“Philippines, la piste jeepney” un film de Pierre Brouwers
A la lisière de la mer de Chine, l’archipel des Philippines fait partie de l’Asie du Sud-Est. Les Philippines ? : un nom qui remonte au roi d’Espagne Philippe II, qui en a fait un bastion chrétien. L’archipel ? : un ensemble de plus de 7.000 îles et îlots,
Dont 2.000 à peine sont habités. Au nord de l’immense archipel : Luzon, l’île la plus vaste et la plus peuplée. Elle abrite l’immense capitale, Manille. Le Grand Manille porte depuis 1976 le nom de « Metro Manilla », une mégapole qui inclut 16 communes de la banlieue. 10 millions de Philippins y vivent.
Le front de mer, léché par les eaux de la fameuse « baie de Manille », met en évidence le caractère résolument occidental de la ville. Le port dispose d’une situation stratégique qui lui a donné une grande importance dans l’histoire de la capitale, et du pays.
En face, s’étendent les remparts qui protègent le cœur historique de la ville : “ Intramuros ”. Les rues pavées et de nombreux bâtiments coloniaux rappellent la domination espagnole, du 16ème au 19ème siècle. Certains bâtiments ont été admirablement restaurés, comme certaines résidences bien représentatives du style colonial espagnol du 19 ème siècle.
C’est le cas également de l’église San Augustin, bâtie au début du XVIIème siècle, et de la cathédrale. Intramuros est bordé par le parc Rizal, une oasis de 60 hectares de verdure. Au centre, un monument érigé en 1913 salue la mémoire de José
Rizal, écrivain et père du nationalisme philippin à la fin du XIXème siècle. Exécuté en 1896, il n’eut pas le temps de voir son pays passer sous le giron américain en 1898. Édifice emblématique de cette période, le Manila Hotel, quartier général de
Mac Arthur à partir de 1935. Chassé de la ville en 1942 par les troupes japonaises, le fameux général américain avait dit : « je reviendrai ! ». Le cimetière américain et ses 17.000 croix blanches témoignent de l’engagement des GI’s auprès des Philippins pour libérer le
Pays de l’envahisseur. Les Philippines ont beaucoup souffert de la conquête japonaise. Rescapés d’une ville détruite aux trois-quarts par la guerre, le Musée National, installé dans les anciens bâtiments du Congrès, et l’hôtel de ville, le “ Maharnilad ”, comptent parmi les plus beaux exemples, avec le Ministère du tourisme,
De l’architecture du début du 20ème siècle. Le Centre Culturel date, lui, de 1969. Aujourd’hui, Manille est une cité trépidante, sans cesse en expansion et en mouvement. Surtout avec les jeepneys, ces taxis collectifs hauts en couleurs et en chromes rutilants.
Ils sont 50.000 à Manille à s’intégrer dans la ronde d’un trafic qui fait tourner la tête… Manille sait aussi préserver ses traditions. La plus délicieuse d’entre elles est celle du “ lechon ”. Le cochon de lait est rôti à une broche dont
La force motrice n’est pas concernée par la hausse du coût de l’énergie. Indispensable à toute fête digne de ce nom, le “ lechon ” est servi avec tout le cérémonial nécessaire A l’opposé des traditions, le quartier le plus moderne de Manille : Makati,
Situé au nord de la ville. Les grandes sociétés y ont installé leurs sièges sociaux, les hôtels et restaurants de luxe y poussent comme des champignons. Devenu depuis les années 60 le cœur économique de la capitale, et toujours sous haute protection, Makati est le siège d’une place financière importante à l’échelle de l’Asie.
Manille ne serait pas vraiment Manille sans sa vie nocturne. Dès la tombée de la nuit, la ville semble s’éveiller pour une nouvelle vie, avec son kaléidoscope de bars, de restaurants et de discothèques. Au sud de la tentaculaire Manille s’étend un vaste territoire agricole, ponctué de volcans,
Où la vie s’articule autour de deux grands lacs : le lac Laguna de Bay et le lac Taal. Sur la route qui mène de Manille au lac Laguna de Bay, le trafic est intense, animé essentiellement par les jeepneys. C’est à Las Pinias que se trouvent les plus fameux
Ateliers de fabrication de ces rois de la route, avec entre autres celui de la famille Sarao. “ Le jeepney est le moyen de transport le plus courant dans notre pays. C’est une sorte de bus qui sert à toute la population pour se déplacer en ville comme à la campagne.
Ici, chez Sarao, nous les fabriquons entièrement à la main. Cela demande des artisans spécialisés qui travaillent de manière intensive. Le jeepney a été conçu à partir des anciennes jeeps laissées par l’armée américaine après deuxième guerre mondiale. Aujourd’hui, le moteur et les principales pièces viennent du Japon. ”
Et malgré les aléas de la circulation, depuis la guerre, les jeepneys arborent avec panache leurs chromes astiqués et leurs couleurs criardes sur toutes les routes de l’archipel. Avec ses 900 km2, le lac Laguna de Bay est le plus grand des Philippines, Ses rives sont semées de petits villages de pêcheurs, comme Paete.
Marqué par la présence espagnole, Paete compte la plus remarquable église de la région, l’église Saint-Jacques, construite en 1848. Paete est renommé également pour ses sculpteurs sur bois, spécialisés dans les œuvres religieuses mais dont l’imagination parfois … vagabonde. L’église San José de Las Piñas recèle une pièce rare, un véritable trésor : un
Orgue presque entièrement fait de bambou. L’assemblage de ses 950 tuyaux remonte à 1816. Le Laguna de Bay est cerné par des monts d’origine volcanique qui alimentent en eaux sulfureuses Los Baños. Depuis le XVIIème siècle, les habitants de cette petite station thermale utilisent les eaux aux vertus thérapeutiques dans toutes les activités quotidiennes…
Le train : un moyen de transport bien pratique, mais aussi un empêcheur de rouler en paix pour les astucieux villageois qui utilisent la voie ferrée d’une manière plutôt … personnelle. D’abord tranquille, puis rapidement plus mouvementée, la rivière qui mène aux chutes
De Pagsanjan peut s’avérer dangereuse. Les “ banqueros ” ou piroguiers font preuve d’une grande dextérité pour mener leurs embarcations dans un lieu mythique qui servit de décor à Francis Coppola pour son célèbre film “ Apocalypse Now ”. Le lac Taal, à 60 km au sud de
Manille, a des allures bien paisibles. Il occupe le cratère d’un grand volcan éteint. Mais au centre du lac un îlot aride est en fait le cratère d’un des plus petits, mais l’un des plus actifs volcans du monde. Résultat : 30 éruptions et des milliers de morts depuis le 16ème siècle.
Ce voisin imprévisible inquiétait peu Ferdinand Marcos, qui fit bâtir en surplomb ce qui est devenu aujourd’hui “ le Parc du peuple dans le ciel ”. Celui qui fut président-dictateur de 1965 à 1986 n’eut pas le temps d’achever ce palais que l’on visite comme une relique des temps difficiles.
Cette région de Luzon, d’où proviennent de nombreux hommes politiques, est marquée par l’alliance de reliefs parfois dangereux, de plaines fertiles et de vastes étendues d’eau. Au nord de Manille, Luzon s’étale sur une large plaine centrale, consacrée à la culture du riz. Elle est longée par des volcans souvent actifs, comme le mont Pinatubo.
La vie rurale se déroule ici paisible, au rythme lent des récoltes de riz. Mais certains jours, la campagne connaît une animation inhabituelle : c’est l’heure du combat de coqs, une passion pour les Philippins. Tandis que les combattants fourbissent leurs armes, les paris sont lancés ! Des millions de pesos circulent dans ces arènes
Où la tension atteint son apogées au moment où le combat commence. Sur les 37 volcans que l’on dénombre aux Philippines, 18 sont actifs. Ils sont synonymes de fertilité, mais aussi de catastrophes. Mai 1991 : une pluie de cendres et une avalanche de lave en fusion s’abattent sur la petite ville
D’Angeles et recouvrent 800 km2 de rizières. Bilan : plus d’un million de sans-abri. L’origine de ce cataclysme ? Le mont Pinatubo. Le volcan venait de se réveiller, après plus de 600 ans d’inactivité. Tout l’archipel des Philippines est secoué périodiquement par des tremblements de terre et des éruptions volcaniques. Les
Philippines appartiennent en effet à la « ceinture de feu de Pacifique », qui comprend également l’Indonésie, le Japon, et s’étend jusqu’à la Nouvelle-Zélande. L’éruption du mont Pinatubo précipita le départ de l’armée américaine de l’une des deux dernières bases dont les Etats-Unis disposaient dans le pays : Clark.
20.000 militaires vivaient en vase clos sur la gigantesque base de Clark. Aujourd’hui, les casernements ont fait place aux grands magasins. Sous l’impulsion du gouvernement, Clark est devenu un vaste complexe commercial et touristique, stimulé par son statut de zone franche. Les jets sont rares désormais à Clark.
Mais la nostalgie de la belle époque est entretenue par les ateliers de modèles réduits entièrement confectionnés en bois. Maquettes d’avions et d‘hélicoptères sont les copies conformes de modèles bien réels. C’est avec une précision et un soin extrême que sont conçus et réalisés ces petits bijoux qui s’exportent dans le monde entier.
Les ateliers reproduisent à l’identique formes, couleurs et décorations : un zeste d’imagination, et les maquettes deviennent réalité Le nord de l’île Luzon est une région montagneuse, strillée de cours d’eaux et hachurée par les cultures en terrasses. C’est aussi une région de minorités ethniques,
Venues du continent asiatique il y a parfois plus de 3.000 ans. Nichée sur les premiers contreforts de la Cordillère Centrale, la ville de Baguio est la dernière grande agglomération avant de pénétrer dans la haute montagne. Baguio s’étire sur un haut plateau, à 1.500 mètres d’altitude.
Elle est surnommée “la cité des fleurs”, en raison de ses nombreux parcs et jardins. Le principal pôle d’intérêt de Baguio attire des visiteurs de tous villages avoisinants. Ils parcourent parfois des dizaines de kilomètres à bord d’infatigables jeepneys pour être au rendez-vous d’un des plus riches marchés des Philippines.
D’origine malaise, la cuisine philippine a hérité de plusieurs traditions culinaires. Les Espagnols, les Américains, mais également les chinois lui ont apporté différents ingrédients et de multiples recettes. Résultat : une cuisine variée aux arômes subtils. L’artisanat est une activité importante pour Baguio. Les étoffes, par exemple
Sont tissées avec soin et dextérité avec des fils aux couleurs chatoyantes. C’est la spécialité des femmes igorots, en français « le peuple des montagnes ». Un autre atelier artisanal permet à une école pour enfants démunis de fonctionner, et fournit du travail à des handicapés. Il a
Été créé au Centre Saint-Louis par des religieuses venues jadis de Belgique. On y travaille l’argent, extrait non loin de Baguio, pour fabriquer des bijoux et autres objets décoratifs. La part la plus importante de la production se fait grâce à la technique minutieuse du
Filigrane. De minces fils d’argent sont assemblés, avec une habileté hors pair, pour donner naissance à de petites merveilles de précision et d’éclat. Si Baguio peut s’enorgueillir d’une cathédrale marquant l’attachement de sa population au catholicisme, la ville connut pourtant son heure
De gloire grâce à d’autres croyances. Au début des années 1970, les “ guérisseurs de la foi ”virent débarquer dans leurs cabinets des patients du monde entier, prêts à croire au miracle d’une guérison instantanée de leurs maux, plus ou moins graves. Aujourd’hui moins populaires, mais toujours très respectés aux Philippines,
Les guérisseurs disposent de nombreux pouvoirs “ Un guérisseur de la foi soigne bien évidemment toutes les maladies. La plupart de mes patients sont atteints du cancer et je parviens à en guérir environ 80%. ” Très forts les guérisseurs : ils opèrent à mains nues,
Et bien sûr sans anesthésie, des patients qui versent des sommes rondelettes pour ce que certains incrédules considèrent comme d’habiles tours de passe-passe. Pourtant, beaucoup de Philippins croient aux pouvoirs des guérisseurs de Baguio, une ville sûrement privilégiée par les bons esprits.
“Je pense qu’à Baguio il y a une énergie pour la guérison supérieure aux autres endroits. Vous savez, il n’y a pas d’école pour ça. Moi, je tiens ça de mon grand-père. ” Avec ses monts de 2.000 à 3.000 mètres, la Cordillère centrale n’est pas d’un accès
Aisé. La seule route, très difficile, qui la traverse, la Halsema Highway, est taillée à flanc de montagne. Les villages se font rares, et leurs habitants ne survivent que grâce aux cultures en terrasses, consacrées uniquement aux fruits et aux légumes.
La Cordillère Centrale est nimbée de mystères et de légendes. Et les contreforts du mont Timbac recèlent un trésor archéologique aussi exceptionnel que troublant. Une petite grille bien fragile protège – si l’on peut dire – l’accès à une caverne où sont entreposées en désordre d’énigmatiques momies ibaloys.
Les Ibaloys ? : une ancienne tribu de cultivateurs vivant dans les montagnes. Conservées dans ces grottes depuis près de 500 ans, elles sont en position assise, les jambes repliées, posées dans de petits cercueils creusés dans des troncs d’arbres. Si l’on peut encore deviner leurs tatouages, c’est qu’elles ne sont pas enveloppées de bandelettes,
Comme les momies égyptiennes. Le procédé de momification demeure un mystère pour les scientifiques. Autre interrogation, pourquoi ces vestiges exceptionnels ne sont-ils pas à l’abri, dans des musées ? De nombreux pillages ne semblent pas avoir servi de leçon. Mais dans ces provinces reculées, le culte des esprits explique bien des choses,
Et la piste permet bien des découvertes… Bontoc : capitale de la province des Montagnes. A 900 mètres d’altitude cette petite bourgade tranquille est un carrefour pour toute la région. Une région difficile d’accès, ce qui a contribué à préserver un patrimoine de traditions ethniques extrêmement riche.
A 18 km de Bontoc, à 1500 mètres d’altitude, dans une forêt de bambous se dissimule le site de Sagada. Les rochers aux formes étranges servent de décor à une pratique étonnante : les cercueils suspendus, juchés à plusieurs mètres du sol. A proximité, les grottes réservent aussi quelques surprises.
Des dizaines de cercueils sont entassés sur plusieurs niveaux, jusqu’à la voûte. Comme les momies du Mont Timbac, ces grottes funéraires n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Le village de Bayo annonce une nouvelle forme de cultures en terrasses, la riziculture, qui offre quelques-uns des plus beaux décors des Philippines.
Il y a plus de 2.000 ans que les riziculteurs de la tribu ifugao ont façonné des gradins géants, qui s’étagent parfois sur près de 1.000 mètres de dénivelée. Les plus spectaculaire de ces cultures acrobatiques se trouvent dans la région de Banawe. Banawe, c’est d’abord une petite ville accrochée
Au flanc des collines située à 1200 mètres d’altitude. Mais Banawe, ce sont surtout 400 km2 de terrasses irriguées. Tout le système est basé sur la présence d’une rivière de montagne. Ses eaux sont acheminées par un système complexe de canalisations en bambou. Chaque terrasse fait l’objet d’une attention très particulière et, selon la saison,
Bénéficie d’un complet nettoyage, d’une plantation accélérée ou d’une période de repos. Au-delà de la nécessité matérielle, les rizières en terrasses ont une importante valeur spirituelle. Elles sont en effet des “ escaliers pour le paradis ”, destinés à mener plus rapidement au bonheur éternel… Au cœur des rizières, dans quelques hameaux,
Vivent les membres de la tribu ifugao. Jadis redoutables chasseurs de têtes, ces excellents cultivateurs pratiquent aussi l’élevage. L’élevage, un mot que l’on pourrait employer dans tous les sens, tant l’accès à certaines habitations s’avère périlleux. Au sein du village, les Ifugaos semblent vivre de la même manière qu’il y a des siècles. Même
Si certains se sont convertis au catholicisme, ce sont pour la plupart des animistes fervents. Les Ifugaos appartiennent à l’une des soixante minorités ethniques dénombrées aux Philippines. Ces minorités représentent 10 % de la population. Elles sont réparties dans tout l’archipel.
En plein centre du grand archipel philippin, à 500 km de Manille, l’archipel des Visayas est constitué de six grandes îles, Panay, Negros, Samar, Leyte, Cebu et Bohol, ainsi que d’une infinité d’îlots. Leurs contours sont dessinés par d’innombrables bras de mer, golfes et détroits.
Leyte, 150 km de long sur 50 dans sa plus grande largeur, est une île montagneuse, avec de larges plaines au nord et à l’ouest. Elle vit essentiellement de la production de coprah, de la culture du maïs et du riz, de l’exploitation de la canne à sucre et bien sûr de la pêche.
Tacloban, la ville principale de l’île, c’est d’abord un bel ensemble de maisons sur pilotis blottis le long de la côte. A Tacloban, le port sert de plaque tournante au commerce avec le reste de l’archipel. Les îles Visayas n’ont pas échappé ni à la colonisation espagnole,
Ni à l’évangélisation qui l’a accompagné. Ainsi, la cathédrale de Tacloban accueille tous les jours de nombreux fidèles qui vénèrent surtout le Santo Niño, l’enfant Jésus. Santo Niño, c’est le nom d’un des musées les plus extravagants des Philippines. Il s’agit
En fait d’une ancienne demeure du couple Marcos, l’épouse de l’ex-président étant originaire de la région. Ce palais, conservé en l’état, abrite une collection de meubles et d’objets d’art venus des quatre coins de la planète, en fait des cadeaux de chefs d’états et de souverains,
Ainsi qu’un nombre impressionnant de chambres, chacune décorée dans le style d’une province. La pièce principale de la demeure est une immense chapelle, dédiée bien sûr à l’enfant Jésus. Le pont San Juanico, long de 2 km, relie les îles de Leyte et de Samar.
Samar est la première île de la région aperçue par le portugais Magellan, qui découvrit l’archipel des Visayas. Ses rivages inhospitaliers retardèrent son exploration. Aujourd’hui encore, les villages sont rares. Basey est le plus charmant exemple de ces petits bourgs tranquilles, dont les habitants se consacrent surtout à la pêche.
Au large, dans la baie de San Pedro, un surprenant ensemble d’énormes rochers surgissent de l’eau. Un décor aux formes qui aiguisent l’imagination et qui rivalise, toutes proportions gardées, avec celui de la mythique de la baie d’Along au Vietnam. D’origine volcanique, travaillés par l’érosion,
Les rochers sont percés de grottes et de passages ouvrant sur un monde étrange. Au détour d’un passage, on pénètre soudain dans une mangrove. Vaste labyrinthe de rivières et de canaux, Samar est recouverte d’un immense manteau forestier, dont la densité laisse peu de place à l’exploitation agricole.
Un cinquième de la population philippine vit dans l’archipel des Visayas. On y distingue trois ethnies différentes, qui ont chacune leur propre langue. Les îles Visayas, et particulièrement Samar, sont très exposées aux typhons, qui s’avèrent parfois dévastateurs. De mai à novembre, c’est l’ensemble de l’archipel des Philippines qui
Peut être touché par des vents violents, toujours accompagnés de pluies abondantes. Mais, après la pluie, le beau temps… On peut alors sillonner en toute quiétude le golfe de Leyte ou la mer de Samar. Marquées par l’histoire, ces deux îles sœurs aux décors sauvages
Conservent un parfum d’aventure mâtinée de traditions. Quand sonne l’heure de la fête, mélodies et danses anciennes animent toujours les soirées. Au cœur des Visayas, les îles de Cebu et Bohol sont très différentes. Cebu est l’une des îles les plus actives de l’archipel. Bohol somnole, protégée par ses plages immenses.
200 km de long sur 40 dans sa plus grande largeur, Cebu est une île montagneuse, toute en longueur. Renommée pour ses stations balnéaires, Cebu vit essentiellement de la pêche et de la culture du blé, du maïs et de la canne à sucre.
Surnommée “ la reine du sud ”, Cebu City est d’abord l’un des ports les plus actifs des Philippines, qui fonctionnait déjà avant l’arrivée des Espagnols. Cebu City : une ville commerçante par excellence, grouillante et souvent embouteillée. Mais Cebu City est également la plus ancienne cité des Philippines.
Son plus célèbre édifice : la basilique Minore del Santo Niño, terminée en 1735. Fréquentée toute l’année par des fidèles venus des quatre coins des Philippines, elle est entièrement dédiée, elle aussi, au personnage le plus honoré du catholicisme philippin : l’enfant Jésus.
Le culte de l’enfant Jésus a justifié la construction d’une annexe moderne pour la vieille basilique, celle-ci s’avérant souvent trop petite pour contenir tous les fidèles. L’enfant Jésus est au centre de toutes les célébrations, toutes les fêtes et toutes les processions qui se déroulent dans le pays, surtout à l’époque
De la semaine sainte. Ce culte aurait pour origine la découverte de Cebu par Magellan en 1521. Le navigateur aurait offert à la reine de l’île une statue de l’enfant Jésus, ce qui lui aurait permis de s’installer à Cebu sans tirer un coup de canon.
C’est à proximité qu’eut lieu en 1521 la première messe, marquant la conversion au christianisme du couple royal de l’île. Une grande croix rappelle l’événement. Aujourd’hui reliée à Cebu City par un grand pont, la petite île de Mactan vit pourtant débarquer, peu après, Magellan et ses troupes, venus mater le souverain local,
Lapu Lapu. 2.000 indigènes, faiblement armés mais très combatifs, firent mordre la poussière aux conquistadors et c’est là que Magellan fut tué. Lapu Lapu, qui a donné son nom à la ville principale de l’île, est encore aujourd’hui vénéré par tous les Philippins.
Lapu Lapu est désormais un petit bourg tranquille. Ses habitants exploitent essentiellement les richesses de la mer, mais la localité est aussi célèbre pour ses luthiers, qui fabriquent les guitares les plus belles du pays. Ils exportent leur production dans le monde entier.
“ Depuis de très longues années, la province de Cebu est renommée pour ses artistes, créateurs de guitares. Ici, à Lapu Lapu, nous avons les meilleurs luthiers. Pour fabriquer une guitare, tout dépend de la qualité et du design de l’instrument. Pour réaliser une guitare haut
De gamme, donc très chère, il faut un mois et demi pour un seul luthier. En revanche, quatre guitares bas de gamme peuvent être terminées en une semaine par le même artisan. ” Le son des guitares de Cebu vient parfois se mêler au son de la cloche du temple taoïste de
Cebu City, le plus célèbre du pays. Sa présence rappelle que si les Philippines sont le seul pays majoritairement catholique d’Asie du Sud-Est, les autres cultes ont parfaitement droit de cité. Tagbilaran est la seule ville digne de ce nom à Bohol, dixième île du pays par la taille.
C’est là que l’on trouve la plupart des habitants, qui vivent surtout de la culture du maïs, du riz, de la noix de coco, ainsi que de l’artisanat, avec principalement la vannerie. Bohol est renommée pour ses nombreuses églises datant de l’époque coloniale.
La plus ancienne date de 1595 : c’est l’église de l’immaculée conception de Baclayon. Bordée de fonds marins qui attirent les plongeurs du monde entier, Bohol recèle également un décor naturel peu commun : les « chocolates hills », les « collines de chocolat . En saison sèche,
La teinte des herbes qui les recouvrent devient effectivement « chocolat ». Ce nom savoureux recouvre un immense ensemble de plus de 1.000 collines. C’est vues du ciel que les collines sont les plus spectaculaires, mais on peut également
Les découvrir en suivant le cours tortueux du fleuve Loboc, qui coule du nord au sud de Bohol. Le long du fleuve, les habitations sont rares, mais leurs occupants ont parfois des physiques bien étranges … Comme le plus petit primate de la planète,
Un tarsier. Sa taille ? 10 à 15 centimètres… sans la queue. Son poids ? 100 à 150 grammes. Ilse nourrit d’insectes et ses énormes yeux pèsent chacun autant que son cerveau. A Bohol, la piste mène toujours, à travers une nature exubérante aux paysages multiples,
Aux traces de la présence espagnole. Mais – fait unique dans l’histoire du pays – l’île parvint à rester indépendante pendant près d’un siècle. Pas moins de 72 petites îles de toutes tailles et de toutes formes prolongent le
Sud de Bohol. De quoi faire rêver les plongeurs et les émules de Robinson en mal de paradis solitaires… A l’extrême sud de l’archipel philippin, Mindanao est la deuxième île du pays par la taille et la population. De forme particulièrement tourmentée, Mindanao est bordée de longues côtes découpées par de vastes baies. Mindanao,
C’est aussi un melting pot de populations aux intérêts parfois divergents et l’une des plus importantes régions agricoles du pays. Davao est la troisième ville des Philippines, pour le nombre d’habitant. Mais pour son étendue, elle rivalise avec les plus vastes cités les plus de
La planète. Ville de pionniers sans cesse en expansion, elle est surnommée “ boomtown ”. Son développement est dû en priorité à son port très actif, qui voit chaque jour débarquer, dans la bonne humeur mais avec méthode, des tonnes de poissons, à la taille parfois impressionnante…
Davao compte près d’un million d’habitants, qui occupent le moindre espace disponible. Résultat, un centre-ville animé, envahi par les tricycles, la spécialité locale qui arrive à damer le pion aux jeepneys… Mais dès la sortie de la ville, les jeepneys font vraiment tout ce qu’ils peuvent pour regagner les clients perdus…
Dominé par le mont Apo, qui culmine à plus de 3000 mètres, un grand parc national de 7.000 km2 s’étend à l’est de l’île. La mise en place de parcs nationaux est ici indispensable pour la protection de la forêt et de la faune. Ainsi, une fondation
S’attache à préserver de l’extinction plusieurs espèces d’oiseaux, dont le légendaire aigle des Philippines. Surnommé l'”aigle des singes” car il lui arrive de dévorer de petits mammifères, il est le numéro 2 des aigles par la taille, malheureusement en voie de disparition. Si Mindanao dispose d’un sous-sol très riche en minerais, sa plus
Grande ressource demeure l’agriculture. L’île assure, entre autres, plus de la moitié de la production nationale de blé et de bananes. “ La banane est devenue le deuxième produit le plus exporté à partir de Mindanao. Plus de 23.000 hectares y sont consacrés. Dans
Cette exploitation, nous parvenons à produire par mois l’équivalent de100.000 boîtes de 13 kilos chacune. Chaque année nous exportons donc environ 1.500.000 boîtes. Au départ, les bananes sont vertes. Elles sont mûries à leur arrivée, par exemple au Japon, dans des chambres spéciales. ” Outre la banane, Mindanao est aussi un grand producteur de coprah,
De maïs pour la consommation locale, et surtout d’ananas, qui s’exportent dans le monde entier. Le long des routes de Mindanao, de nombreuses échoppes proposent à la dégustation le fameux fruit, découpé … artistiquement pour trois fois rien. Les morceaux sont proposés en sachet, et c’est su-ccu-lent ….
Encore un petit creux ? Quelques sauterelles grillées feront l’affaire. Un véritable havre de paix pour Mindanao, réputé pour être à l’écart de tout conflit ethnique ou politique : le lac Sebu. Au sud-ouest de l’île, le lac Sebu est en fait le nom générique de trois lacs
Communiquant : les lacs Sebu, Lahit et Siluton, situés à 300 mètres d’altitude. Très poissonneux, le lac Sebu abrite notamment le “tilapia”, un poisson apprécié dans tout l’archipel On le retrouve sur le marché du village. Les habitants de Sebu appartiennent à l’ethnie des T’bolis, l’une des nombreuses
Minorités ethniques de Mindanao. Ils sont 60.000 à vivre des bienfaits du lac et d’agriculture… La grande spécialité des femmes T’bolis ? Le tissage, qui permet la confection de vêtements chamarrés. A quoi reconnaît-on une femme T’boli ? A son grand chapeau tissé, qu’elle porte toujours dans le respect de la tradition.
La danse et la fête perpétuent elles aussi la vivacité des traditions, non seulement à Mindanao, mais dans l’ensemble des îles. Aux Philippines, pour rencontrer la tradition, il suffit de se laisser emporter par un tourbillon de charme, et se laisser éblouir par les couleurs de la piste jeepney…
Film documentaire vu sur France 5 et Voyage.
Avec plus de 7000 îles et îlots recensés, les Philippines forment l’un des plus vastes archipels de la planète. Pour avoir réalisé des reportages aux Philippines dès 1976, Pierre Brouwers a su mettre en évidence les traits de personnalité les plus marquants de ce pays hors normes, et les inscrire dans l’évolution d’une culture marquée tant par l’Asie que par l’Occident. Volcans menaçants et plages idylliques, côtes aux découpes fantastiques et forêts vierges immenses, rizières en terrasses et collines ondulant à l’extrémité des plaines, la gamme entière des paysages philippins interpelle les caméras du réalisateur. Sans oublier les particularités ethniques et religieuses dont le film livre les secrets et les mystères.
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