi. Voilà, c’était vraiment, encore une fois, il n’y a pas eu de préparation. Normalement, on travaille sur six mois, un an pour préparer un film. Là, je n’ai rien préparé du tout, donc je me suis laissé porter par l’aventure au fur et à mesure que je la vivais. Pour vous tourner, vous enregistrez et… Raconte-nous peut-être, moi je la connais, je t’ai vu dans des échanges avec Alexandre Souillé, qui est le producteur à Bonne Pioche. Normalement, il faut convaincre un producteur avant d’y aller, il faut faire écrire un synopsis, toi tu es devenu un ami, tu lui as dit j’y vais, il t’a fait confiance, ça s’est passé comment l’histoire avec toi ? J’ai demandé, quand on était en Ukraine et qu’on filmait, on n’a même pas parlé avec les producteurs, on a filmé, filmé, nous il n’y avait pas la… Enfin, je veux dire, on n’était pas du tout dans des préoccupations de vendre notre film. Boulah, ton pote, tu l’as appelé ? Bien sûr, mais Boulah, les yeux fermés. Il a deux Emmy Awards, c’est un génie de la caméra. Je lui ai dit de venir en Ukraine, pas payé, il vient les yeux fermés, tout de suite, dans la seconde. C’est à la vie, à la mort avec Boulah. C’est pour ça que je pense qu’on va beaucoup retravailler ensemble. Mais c’est-à-dire que, de toute façon, nous, on est là pour témoigner, à vendre notre film, on s’en fout pas, je veux dire… On s’en fout, mais l’importance, c’est d’être là pour témoigner, pour filmer. Les préoccupations d’argent, elles arrivent largement derrière. Et on sait très bien que le film, même si on ne trouve pas d’argent, on se démerdera à le monter nous-mêmes et à faire quelque chose. Après, heureusement, rentrant assez rapidement, Alex Houllier de Bonne Pioche nous a contactés en disant… Lui, il était vraiment soucieux de la cause ukrainienne. Il nous en parlait souvent et il nous a dit, ça me range de produire ce film. Et donc, il nous a vraiment aidés. Il a été démarché des chaînes. On a réussi à faire un espèce de juste milieu entre la liberté que je voulais garder en termes de réalisation. Il y a beaucoup de chaînes de télé qui auraient imposé une voix off, qui auraient imposé pas mal de choses. Quand tu dis deux mois sous les bombes, tu n’as pas envie de faire des concessions. Pas forcément pour des questions d’argent et tout. On a fait vraiment un truc pas mal. Il nous a trouvé un diffuseur qui est la chaîne parlementaire. qui a respecté nos choix de réalisation, qui nous a dit, écoutez, ça marche très bien sans voix off, c’est discret, c’est très bien fait. Elle nous a validé le film à la première version, ce qui est assez rare, ce qui est vraiment rare. Alex nous a dit, putain, ça pouvait se passer toujours comme ça. Premier visionnage, tout a été validé. Et du coup, le montage, c’est du retour aux Pays-Bas avec Oulane ? Non, le montage, on l’a fait avec Thibaut Perrois, qui est un très bon monteur, justement, qui travaille avec Bonne Pioche, avec Alex. Sur Paris, on l’a fait, 4 semaines de montage. J’espère avoir la même équipe pour l’Arménie que j’ai tournée l’année dernière. J’essaie de faire avec Alex et Thibaut le montage. Boula n’avait pas pu venir parce qu’il travaillait sur un autre projet à l’époque. On va essayer de faire le même style de film sur un conflit dont on ne parle pas beaucoup. On y reviendra, mais tu es rentré du PN, tu as monté le film. Tu l’as diffusé et bam, pour le livre, comment est arrivée l’aventure du livre finalement ? Le livre, j’avais pris beaucoup de notes. Et puis, comme j’écrivais aussi en parallèle des articles pour le JDD, je précise, avant l’extrême droitisation de sa ligne éditoriale. Donc, je posais pas mal de notes. C’est toujours moins une structure de mon récit. Et après, évidemment, j’ai pris pas mal de temps pour tout réécrire et donner un peu d’épaisseur au récit. Je l’ai présenté, je l’ai envoyé à… D’ailleurs, c’est ma compagne, Marie-Amiguille, que je remercie beaucoup, qui a envoyé mon manuscrit à Ludovic Escan, qui est éditeur chez Gallimard. pour lecture et pour conseil. Je ne m’attendais vraiment pas à une réponse positive là-dessus. Au final, Ludovic a adoré le livre, l’a publié et on est très contents. À la blanche de Gallimard. À la blanche de Gallimard. Tu fais l’entrée de jeu. Comme on sort, tu es champion du monde d’entrée de jeu. Oui, c’est le champion du monde à l’alias du chemin. Mais en tout cas, c’est sûr que quand on est un disciple spirituel de Kessel et Camus, de Malraux, de tous ces écrivains aventuriers, c’est sûr que d’être à la blanche, ça fait plaisir. c’est un rêve de gosse et réponds peut-être sur ce travail ce process d’écriture, t’as pris tes notes t’as fait le film, t’es quelqu’un qui est laborieux au contraire t’as un jeu qui est hyper facile, t’es au rupteur t’écris comment, t’écris où c’est comment t’écris ? je commence à trouver mon cadre que j’avais pas sur l’Ukraine sur l’Ukraine j’écrivais vraiment tant qu’un paragraphe était pas parfait j’avançais pas au suivant et en fait maintenant je me rends compte que j’ai identifié ce qui me Ce que je n’aime pas dans l’écriture d’un livre, c’est le premier « j’aime » . En fait, c’est le gros œuvre que je n’aime pas. Donc, je m’impose maintenant une discipline, on va dire, je dis n’importe quoi, mais mille mots par jour pendant quatre mois, trois mois, ce qui me fait vraiment le gros œuvre. Et après, je passe au boulot que j’adore sur, je vais dire n’importe quoi, mais sur huit mois. Donc, ça va être plus long, mais là, je n’ai plus de boulot à vendre du tout. C’est la finition, je cut, je travaille mes phrases, je reprends. Et puis je gonfle plein de paragraphes, je me dis tiens celui-là il est pas bon, celui-là par contre il vaut le coup d’être détaillé. Et t’es quoi ? Et là j’adore. Et t’es devant ton ordi ou t’as que des feuilles de papier ? Ordi avec à peu près 150 fenêtres d’ouvertes. Le premier c’est la fenêtre d’exclure les synonymes. Et puis après évidemment il y a tellement de connaissances qu’il faut aller chercher sur telle région d’Ukraine, sur telle culture, sur tel nom de je sais pas quel homme politique. quel tel régiment, il faut chercher. Et là, du coup, tu es pieds nus dans le jardin, tu es à la plage, tu es au bureau. J’aime bien travailler dans les bars. J’aime beaucoup ça. C’est marrant, c’est comme la solitude au milieu de la foule. Tu te fous dans un coin, tu ne parles avec personne, tu as tes écouteurs sur les oreilles, mais tu as la vie autour. Tu peux te demander un café ou une bière, c’est pas mal. Je faisais ça pour l’Ukraine et maintenant que j’ai déménagé en famille, dans un petit village dans les deux montagnes à il s’assure que voilà la gilet à la maison la vente à la rente est terminée quand il n’y a pas l’école ou la clé l’enfant déposé qui a été arrêté rouge gorge de l’inspiration de la montagne là dans un petit village qui a fallu que ça se fait plus basse mais donc et lui sur les montagnes et et tu Tu as l’océan en arrière-plan ? Non, l’océan a 45 minutes de route. de là où je suis originaire en anglais. D’accord. Non, mais c’est sûr que là, c’est un cadre pour l’écriture, c’est fantastique. Et comme Marie m’accompagne, elle est beaucoup dans l’écriture aussi, que ce soit ses préparations de dossiers pour ses films, ou même elle écrit un livre. Oui, parce qu’on rappelle Marie, pour réalisatrice, on peut dire même réalisatrice de La Panthère des Neiges, c’est moi qui le dis. En tout cas, femme sensible, femme d’image, femme qui… capte la… Alors femme d’image derrière la caméra parce qu’elle a horreur d’être dedans. Ouais, mais qui capte la nature, ses beautés, ses fragilités. Ouais, c’est quelqu’un qui a une sensibilité très très très poussée et qui arrive à saisir des choses. Elle a un œil qui voit tout, donc elle est tellement discrète avec sa petite voix que elle arrive à capter toutes les subtilités, donc je pense qu’en tant que réalisatrice, évidemment, elle arrive à choper des choses que personne ne chope. Vous êtes trouvé entre deux capteurs à haute sensibilité. c’est pas mal ah oui c’est sensible par exemple tu veux t’embrasser la main non non non c’est super en plus c’est super stimulant parce que c’est rare d’être avec quelqu’un je crois que peut-être je vais perdre le moment quelqu’un de sensible non que tu tu te C’est bon, t’as appris. On va goûter ça. Oui, c’est bon. Non, pas quittasse. Quittasse. Non, quitte. Je te guide à la mentheur. Non, t’es fier. Continue. Ouais, quittasse. Quittasse. On reprend. donc c’est non non c’est C’est fantastique d’être avec quelqu’un qui t’inspire. Et c’est vrai qu’il y a peu de gens à qui je vais donner mes textes à lire pour conseil. Parce que, je ne sais pas, déjà c’est très personnel. Et en plus, il faut avoir le regard, la sensibilité. Et puis peut-être aussi le bagage littéraire pour conseiller. Et donc, des fois, quand on fait lire à trop de monde, on se retrouve avec plein de remarques contradictoires. Et donc, ça nous noie encore plus. Mais c’est sûr que Marie, je pense que maintenant, elle est ma première lectrice. et que je sais qu’elle est… elle est vraiment capable de sentir les choses, de conseiller. Donc, c’est super de pouvoir échanger là-dessus. Justement, tu as ce petit nid d’amour, ce hâteau de paix. Dans ce milieu qui est hyper compétitif, on en a parlé plein de fois, avec des égos himalayais ou une compétition qui peut être féroce de certaines jalousies. Ce fait que tu sois à la blanche, que tu es une fille, que tu es un certain… succès d’entrée de jeu ? T’as géré ça comment ? T’as évité le symbole de post-ep ? Non mais moi je suis content je te dis, après la mort de mon frère j’ai eu 10 années compliquées ma famille s’est un peu bancale j’ai eu pas mal de choses compliquées c’est vrai que d’un coup j’ai ma vie de famille qui se crée, mon enfant qui naît les projets qui prennent du sens je suis content de ne plus voir ma gueule sur le film de peut-être passer de l’autre côté de la caméra euh… Non, non, moi, je prends bien les choses. Et puis après, qu’est-ce que tu veux prendre en tête quand tu travailles sur des films sur l’Ukraine ? Tu n’es pas dans ce genre de considération, j’imagine. Je suis toujours en contact avec les gens qui sont là-bas. Donc, ça te fait relativiser un peu sur le début de petit succès que tu as. Non, non, il y a la réalisation de ces rêves qui est vraiment importante. Je suis très content d’être à La Blanche. Après, le chemin, il est… Je n’ai pas vendu des millions d’exemplaires. Le chemin est long. Je suis content de voir mes parents heureux. Je suis content de voir ma femme qui est heureuse. Je prends le bonheur en ce moment. Malgré la fatigue de la première année et le tunnel qu’on s’est mis. Fatigue du papa et de la maman. Je me rappelle. Et quand c’est lointain, on en rigole. La première année, c’était… On est comment en temps ? On a encore 5 minutes. on va aborder le présent puis le futur tu l’as dit tout à l’heure l’Arménie entre temps tu as fait l’Ukraine je suis reparti quasiment en même temps en début 2023 parce que mon dernier voyage en Ukraine c’était en 2024 et en début 2023 je suis parti avec Cédric Gras en tant que journaliste pour Figaro parce que c’est marrant comme la presse est partisane on sait tous mais C’est étonnant à moi qui ne viens pas de ce monde-là de savoir que l’Arménie chrétienne, ça sera le Figaro, le point. Et puis on va dire que les Wingours, ça sera Libération et l’Humanité. Donc c’est drôle parce qu’on se dit que des drames comme ça, on devrait dépasser les clivages partisans et se dire que n’importe quel journal peut parler de l’Arménie autant qu’on est Wingour. Mais bon, je suis parti pour le Figaro. D’ailleurs, à l’international, je pense qu’ils font vraiment le job et il y a encore des belles plumes et tout ça. Je me suis fait passer pour un photographe. J’étais le photographe de Cédric Drey qui lui faisait les articles, écrivait les articles. Tu as quand même été un écrivain parce que, je le dis, grâce à Cédric, sur le journal Embarquement, j’ai eu la chance de piloter. Modeste journal. Cédric, je lui dis, fais-moi quelque chose sur l’Arménie. Il m’a dit non, je prends trop la lumière et il y a une belle plume et c’est Damien. C’est Damien qui va écrire Il est sympa Cédric Il faut rendre à César, à Cédric en l’occurrence C’est vrai J’avais écrit pour Sud-Ouest C’était sympa aussi C’est intéressant C’est une manière de bosser Quand on travaille Sur l’Arménie par exemple On a fait tout le tour du pays En 10 jours, 10 semaines On travaille un peu dans l’urgence On est spécialiste en rien Il faut devenir ça qui apparaît Un maximum de connaissances Merci. en peu de temps pour essayer de comprendre les enjeux géopolitiques, stratégiques d’un endroit qui est quand même Game of Thrones là-bas. Il y a l’Iran qui est avec l’Arménie, l’Israël qui est avec l’Azerbaïdjan, l’Azerbaïdjan qui est avec la Turquie. On dirait un repas de famille où tout le monde est bourré. C’est un peu bizarre. Tu deviens un peu expert d’une zone et tu essaies de rendre compte encore une fois de… d’un conflit dont peu de gens parlent, à part quelques journalistes, justement, comme Marine Dettili, ou je sais que Sylvain Tesson revient aussi avec Franceschi. Et justement, on parle de Marine, de Sylvain, ultra-médiatisé. Il y a Olivier Weber, il y a plein de gens, il y a Christophe Réla qui avait été… Il y a d’autres reporters de guerre dont je ne connais pas les noms. Est-ce qu’il n’y a pas tout un cirque autour de tout ça ? C’est comment le milieu des reporters de guerre font le fantasme ? Le milieu, tu ne les croises pas beaucoup. Moi, à part en Arménie où j’ai croisé Marine Dottili, qui derrière son humour frappe à dingue. C’est pas possible. Non, mais qui est génial. Elle s’entendrait bien avec Boula, parce que je pense que c’est une avant-fusion aussi, Marine Dottili. Mais très bien parce qu’elle a vu que notre fixeur n’était pas au niveau et qu’elle nous a gentiment proposé les services du sien. Elle nous a amené sur des plans qu’elle avait dans les tranchées alors que nous, on ne les avait pas ces plans-là. Donc, elle a partagé ce qu’elle avait avec nous. Et c’est vraiment très sympa de sa part. Et l’autre grand journaliste que j’ai, pour moi, exceptionnel, que j’ai rencontré, c’était en Ukraine et qui nous avait donné pas mal de tuyaux. Il s’appelle Arman Soldin. Mon film lui est dédié parce qu’il est mort à côté de Barkhonte l’année dernière. D’ailleurs, tu as écrit un très beau post sur les réseaux, je me souviens, qui a permis aux profanes comme moi de braquer le regard sur… Oui, alors lui, c’est vraiment… Moi, il m’a marqué, on s’est connus peu de temps, mais c’est des gens qui sont tellement lumineux qu’ils te marquent à vie. Il sexe son chat sur les… Juste en quelques mots, c’est un vrai reporter, il ne se la raconte pas. Il travaillait pour… Il était pour qui ? C’est une unanimité à 100% de tous les gens qu’il a rencontrés. Il y a des gens comme ça, tu les rencontres et ils captent tout. C’est un sourire permanent sur le visage, très lumineux. La connerie, bien pendue au bout des lèvres. Nous, on s’est rencontrés grâce à une copine en commun. On s’est retrouvés dans un bar de Kiev. On a commencé à descendre des bières. C’est vraiment le genre de personnage qui vit dans l’urgence. Et on a enchaîné les sujets de discussion, mais sans ordre, sans logique. Ça partait de Poésie aux Femmes de nos vies à Assy, à San. Lui, c’est un enfant rescapé de Sarajevo. C’est un des premiers. Il est né à Sarajevo. Il est bosniaque et ils sont partis dans l’avion, le premier avion de réfugiés en 92. C’est un enfant de la guerre. Et il travaillait à Londres pour Canal+, pour les matchs de foot. Il était sur le bord du terrain. Il interviewait les joueurs. Il n’avait pas besoin du tout d’aller en Ukraine. Il est parti pour l’AFP. On sait que l’AFP ne paye pas super bien. Il était sur tous les fronts. Il a fini par ne pas perdre la vie. En faisant un travail remarquable, je pense qu’énormément d’images qu’on a vues au JT sont des images qu’il a filmées. Il était sur tous les premiers fronts, avant tout le monde. Il a fait un boulot fantastique. Moi ça m’a marqué, c’est marrant parce que je ne l’ai pas vu beaucoup et ça m’a pris au trip. On a entretenu une longue conversation pendant les mois qui ont suivi jusqu’à sa mort. Un de mes derniers messages était justement, il me disait qu’il voulait arrêter l’AFP, il me proposait de bosser avec lui, qu’on bosse ensemble. Il avait vu que j’allais en Arménie et je lui dis avec grand plaisir, je lui dis « putain mais par contre, arrête de… Bartod, Barkmout, essaie de ne pas prendre une roquette dans la gueule » , je ne sais plus, un truc comme ça. Quelques jours après, il est décédé. Ça m’a vraiment mis un coup au moral. En tout cas, tu lui rends un bel hommage et c’est important. Revenons peut-être à l’Arménie. Est-ce que tu vas en faire le temps près ? Un public en France qui t’attend. C’est pour ça que depuis le début, je parle hyper vite parce que je me dis que j’ai la fin du film qui va arriver et que j’ai un débit un peu… Non, non, c’est un espèce de… Je ne sais pas qui fera la chaleur… Vivre dans l’urgence, Stéphane ! C’est ça qui fera la chaleur de cet entretien. Bonjour, Béguet. C’est ça, j’en perds ton latin. Oui, mon latinus. Est-ce que, la suite, l’Arménie, il y a les images, le film, un livre, c’est le même modèle que l’Ukraine ? Pour l’instant, j’ai eu une expérience en Arménie qui était assez intéressante sur… sur un groupe de soldats que j’ai rencontré. Je ne vais pas trop dévoiler, mais je suis en train d’écrire là-dessus. Encore une fois, j’essaie de sortir du journalisme, c’est d’essayer de traiter un sujet avec les outils de la littérature. Et le personnage que j’ai trouvé, que j’appelle le Hemingway du Caucase, qui est vraiment la même tranche, le sosie absolue du Hemingway. Tu peux la montrer ce midi sur ton téléphone. D’ailleurs, son surnom, c’est Papy. dans les tranchées arméniennes, tout le monde l’appelle papy et Ming Wei pendant la guerre d’Espagne on l’appelait papa, il y a toutes les similitudes la même barbe cendrée la même bouille et donc ce gars là il voulait être écrivain il connait Bayron, Lord Bayron il connait Stendhal et la guerre l’a un peu ravagé donc il a jamais pu écrire puisqu’il a du mal maintenant à se concentrer parce qu’il a vu trop d’horreur bref il y a un sujet là dessus Merci. Sur une tranchée qui est figée, dans une guerre figée, un peu figée, face au Carabar… Voilà, et donc évidemment, on pense au rivage des cirques, au désert des partards, et donc il y a toute cette imprégnation de ces références littéraires, et donc voilà, je pense que c’est un sujet qui… C’est peut-être un récit que j’aurais publié chez Gaïmar. Et la mort, comme ça ? T’as une question ? La mort, elle est là… J’ai réglé quelques problèmes avec elle, parce qu’elle me hantait un peu pendant quelques temps. Et là, je suis beaucoup plus apaisé. Mais c’est un peu ce truc aussi, c’est la mort qu’a volé mon frère. D’aller en Ukraine, la regarder droit dans les yeux, peut-être m’a soigné un peu certains trucs, certains démons en tout cas. Je me rendis sur ta vie de famille heureuse et la vie dans tout ça. Ça me suit, ça souhaite des idées noires. On est fatigué, mais on est fatigué par le bonheur. Tout ça, c’est fantastique. Et puis, c’est la plus belle aventure. Mon fils, il s’appelle Mandy, qui va avoir une belle vie dans le village basque. entouré de moutons et de ballonets taillus une longue et belle vie à Mandy je fais des rimes et à Marie à toi des rimes merci et à Damien et bien dernière question ta définition de l’aventure la définition de l’aventure il faut qu’on y aille non c’est la liberté la liberté merci Stéphane merci Damien à bientôt tchuss Merci à tous d’écouter le podcast Septentrion, là où souffle l’aventure. Rendez-vous bientôt sur les plateformes avec un nouvel invité. Et comme disait mon grand-père, qu’est-ce que ça vaut ?

🚀 Septentrion, là où souffle l’aventure 🍃
🧭 Un podcast pour celles et ceux qui explorent le monde — et le racontent avec sincérité, engagement et humanité.
💬 Des discussions au débotté, dans un hall de cinéma, un café, la rue ou un salon avec des voix qui parlent d’aventure, mais aussi du réel, du fragile et du vivant.

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🎙️ Premier épisode avec Damien Castera, surfer professionnel devenu reporter de guerre, réalisateur et écrivain.

🏄‍♂️ Surfer professionnel devenu reporter de guerre, réalisateur et écrivain, Damien Castera incarne une trajectoire hors norme.

⚔️ En homme d’engagement, ce Basque explore désormais les zones de fracture du monde avec la même intensité qu’il affrontait les vagues.

📚 Nourri par les récits de Kessel, London, Malraux, Steinbeck ou Hemingway, Damien nous raconte l’Ukraine en guerre avec une rare faconde.

Un entretien mêlant poésie, lucidité et humanité.

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🎧 Septentrion l’épisode n° 1  : Ukraine, la liberté ne meurt jamais avec Damien Castera 🇺🇦
Un premier épisode comme une déclaration d’intention : donner la parole à celles et ceux qui explorent le monde autrement — et le racontent avec sensibilités.

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🎙️ Le podcast Septentrion, là où souffle l’aventure.
🚀 Proposé et présenté par Stéphane Dugast 
🗞️ Avec le soutien du journal Embarquements 
🌐 Parrainé par la Société des Explorateurs Français
📅 Diffusion : chaque 1er dimanche du mois

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EN SAVOIR +

🎯 Sur Insta @damiencastera I Sur Facebook @damscastera/

📰 Son portrait dans en page 20 du journal Embarquements n°18
👉 urlr.me/hHYr7G

📚 À lire également : La Liberté ne meurt jamais, de Damien Castera, éditions Gallimard, 2025
👉 urlr.me/kaW4XT

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