Vietnam, les monts et les eaux
Au Sud-Est de l’Asie, la République socialiste du Vietnam déroule 3260 kilomètres de côtes qui serpentent le long de la péninsule indochinoise. La mer de Chine borde ce territoire sinueux, un peu plus vaste que l’Italie, peuplé d’environ 80 millions d’habitants. En langue vietnamienne, c’est le même mot qui désigne “l’eau” et “la terre””. Dans
Une zone de mousson, ces deux éléments sont intimement liés : l’eau puissante des grands fleuves qui nourrit le sol d’alluvions fertiles, et l’eau paisible des rizières maîtrisée par un peuple dont l’esprit communautaire fait penser à celui des fourmis. Les “Viets” sont majoritaires au milieu d’une mosaïque de populations composée de
Soixante ethnies différentes. Depuis les origines, d’imposants voisins ont exercé leur influence, et au cours du seul vingtième siècle, trente années de guerre ont bien failli détruire le pays à jamais. Aujourd’hui, le Vietnam revient de loin. Un tiers de la population n’a
Pas quinze ans et n’a donc jamais connu la guerre. Les vieux démons ne font plus peur et les dogmes naguère défendus avec acharnement ont cédé beaucoup de terrain. 02 33 Le Vietnam renaît de ses cendres grâce – notamment – aux valeurs profondes véhiculées
Par plusieurs religions qui cohabitent ici en harmonie. Après des années d’incertitudes, le pays retrouve son identité en puisant dans ses traditions et en les préservant. La course au progrès conduit inexorablement le Vietnam vers l’économie de marché, et la crise
Financière qui a secoué toute l’Asie n’a pas inversé la tendance. Longtemps coupé de tout, le pays a désormais ouvert ses frontières. Sa beauté coupe le souffle des visiteurs. Sa volonté et son ardeur à la tâche forcent l’admiration. Même réunis, le Nord et le Sud sont toujours rivaux. Le Nord possède Hanoi la capitale,
Mais le Sud compte la plus importante agglomération du pays – Ho Chi Minh Ville -, dont l’influence s’étend de la mer de Chine jusqu’au Cambodge. L’ancienne Saigon a bien changé depuis le milieu du 19-ème siècle au début de l’aventure coloniale
Française en Indochine. Le plan de la ville et l’essentiel des bâtiments de l’époque subsistent, mais ils sont de plus en plus immergés dans la vie trépidante que mènent les 7 millions de Saïgonais. Le modernisme envahissant n’a pas enlevé tout son charme à la “ perle
De l’Extrême-Orient ”. Dans leur costume national, l’ao dai, les élèves du lycée fréquenté par Marguerite Duras sont d’une élégance qui a séduit plus d’un lecteur. A l’image de l’hôtel Rex, symbole du luxe des années 1960, les rues de Ho Chi Minh –Ville collectionnent les traces laissées par l’architecture occidentale :
– l’ancien Hôtel de ville dont le style ampoulé lui valut plusieurs noms de gâteau ; – l’ancien Palais de Justice élevé à la fin du siècle dernier ; – dominé par une tour, le théâtre municipal, qui abrita l’assemblée nationale de 1955 à 1975;
– l’hôtel Continental, ancien rendez-vous des correspondants de guerre et du Tout-Saigon – et enfin la Poste centrale qui entretient le souvenir de quelques scientifiques européens, ainsi que la verrière charpentée par Gustave Eiffel. L’architecture traditionnelle reprend ses droits au Musée d’Histoire où sont exposées, entre autres, des œuvres rassemblées par l’école archéologique française d’Extrême-Orient.
Dans les jardins, un délicieux spectacle met en scène des marionnettes aquatiques en bois de figuier peint. Une tradition purement vietnamienne. La religion catholique est bien implantée au Vietnam. La cathédrale Notre-Dame de Saigon en témoigne. Mais la population est très largement acquise au bouddhisme et à d’autres religions extrême-orientales.
Ainsi, la pagode de l’Empereur de Jade est vouée à la fois au bouddhisme et au taoïsme – une religion contemplative d’origine chinoise. Les bouddhistes quant à eux doivent mériter leur paradis, en libérant un oiseau par exemple. Avril 1975. Le bâtiment aujourd’hui dénommé “ Palais de la Réunification ” tombe aux
Mains des communistes. C’est là que résidait le Président Nguyen Van Thieu, dont la fuite marqua la fin de la présence occidentale dans le pays. La décoration et le palais devenu musée sont restés intacts. En 1925, Saigon occupait déjà le huitième rang parmi les ports de commerce français. Bien que
La mer soit à 80 km, grâce au Mékong, la ville connaît un trafic maritime intense. Aujourd’hui, c’est le premier port du Vietnam, mais aussi du Cambodge et du Laos. Les 2/3 des investissements étrangers dans le pays sont concentrés dans l’ancienne Saigon,
Qui gère 60% du commerce, où se réalisent 35% du Produit National Brut, et où le revenu par habitant représente le triple de la moyenne nationale. Le sens des affaires et la vitalité économique s’expriment particulièrement dans le quartier de Cholon, investi par les commerçants chinois depuis la fin du 18-ème siècle. Leur réussite
A souvent provoqué la jalousie et entraîné des réactions hostiles des gouvernement successifs. La moitié des Vietnamiens d’origine chinoise vivent dans ce quartier populeux où la silhouette de l’église Saint François-Xavier sert de repère. Comme toutes les Chinatowns du monde, Cholon fête bruyamment le
Nouvel An, mais les pétards ont été interdits en raison des accidents. Le Sud et l’immense région de Ho Chi Minh –Ville doivent une bonne part de leur prospérité au delta du Mékong. Le parcours vietnamien du fleuve ne représente pourtant que 200 km, le 22-ème de sa longueur totale.
Le quart de la population du delta est rurale, et les habitants exploitent la terre enrichie par les alluvions en cultivant la quasi-totalité des surfaces disponibles. Partout, les tombes des ancêtres veillent sur les récoltes. Le Mékong est le deuxième fleuve d’Asie par son débit, mais une fois franchie
La frontière vietnamienne, il ralentit et se divise en une multitude de bras et de canaux. Son delta fertilise une région qui assure 40% de la production agricole nationale. Malgré le tempérament dominateur du fleuve, les paysans ont appris à vivre avec lui et à domestiquer sa force.
Le Mékong est beaucoup plus qu’un fleuve. Il grouille d’une effervescence permanente et son régime rythme la vie de millions d’hommes. Non seulement, il donne la vie, mais il l’alimente par ses innombrables ramifications. Le delta du Mékong produit plus d’espèces de fruits tropicaux que n’importe quelle
Autre région du Vietnam. Et au marché de Can Tho, l’ambiance bon enfant et l’abondance apparente ne doivent cependant pas faire oublier la pauvreté du pays, l’un des plus démunis de toute l’Asie. Mais le Mékong est porteur d’espoir et d’avenir. Quand une femme se marie,
On dit ici qu’elle traverse le fleuve, qu’elle change de rive. Les marchés sont aussi très instructifs quant aux mœurs alimentaires. Les serpents par exemple sont recherchés pour certaines vertus thérapeutiques très appréciées (INTO), et de petits ballots de
Riz sont consommés lors du Nouvel An. Non loin de Soc Trang, une pagode abrite des milliers de chauves-souris bien dodues. Les plus grandes pèsent 1 kg et développent une envergure d’1,50 m. Les paysans les chassent et les mangent parce que ces volatiles frugivores dévastent leurs vergers.
Si les moyens de transport routiers ont toujours du succès, dans cette région littéralement gorgée d’eau, le moyen de déplacement naturel est le bateau. Les artisans locaux sont passés maîtres dans la conception et la construction de bateaux à fond plat, stables et bien adaptés à la navigation sur le fleuve.
La partie la plus méridionale du Vietnam correspond à la Cochinchine, la plus ancienne entité de l’empire colonial français d’Indochine. En pénétrant à l’intérieur des terres, on accède malgré les présences étrangères successives à un Vietnam authentique qui n’a pratiquement pas changé depuis plusieurs générations.
Le Vietnam a retrouvé la sérénité. Et les enfants d’aujourd’hui ne cherchent plus à savoir pourquoi la plus puissante armée du monde s’est embourbée dans une guerre qui a duré plus de dix ans, en luttant contre un ennemi invisible,
Paysan le jour et soldat la nuit. La formidable machine de guerre américaine a été vaincue, mais au prix d’une véritable hécatombe chez les Vietnamiens des deux camps. Des millions de litres de produits chimiques ont rasé 10% des forêts et empoisonné le
Sol. A Cu Chi, au Nord de Ho Chi Minh Ville, les traces de la guerre s’effacent lentement, rongées par la rouille et dévorées par la végétation. Certains vestiges sont soigneusement entretenus comme témoignages d’une guerre que la télévision a fait vivre au monde entier.
Les Vietnamiens, même ceux qui n’étaient pas nés, racontent avec beaucoup de pédagogie quelle ingéniosité il a fallu à leurs parents pour résister. Complètement invisibles en surface, ces orifices pratiqués dans le sol dissimulent un réseau souterrain de 250 km dont les galeries se superposent en plusieurs endroits.
Malgré le risque d’être repérés, certains boyaux étaient équipés de cuisine dont la fumée sortait à des kilomètres de là. Plusieurs milliers de soldats et de civils ont survécu dans des conditions extrêmes, avec un peu de riz et de manioc. Quelques tronçons possédaient l’électricité et même des infirmeries sommaires. Aujourd’hui,
Comme dans une banale attraction touristique, les visiteurs s’exercent au maniement des armes, mais à balles réelles. Les routes sont aussi encombrées que les cours d’eau et la vie y est aussi intense. L'”acajou à pommes” est le nom commun d’un arbre tropical qui produit
La grosse noix de cajou. Le Vietnam en est le troisième exportateur mondial. Les stations-service sont encore rares, rudimentaires, et les pompes à air d’un autre âge ! Sur une colline à proximité de Tay Ninh est installé le siège de la religion caodai. Le
Caodaïsme a vu le jour au Vietnam au début des années 1920, et l’œil divin en est l’emblème. Les caodaïstes communiquent avec les esprits en plusieurs langues, dont le français. La religion caodai emprunte des éléments aux principales religions d’Orient et d’Occident. La hiérarchie ressemble à celle de l’Église catholique,
Mais les prêtres ne font pas une profession de leur sacerdoce. Précédés des dignitaires en robes de couleurs, les prêtres tout de blanc vêtus se rassemblent en grand nombre dans le Grand Temple à chacun des quatre offices de la journée.
La secte exerce une influence prépondérante dans plusieurs régions du Vietnam, où elle compte deux millions de fidèles qui refusent le luxe, la viande, l’alcool, et la violence. Le manioc, dont les racines découpées sèchent au soleil, fournit une fécule alimentaire : le
Tapioca. Pour la même surface, le manioc assure dix fois plus de fécule que le maïs. A l’échelle mondiale des plantes utilisées pour l’alimentation, le manioc occupe le sixième rang. Du manioc rouge ? Au Vietnam communiste, ce n’est pas vraiment une surprise…
A l’exemple du tabac, qui n’est pas une plante tropicale, beaucoup de productions agricoles ont été introduites et stimulées pendant la période coloniale. La culture du caféier ne cesse d’augmenter en superficie. Le Vietnam est ainsi devenu le huitième producteur mondial de café.
L’hévéa n’a été implanté dans le pays qu’au siècle dernier. Son latex produit le caoutchouc, et d’immenses plantations appartenaient jadis au fabricant de pneus Michelin. Quant à la banane, elle pousse ici dans son milieu naturel car, contrairement à une idée répandue, le fruit tropical le plus cultivé n’est pas originaire d’Afrique mais d’Asie.
Au bord de la route en direction de Vung Tau, sur le fleuve Dong Nai, les embarcations ne sont pas toutes équipées de moteur. Autre source d’énergie : les mollets… Lorsqu’on se rapproche de la côte, les marais salants façonnent le paysage à leur image. Une légende vietnamienne raconte qu’autrefois le sel sortait en
Quantité d’un vase magique. Un commerçant déroba le vase, l’emporta sur un bateau, qui coula, vite surchargé par le sel. C’est depuis ce jour que l’eau de mer est salée. Au bord de la mer de Chine, au Sud-Est de Ho Chi Minh – Ville pointe une péninsule
Rocheuse baptisée Cap Saint-Jacques par les navigateurs portugais. Les pêcheurs font la navette entre leurs bateaux et la côte à bord d’énormes nasses en osier tressé et goudronné. La pêche fait vivre la grande majorité de la population de la région, mais au contraire de l’agriculture, elle est une activité essentiellement masculine.
La production vietnamienne de poissons se situe aujourd’hui au vingtième rang mondial. Sur une colline, le décor reflète la paisible cohabitation des cultes bouddhiques et chrétiens, dont les emblèmes sont portés par la même démesure. Là où le Vietnam fait un coude et oblique vers le Nord commence l’Annam, l’ancienne région centrale
De l’Indochine. La vaste et plane embouchure du Mékong cède la place à un paysage plus montagneux où la canne à sucre, originaire du Pacifique, s’est particulièrement bien adaptée. La canne à sucre n’est pas forcément cultivée pour obtenir du sucre. On se contente souvent
D’écraser la tige pour en boire le jus frais. Malgré le côté artisanal de la production, le rendement en sucre peut atteindre les 15%. A une altitude de 1500 mètres, les villas cossues de Dalat ont été construites par les Français qui
Fuyaient, l’été, la chaleur accablante de Saigon. Pour l’architecture, on pourrait se croire au Touquet. Le site n’ayant rien de stratégique, il a échappé aux ravages de la guerre. Dans cette ville aux allures longtemps européennes, l’Asie reprend le dessus. Pourtant,
Le port du béret et les Peugeot d’un autre âge rappellent, comme la baguette de pain, l’Indochine française. La température moyenne annuelle plafonne ici à 20° centigrades. Pour les Vietnamiens, c’est franchement glacial et leurs vêtements chauds le prouvent. Les principaux édifices, eux aussi,
Ont conservé l’empreinte des anciens colons. Et malgré le changement de propriétaire, l’ancienne résidence d’été de l’empereur Bao Dai n’a rien perdu de sa superbe. Inspirée de celle de Deauville, la gare de Dalat est désaffectée, sauf pour les touristes.
“Il n’y a plus que les touristes qui prennent le train, et c’est pour faire des photos.” Aujourd’hui, le train de Dalat ne consent à partir que si les voyageurs payent le carburant, le salaire du pilote, … et du copilote… Malgré les reliefs, les Vietnamiens ont fait de la bicyclette leur moyen
De transport favori. Dans les campagnes, le vélo a tout l’air d’un véhicule utilitaire qui défie souvent les lois de la pesanteur. Certaines ethnies vietnamiennes ont pratiquement disparu. C’est le cas d’un très ancien peuple marqué par l’hindouisme, présent ici depuis le début de notre ère.
La culture des Chams ne subsiste plus que dans quelques temples de briques. Avec une plage qui passe pour être la plus belle du pays et grâce à un site montagneux qui la met à l’abri du vent et des typhons meurtriers, Nha Trang bénéficie
D’un microclimat privilégié. On l’avait baptisée la “Nice de l’Indochine française”. L’Institut Pasteur local a été fondé par un disciple du grand savant : Alexandre Yersin, celui qui découvrit le bacille de la peste. Le pont sur la rivière Xom Bong conduit aux tours de Po Nagar. Elles ont été élevées
Vers le 10-ème siècle, et témoignent encore de la splendeur passée des Chams. Tout en longeant la côte vers le Nord, on mesure l’incroyable détermination d’un peuple à sortir des épreuves les plus pénibles, mais aussi l’étonnante débrouillardise qui lui permet de vivre avec très peu de moyens. Les
Ingénieux systèmes d’irrigation en donnent l’exemple permanent. Une voie ferrée relie le Sud au Nord sur 1700 kilomètres. Après la guerre, la ligne endommagée fut restaurée, et les trains furent baptisés “Express de la réunification”. Seuls les anciens se souviennent aujourd’hui des pluies de bombes qui tombèrent sur les rails.
Les Montagnes de Marbre étaient jadis cernées par la mer. Ces collines calcaires sont creusées de nombreuses grottes qui s’ouvrent dans le marbre pur. Elles sont inondées d’une lumière irréelle et ont été aménagées en lieux de culte depuis des temps immémoriaux. Les premiers colons européens accostèrent dans la magnifique baie naturelle de Danang au
17-ème siècle. Aujourd’hui, la ville bénéficie de liaisons routières vers le Laos et la Thaïlande. Elle est devenue pour son économie la quatrième localité du pays, avec un million d’habitants. L’ancienne cité, baptisée “Tourane” par les Français, se flatte à juste titre de posséder un musée exceptionnel – créé par l’École archéologique
Française d’Extrême-Orient – qui rassemble la plus belle collection de sculptures cham. Les quelque trois cents pièces en grès couvrent près de dix siècles d’un art fascinant. Une fois passé Danang, on laisse derrière soi le climat tropical chaud et humide. A 500 mètres d’altitude, le col des Nuages lui oppose une frontière définitive.
Hué. Enjambant la rivière des Parfums, l’ancien pont Clémenceau relie le cœur historique de la capitale impériale à la nouvelle ville. Pendant la dernière guerre, la proximité du 17-ème parallèle qui séparait le Nord du Sud Vietnam causa à la ville d’irréparables dommages. Depuis ses
Lointaines origines, Hué possède la réputation d’une cité culturelle fréquentée par de nombreux intellectuels. Le Collège national a d’ailleurs formé plusieurs futurs dirigeants du pays. Hué doit beaucoup de son prestige à son statut de cité impériale. La citadelle vit régner
Les treize empereurs de la dynastie Nguyen, 150 années durant, depuis le début du 19-ème siècle. Cette cité fortifiée n’a rien perdu de son élégance, malgré les plaies de la guerre. Les bois laqués, les tuiles vernissées et les bronzes massifs émaillent le décor à la manière des palais chinois.
En remontant la rivière des Parfums, on croise les mausolées que les monarques Nguyen construisirent généralement de leur vivant. Le plus récent est celui de l’empereur Khai Dinh. Celui-ci mourut en 1925, bien avant l’achèvement d’un édifice pompeux qui mélange les styles avec désinvolture. Beaucoup plus romantique, la rivière des Parfums enveloppe souvent les rives
D’une brume volatile qui estompe les sons et gomme les contours. Au détour d’un méandre apparaît la pagode de la Vieille Dame Céleste, un sanctuaire bouddhique élevé au tout début du 17-èmesiècle à l’initiative d’une vieille femme … qui ensuite disparut dans le ciel. Les bonzes assurent le culte, assistés par des consœurs.
“C’est les bonzettes. Elles habitent dans une autre pagode. Elle vient ici pour visiter les bonzes. Les bonzes et les bonzettes ne peuvent pas se marier. Les bonzes vivent dans une pagode, les bonzettes vivent dans une autre pagode.” La pagode raconte sa propre histoire sur une stèle portée par une tortue de marbre,
Symbole de longévité. Tout aussi symbolique, la voiture qui transporta d’ici à Saigon le premier bonze qui s’immola par le feu pour protester contre la présence américaine. Au centre, le pays s’étire en une bande étroite large de quelque 50 km. Mais en montant plus au Nord, le territoire s’évase à nouveau pour épouser
Les formes de l’ancien Tonkin où Hanoi pointe comme capitale. Le vieux pont métallique Paul Doumer – du nom de l’ancien gouverneur français – contribue à écouler le flot des deux-roues. Les voitures sont ici moins nombreuses qu’à Saigon. Longtemps figée par la bureaucratie communiste, la ville retrouve la fébrilité de son passé français.
Elle brûle d’entreprendre et rehausse la couleur jaune qui éclaire son teint. Cette lumière dorée, plus ou moins accentuée selon la saison, Hanoi la doit à son architecture coloniale, de l’ancien palais du gouverneur à l’opéra. La sombre et sinistre cathédrale St Joseph gâche malheureusement un tableau d’ensemble que les
Travaux entrepris par le régime communiste n’ont pas arrangé. Un bâtiment de pur style stalinien avec sa robuste colonnade abrite la dépouille du grand leader révolutionnaire Ho Chi Minh, le père de l’indépendance nationale et noble voisin du Parlement. Vestige de la citadelle royale, la Tour du Drapeau domine le musée de
L’Armée. On y fait l’inventaire des engins – pour la plupart russes ou chinois – qui furent utilisés pendant les guerres et on y reconstitue par l’image et le son les grandes batailles du passé. Dien Bien Phu revit en réduction et, plus de
50 ans après, les moyens à la disposition des vainqueurs sont toujours aussi rustiques. Hanoi a pris de la hauteur pour accueillir son premier million d’habitants. La voiture n’est pas encore accessible au plus grand nombre, mais après des années d’isolement, le mode de vie occidental gagne chaque jour du terrain.
Avant d’être habité, le site de la ville était couvert d’eau. Le sol est resté marécageux et l’eau affleure en dizaines de lacs. Le lac de l’Epée Restituée doit son nom énigmatique à l’intervention des forces célestes qui prêtèrent une épée magique pour lutter contre les
Chinois. Une fois la victoire acquise, une tortue sacrée récupéra la précieuse épée. Les lieux de culte n’ont pas d’âge : la pagode au Pilier Unique est presque millénaire, et la pagode Tran Quoc est vieille de quatorze siècles, et régulièrement restaurée.
La paix qui règne dans le cimetière des bonzes contribue à la douce sérénité des lieux. Sous des abords discrets, le vieux Hanoi fait la part belle au commerce, avec la Russie bien sûr, qui a soutenu le pays quand son destin ne tenait qu’à un fil,
Mais aussi avec tous ceux qui lui sourient aujourd’hui. Au Vietnam, les traditions ne s’oublient pas, mais les moyens pour les transmettre ont considérablement changé. Le Vietnam est sur la bonne route. Malgré les hésitations et les regards sceptiques, une fois qu’on aura trouvé… la bonne direction, même si le parcours est
Semé d’embûches, plus rien n’arrêtera la marche du progrès. Cent kilomètres à l’Est de Hanoi, Haiphong est devenue la troisième ville du pays à proximité immédiate de la Chine. La cité entretient jalousement ce qui reste de son patrimoine colonial souvent recyclé, qui lui assure une bonne part de son charme provincial.
Le port de Haiphong doit sa fortune au commerce du charbon. C’est aujourd’hui le deuxième du pays. Non loin d’Haiphong, le golfe du Tonkin se hérisse de rochers par milliers pour composer l’un des paysages les plus connus d’Asie : la baie d’Along.
Dans le port de Hon Gai, une flottille de petites embarcations exploite les eaux de la baie, très poissonneuses. Hon Gai est aussi le point de départ des jonques qui évoluent dans un décor de rochers tourmentés. Il y a quelques milliers d’années, la mer a recouvert cette plaine côtière,
Et seules les roches les plus dures lui opposent encore une résistance. Le calcaire, rongé par l’érosion de la mer et des vents, abandonne lentement la partie et se désagrège au hasard des forces physiques. Extérieur au combat titanesque des forces de la nature, l’homme ne
Voit dans les vestiges de la bataille que dragons, chimères et monstres de légende. Le Nord-Ouest du Vietnam, aux confins de la Chine et du Laos, est sans doute l’une des régions les mieux préservées des influences extérieures, et pourtant, la capitale n’en est pas très éloignée.
Cet isolement s’explique par le relief accentué de la région. Il ne faut pas oublier que les plateaux et les montagnes occupent 80% de la superficie nationale. Cette zone relativement difficile d’accès abrite différentes ethnies minoritaires que l’on retrouve dans les pays voisins. Ces populations se répartissent dans la montagne selon l’altitude, et leur mode
De vie s’adapte en conséquence. Celles qui vivent dans les vallées cultivent le riz en terrasses et posent leurs maisons sur pilotis pour se protéger de l’humidité et des rongeurs. Les vêtements des femmes facilitent l’identification des tribus, malgré de subtiles variantes qui échappent souvent au premier coup d’œil.
La participation des enfants aux tâches domestiques les plus lourdes est une nécessité économique incontournable pour ces montagnards au mode de vie très … rustique. Leur grâce naturelle n’en souffre apparemment pas et les corvées souvent se transforment en jeu. Nichée au creux des montagnes,
La petite localité de Son La est LE lieu de rencontre de la région. Au marché, se côtoient le chapeau conique des Vietnamiennes et les coiffes traditionnelles des minorités. Dans cette rude contrée, la maîtrise de l’eau est compliquée par le relief. Mais
L’ingéniosité des habitants et le précieux concours du bambou y ont apporté remède. C’est l’énergie hydraulique qui actionne le pilon à levier, un outil conçu pour décortiquer le riz. Mais pour le transport, la mécanisation n’est pas encore en marche !
L’Histoire de la France en Indochine s’est arrêtée à Dien Bien Phu dans cette vaste cuvette encerclée de montagnes qui devait arrêter la progression des communistes vietnamiens vers le Laos tout proche. Alors que la guerre traîne en longueur depuis bientôt dix ans, les belligérants décident de
Livrer un dernier combat pour arriver en position de force aux pourparlers de paix. Au printemps 1954, ils s’affrontent violemment autour de quelques collines baptisées de prénoms féminins. Le poste de commandement du colonel de Castries, nommé général pendant la bataille,
Sera le dernier à tomber après avoir résisté près de deux mois. Les Vietnamiens l’emportaient par leur organisation, leur connaissance du terrain et surtout par leur détermination. “Maintenant je suis à la retraite, je suis le directeur du club des personnes âgées de la ville
De Dien Bien Phu. Je suis un des combattants de la division 306. C’était une division très forte de l’armée vietnamienne. A l’époque, nous avions beaucoup entendu parler des équipements, des armements des Français, mais avec cet endroit, dans cette cuvette, nous étions sûrs de gagner.”
Les combats acharnés ont opposé deux armées très inégalement équipées. L’une disposait de moyens aériens, l’autre poussait des bicyclettes. Et la leçon ne sera pas retenue. A proximité de la frontière chinoise, à 1600 mètres d’altitude, la ville de Sapa bénéficie d’un climat très sain apprécié des colons français depuis les années 1920.
Dans cette région, les Hmongs sont majoritaires. Ils vivent dans la montagne et sont réputés pour leur agilité. Afin d’éviter la dot, les Hmongs ont longtemps pratiqué le” mariage par enlèvement.” Les Daos appartiennent au même groupe ethnique que les Hmongs originaires de Chine, mais ils vivent à une altitude moins élevée.
On les reconnaît facilement au rouge éclatant de leur costume, à leurs broderies, et à leurs bijoux argentés. Les Daos construisent leur maison à même le sol et font le commerce du bois de chauffage. Ce sont aussi des artisans chevronnés nullement limités par les moyens rudimentaires.
A quelques dizaines de kilomètres au Sud de Hanoi, autour des localités de Hoa Lu et Ninh Binh, se situe le berceau des premières dynasties qui régnèrent sur le pays. Dans cette région sont ancrées les attaches originelles du peuple vietnamien. Une sorte de sanctuaire naturel héberge l’âme vietnamienne. Les rochers calcaire,
Vestiges de la cordillère centrale, y subissent le même traitement naturel que ceux de la baie d’Along. Mais la tranquillité de l’eau semble leur accorder un sursis. Par la rivière, on accède aux grottes de Tam Coc qui ont toujours fourni aux villageois refuge et protection. A environ 40 kilomètres de Hanoi,
La pagode de Chua Thay remonte au 12ème siècle. Elle attire les fidèles de toute la région, spécialement lors de la fête du Têt, le nouvel an vietnamien. Pour la circonstance, les dents sont noircies grâce à une teinture spéciale à base de tanin. Les femmes portent l’ao dai, une longue tunique sur un pantalon.
Pendant les deux semaines qui précèdent, et les six semaines qui suivent le nouvel an lunaire, une animation inhabituelle s’installe autour d’un des plus beaux sites du Vietnam : la montagne des Parfums. Des milliers de pèlerins font le voyage pour commencer l’année sous les meilleurs auspices.
Les fidèles débarquent devant la pagode “Qui Monte Au Ciel” et leur fervente procession est jalonnée de lieux de prière. Ils pénètrent sur la terre de Bouddha. Après deux kilomètres d’une ascension pénible sur des pierres glissantes et coupantes, le paysage s’ouvre enfin. Le plus important des pèlerinages bouddhiques du Vietnam
Touche au but : nimbée des vapeurs bleues de l’encens, la grotte de l”‘Empreinte Parfumée”. En échange de quelques offrandes, les divinités purifient les âmes, apaisent les douleurs et donnent des enfants aux femmes qui les souhaitent. Le Vietnam a soulagé ses souffrances. Un nouveau destin se profile pour ce pays où
Depuis toujours fusionnent les monts et les eaux.
Film documentaire de Pierre Brouwers, vu sur France 5 et Voyage !
Avec son film, Pierre Brouwers démontre que le Vietnam rivalise désormais avec les pays qui donnent le ton au développement de l’Asie du Sud-Est. De la baie d’Along à Diên Biên Phu et de la Cochinchine au Tonkin, le réalisateur nous dévoile non seulement les plus somptueux paysages, mais aussi les richesses humaines et économiques de l’ancienne Indochine. Dense et passionnant, ce documentaire exceptionnel dresse, à travers géographie, traditions religieuses, culture, histoire, une synthèse unique des multiples facettes du Vietnam actuel.
Pour s’abonner à la chaîne, c’est ici : https://cutt.ly/2hxFnw4
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Les DVD sont disponibles sur http://www.decouvrir-le-monde.com/
Chapitrage :
00:00 Introduction
01:00 La péninsule Indochinoise
01:18 L’eau et la terre
01:48 Ethnies
02:07 Une renaissance
02:56 Economie de marché
03:28 Hô Chi Minh-Ville (Saigon)
03:46 Architecture occidentale
05:10 Musée d’Histoire
05:36 Notre-Dame de Saigon
05:48 Pagode de l’Empereur de jade
06:17 Palais de la Réunification
06:41 Trafic maritime
07:22 Quartier de Cholon
08:08 Fête du Têt
08:29 Delta du Mékong
09:18 Le Mékong
10:14 Marché de Can Tho
11:01 Mœurs alimentaires
11:37 Rôle du bateau
12:13 La Cochinchine
12:44 Rappel de la guerre
13:14 Cu Chi
14:10 Le réseau souterrain
15:17 L’acajou à pommes
15:36 Tây Ninh et le caodaïsme
17:28 Le manioc
18:05 Le tabac et le café
18:37 L’hévéa et la banane
19:07 Vers Vung Tau
19:35 Marais salants
20:11 Cap Saint-Jacques
21:05 L’Annam
21:15 La canne à sucre
21:51 Dalat
22:47 Edifices coloniaux
23:41 La bicyclette
24:13 La civilisation cham
24:49 Nha Trang
25:32 Tours de Po Nagar
26:11 Ingéniosité et détermination
26:52 “L’express de la Réunification”
27:19 Montagnes de Marbre
27:40 Danang
28:04 Musée de l’art cham
28:58 Col des Nuages
29:24 Huê
29:59 Cité impériale
31:16 Rivière des Parfums (Song Huong)
31:31 Pagode de la Vieille Dame céleste
31:51 Bonzes et… bonzettes
32:50 Hanoi
33:01 Rappel du communisme
34:25 Musée de l’Armée
34:57 Mode de vie occidental
35:21 Lac de l’Epée restituée (Hô Hoan Kiêm)
35:53 Lieux de culte
36:21 La marche du progrès
37:41 Hai Phong
38:32 Baie d’Along
40:17 La route vers l’ouest
40:38 Minorités ethniques
42:13 Son la
43:35 Diên Biên Phu
45:41 Sapa
45:55 Les Hmongs
46:20 Les Daos
47:09 Ninh Binh et Hoa Lu
47:51 Grottes de Tam Coc
48:24 Pagode de Chua Thay
49:03 Montagne des Parfums
49:46 Pagode qui “monte au ciel”
50:06 Grotte de l’Empreinte parfumée
50:54 Les monts et les eaux
2 Comments
Merci pour ces reportages magnifiques que j'avais vu pour la plupart sur tv5 à l'epoque, il y a bien 15 ou 20 ans 🙂
C’est bien vieux comme le reportage. Il faut y revenir. Pour voir le changement. Merci