“Ouzbékistan, sur la route de Samarcande” un film de Pierre Brouwers

En plein coeur de l’Asie centrale, la République 
d’Ouzbékistan couvre un territoire qui dépasse  
les trois-quarts de la France. Il y règne 
un climat continental très froid en hiver,  
très chaud en été. L’altitude s’élève 
progressivement d’Ouest en Est et donne au  
pays des physionomies très contrastées. Au niveau 
inférieur, les steppes et les régions désertiques  
occupent les deux-tiers de l’espace. Rien ne vient 
perturber le déroulement d’une étendue aux limites  
invisibles. Sauf à l’Est, où les plaines se 
jettent contre le massif du Pamir, un prolongement  
de l’Himalaya. Les montagnes nourrissent des 
fleuves aux parcours et aux débits capricieux.
A la fois peuplé de sédentaires et de nomades, 
l’Ouzbékistan est né au point de rencontre de  
grands empires et au croisement des routes 
qui les traversaient, comme la légendaire  
"route de la Soie". Sur les pas des marchands, 
les conquérants empruntèrent les mêmes voies  
pour étendre leur influence. Au 14ème siècle, 
l’un d’entre eux imposera sa force : Tamerlan.
Malgré les défenses mises en place, autant de 
puissance accumulée attira les convoitises.  
L ’Ouzbékistan entra plus tard dans l’orbite 
soviétique. La république deviendra indépendante  
en 1991 après l’effondrement de l’URSS. Le phénix,  
l’oiseau-symbole ouzbek, pouvait renaître. 
Le bleu du ciel, le blanc de la pureté,  
le vert de l’Islam et les douze étoiles 
fusionnaient dans le drapeau national.
La république soviétique d’Ouzbékistan 
avait été créée sur des bases ethniques. Les  
Ouzbeks, un peuple d’origine turque, 
représentent 80% d’une population  
aux composantes extrêmement variées. Plus d’une 
centaine d’ethnies cohabitent à travers le pays,  
mais elles n’ont que peu de liens entre elles.
Le mode de vie, nomade ou sédentaire, détermine 
l’habitat depuis des siècles . Mais les identités  
se sont lézardées pendant la période 
soviétique. Le communisme a nivelé les  
particularités ethniques, et notamment 
les différents types d’habitation,  
en alignant les immeubles collectifs. Les villes 
échappent difficilement à l’uniformité. Pourtant,  
elles prennent des couleurs 
à l’occasion de Nauruz,  
la grande fête du Nouvel An en Asie Centrale. Les 
festivités s’accompagnent de chants et de danses.
L’alimentation intègre également 
le brassage ethnique. Les plats  
populaires font la part belle au riz 
avec de multiples accompagnements
L’architecture musulmane a réalisé de véritables 
prouesses en Ouzbékistan. Dans un univers de  
nomades, les plus riches assuraient ainsi leur 
propre immortalité. Les céramiques hissent la  
couleur à un niveau rarement atteint 
jusque là. Autour d’un axe musulman,  
les autres religions ont pu exister. C’est le 
cas notamment pour le culte orthodoxe russe.
L’ouverture à l’économie de "marché 
" est encore partielle. Il faut dire  
que les outils dont dispose le pays sont 
souvent rudimentaires. La main d’oeuvre,  
en grande partie féminine, est mobilisée pour 
compenser le manque de moyens techniques.
L’Ouzbékistan possède peu de terres 
cultivables, à peine 10% de la surface  
globale. Les Soviétiques les ont presque 
entièrement dévolues à la production du coton,  
qui occupe le cinquième rang mondial. A cause 
des rigueurs du climat continental très sec,  
les terres réclament beaucoup d’eau. L’irrigation 
répond aux besoins de l’agriculture, mais  
l’évaporation de l’eau pendant les fortes chaleurs 
réduit d’un tiers le quantités distribuées.
Moins exigeantes en eau, les céréales prennent 
de plus en plus d’importance. Autre voie de  
diversification pour l’agriculture ouzbek : 
les cultures fruitières, avec d’excellents  
résultats. Les animaux d’élevage disposent 
d’un statut… privilégié dans un pays où  
les troupeaux ont toujours suivi les mouvements 
des populations nomades. Le régime des pluies  
à proximité des montagnes garantit la verdeur 
de pâturages , et l’espace existe en abondance
En gaz ou en pétrole, les réserves 
du sous-sol sont considérables. Leur  
valorisation est un enjeu majeur pour 
le pays le plus riche d’Asie centrale.
La création artisanale fait preuve en Ouzbékistan 
d’une belle vitalité. Par les matériaux utilisés,  
les formes et les motifs, l’artisanat 
reflète la diversité ethnique,  
mais aussi les influences des cultures voisines.
La tradition et le progrès se croisent 
sans se heurter. Le réseau routier  
réserve parfois des surprises. Mais le 
code de la route est bien en vigueur,  
même si les panneaux routiers ne sont pas 
tous récents. Et, prudence ! La police veille.
Le progrès parfois connaît quelques ratés … Mais  
ce n’est pas grave : il reste 
le dépannage traditionnel…
Les infrastructures modernes remplacent petit 
à petit les anciennes. L’ évolution demande un  
certain temps d’adaptation. Mais le mouvement 
est lancé, et le pays rattrape son retard.
A la tête d’un patrimoine exceptionnel,  
l’Ouzbékistan trace également des lignes 
plus futuristes. La bonne volonté et le  
système D ne suffisent plus. Les antennes de 
télévision rudimentaires sont remplacées par  
des paraboles ouvertes sur le monde. La route 
de Samarcande a trouvé de nouveaux relais.
A la frontière avec le Kazakhstan, dans la partie 
la plus découpée du territoire, Tachkent est la  
capitale nationale établie depuis 2000 ans au 
carrefour des anciennes routes caravanières.  
Les institutions politiques, comme le Sénat,  
y ont établi leur siège. Mais comment 
une ville aussi ancienne peut-elle  
paraître aussi récente ? Explication : elle fut 
dévastée en 1966 par un tremblement de terre.
Le premier tramway a été importé de Belgique en 
1901. Mais ce sont les Soviétiques qui imposèrent  
leur style à l’urbanisme. En effet, 
peu d’édifices anciens restaient debout  
dans “la cité de pierre”, 
traduction du mot turc “Tachkent”.
La ville a beaucoup changé, mais derrière 
la façade contemporaine subsistent encore  
de nombreux vestiges de la tradition rurale. La  
capitale s’est dotée de bâtiments 
qui cadrent avec son rayonnement.
Dans un style peut-être un peu tape à l’oeil, 
la cité revendique le statut de "plus grande  
ville d’Asie centrale". Les références 
aux grandes métropoles occidentales sont  
d’ailleurs fréquentes. A " Broadway", les 
nouveaux repères culturels, le spectacle de  
la rue, et la décontraction ambiante ont 
achevé de tirer un rideau sur le passé.
Certaines peintures murales rappellent encore la 
période communiste. Pourtant, la roue tourne et le  
temps s’écoule. Mais les monuments d’inspiration 
stalinienne font toujours partie du paysage.  
Sans doute faudra-t-il plusieurs générations 
pour oublier l’imposant héritage soviétique.
Pénétrer dans la vieille ville, c’est un 
peu remonter le temps. Les conduites de  
gaz naturel circulent en toute liberté, 
sans la moindre considération esthétique,  
dans l’attente de la rénovation 
du quartier. Après l’indépendance,  
la décision fut prise d’équiper au plus 
vite toutes les maisons du pays au gaz.
L’odeur du pain circule entre les maisons. On le 
cuit dans un four en terre installé à même la rue.
L’ancienne résidence d’un diplomate russe 
héberge le musée des Arts décoratifs.  
L’homme admirait l’architecture ouzbek. 
Il fit appel à de nombreux artisans pour  
embellir un intérieur qui évoque celui 
d’une mosquée. Les stucs, les céramiques,  
les verres multicolores et le bois sculpté 
composent un ensemble d’un raffinement inouï.  
Le diplomate ne vécut jamais ici, car il fut muté 
avant la fin des travaux. L’endroit fut converti  
en musée à la fin des années 1930. Outre 
les instruments de musique, l’établissement  
possède une remarquable collection de médaillons 
peints. Un catalogue éblouissant de grâce …
Le théâtre d’ opéra de Taschkent 
propose, à prix démocratiques,  
des spectacles empruntés au 
répertoire international.
L’orchestre est dirigé par une femme, qui 
fait marcher les soldats … à la baguette.
A l’extrémité orientale du territoire, la 
vallée de Ferghana est la région plus fertile,  
la plus industrialisée et la 
plus peuplée d’Ouzbékistan.
Le coton occupe la majeure partie des terres 
cultivables, mais les céréales apparaissent .On  
brûle les tiges qui subsistent après la récolte, 
et les cendres enrichissent encore le sol. Malgré  
la fertilité de la terre, il est impossible 
d’envisager la moindre culture sans irrigation.
Sur le site de Khuva se dresse la statue d’un 
astronome et mathématicien du 9ème siècle,  
Al-Ferghani. Elle domine les ruines 
d’une très ancienne cité bouddhique  
détruite par une invasion arabe. 
Une étape sur la route de la Soie.
La ville de Ferghana porte encore les 
traces d’une architecture très en faveur  
à la cour du tsar. Ferghana doit son nom 
au fameux Al-Ferghani. L’environnement  
intellectuel profite à toute la jeunesse 
estudiantine de la région. Le savant  
du Moyen Age a inspiré de nombreuses 
vocations scientifiques dans le pays.
Ferghana dispose d’un grand nombre d’espaces 
verts, et la population apprécie …
Dans la vallée de Ferghana, les céramiques de 
Rishtan sont réputées. Depuis plus de 700 ans,  
les artisans travaillent une terre rouge 
très homogène. Une qualité essentielle pour  
supporter sans défaillance le modelage 
sur le tour et la température du four.
Pour décorer ses créations, Rostan Osmanov 
collabore avec ses deux fils. Les artistes  
utilisent, avec une infinie méticulosité, 
des peintures aux couleurs naturelles .
"Il y a déjà mille ans que la céramique 
est apparue à Richtan. Au début,  
c’était de la céramique faite uniquement en 
terre cuite, sans vernis et sans couleurs.  
Les premières couleurs sont apparues au 12è 
siècle, les vernis aussi. A partir du 16ème,  
les couleurs sont devenues partie intégrante 
du style de la céramique. La vraie céramique  
de Richtan ne comporte que des couleurs bleues et 
vertes. Il y eu aussi à cette époque l’influence  
des traditions iraniennes. C’est le cas 
pour le bleu cobalt et le style de dessin. A  
partir du 19è siècle, il y a eu l’influence de la 
céramique chinoise. Les mélanges passaient par les  
voies caravanières. C’est ainsi, par exemple, que 
la céramique bleue de Kashgar est arrivée ici. "
La céramique est un art. La confection du 
pain quotidien en est un autre. Et savoir  
le vendre est une affaire de charme …
Kokand, la "cité des vents", était 
jadis la ville principale de la Vallée.
Un palais y fut élevé au 
19ème siècle par Khudayar,  
le dernier "khan"- le seigneur local. Le "khan" 
exerçait son autorité sur une immense région.
Une médersa est une école d’enseignement 
coranique. Elle est à la fois lieu de prière,  
d’étude, de travail et d’habitation. Très jeunes, 
les garçons entrent à la médersa de Narbuta Bey.  
L’école est accessible aux seuls garçons. Ils 
y apprennent l’arabe, la langue originelle dans  
laquelle le Coran fut rédigé. L’apprentissage du 
livre saint des musulmans requiert des heures de  
travail pour les élèves, qui mémorisent 
les différents versets, les "sourates".
Même dans les écoles coraniques, les 
petits garçons sont parfois… turbulents.
Fermée par les Soviétiques, la mosquée Juma est 
ornée de piliers en bois importé des Indes. Dans  
la cour, les jeunes filles s’appliquent à 
leur ouvrage de couture. Depuis des siècles,  
les femmes de la région excellent dans 
la fabrication de la soie. Avec une  
étonnante dextérité, les femmes libèrent 
le fil, qui forme le cocon du ver à soie.
Avant que la chrysalide ne devienne 
papillon, le cocon est ébouillanté.  
Le fil de soie est extrait du cocon 
rendu souple par le bain bouillonnant.
Depuis des siècles, dans la ville de Marguilan, 
sur la route de la Soie, on détient les secrets  
de fabrication du précieux fil. La méthode fut 
inventée par les Chinois il y a plus de 4500  
ans et jalousement protégée. La plupart des 
opérations sont manuelles. Le coût du produit  
fini est évidemment beaucoup plus élevé que dans 
l’industrie, et les tâches sont répétitives …
En soie ou en laine, les tapis sont aussi une 
spécialité des femmes et des jeunes filles qu’ils  
soient noués à la main ou tissés sur un métier. 
Les techniques se transmettent de mère en fille.
Symbole de prospérité et de fertilité, le 
rouge illumine la palette des couleurs.
La moitié occidentale du pays présente 
des contours beaucoup plus réguliers.  
Une curiosité : le Karakalpakstan 
constitue une république autonome,  
dont la ville de Noukous est la capitale. 
La localité doit une grande part de sa  
notoriété au musée des Beaux-Arts protégé 
par l’Unesco. L’établissement s’est créé  
autour d’une impressionnante collection de 
l’avant-garde soviétique, fruit des années  
1920-1930. Une époque bien lointaine où l’on 
pêchait encore dans les eaux de la mer d’Aral.
En direction du Nord, on traverse une 
région de plus en plus ingrate. Naguère,  
la ville de Muynak était une 
station balnéaire en vogue.  
Mais l’environnement a été saccagé par une 
catastrophe écologique sans précédent. ..
En quarante ans, la mer d’Aral s’est en 
grande partie évaporée. La quatrième mer  
intérieure de la planète a diminué de moitié 
en surface. Les bateaux à l’état d’épaves  
reposent désormais vingt mètres en-dessous de 
l’ancien niveau de la mer. Une des causes du  
phénomène : la mer d’Aral ne reçoit plus l’eau 
des fleuves détournés pour la culture du coton.
Le passé de la mer d’Aral est 
très loin, pour Oktyabr Dospanov,  
défenseur de l’environnement.. Il se souvient du 
grand nombre d’ activités que générait la mer .
"La population de Mouinak vivait du traitement du 
poisson. On fabriquait ici beaucoup de conserves  
pour l’Union Soviétique. Il y avait 
aussi la navigation sur la mer d’Aral.  
Tous les bateaux qui sont ici à l’état d’épaves, 
c’était des bateaux de pêcheurs, ou des bateaux  
qui transportaient des marchandises, ou 
du pétrole. Ils reliaient Mouinak avec les  
autres stations thermales de la mer d’Aral, ou 
remontaient le fleuve Amoudaria à la frontière."
Aujourd’hui la ligne d’horizon des jeunes  
de Moynak se confond avec celle 
d’ un cimetière de bateaux …
En longeant la frontière avec le Turkménistan 
vers le Sud-Est, on pénètre dans le Khorezm,  
une région parcourue de tout 
temps par les routes du commerce.
Le Khorezm possède d’abondantes ressources 
géologiques comme les phosphates et les  
hydrocarbures. Si l’extraction et 
le stockage sont aisés, le transport  
est compliqué par le désert de Kyzyl Kum, la plus 
vaste plaine désertique d’Asie centrale. C’est le  
domaine des "agamas", des lézards couleur 
sable, tout petites, et … très nerveux.
La région n’a pas toujours été désertique. 
Elle était même disputée entre plusieurs  
khans. La preuve en est donnée par les nombreuses 
fortifications, qui émergent encore des sables.
Sur le site d’Ayaz Kala, se dressent plusieurs 
édifices fortifiés rongés par l’érosion. Leur  
création remonte au Moyen Age, entre 
le 4ème et le 7ème siècle. A l’époque,  
l’approvisionnement en eau ne posait 
pas de problème. Guerre ou épidémie,  
on ignore les raisons pour lesquelles les 
forteresses furent laissées à l’abandon
Le fleuve Amou Daria marque un temps 
la frontière avec le Turkménistan.  
Il est tellement large que les Grecs de 
l’Antiquité l’avaient pris pour une mer.
De solides murailles protègent toujours 
Khiva, la mieux conservée des cités qui  
ponctuent la route de la Soie en 
Asie centrale. La vieille ville est  
ceinturée de remparts dont certaines 
portions remontent au 5ème siècle avant  
JC. Les murailles furent détruites et 
reconstruites au rythme des invasions.
Le Kalta Minor devait être le minaret le plus haut  
du monde musulman, mais la mort de son 
commanditaire interrompit les travaux.
Magnifiquement décorées de briques vernissées,  
une dizaine de portes donnaient 
accès à la ville fortifiée.
Kukhna Ark était une des résidences du khan. 
La mosquée d’Eté est précédée d’un “iwan”, un  
auvent porté par six colonnes de bois sculpté. 
La décoration du plafond fait tourner la tête.
Le khan émettait sa propre 
monnaie. On reconnaissait  
les billets au toucher : il étaient faits de soie.
Le “telpack”- la toque locale – est confectionné, 
elle, en fourrure ou en laine de mouton.
La mosquée Juma est peuplée par une forêt de 
colonnes en bois toutes différentes. Certaines  
ont été offertes par des pèlerins pour remplacer 
les plus âgées, qui remontent au 10ème siècle.  
La mosquée actuelle est beaucoup plus récente, 
comme la plupart des monuments de Khiva.
Les pieux de bois plantés dans une tour d’angle 
du palais Tash Khauli étaient censés éloigner  
les mauvais esprits. Sage précaution, dans 
la mesure où le khan entretenait un harem  
derrière les superbes portes ouvragées. 
La décoration intérieure se répartit en  
couleurs froides pour les céramiques 
murales, et chaudes pour les plafonds  
à caissons . Le khan entretenait quatre 
épouses légitimes … sans compter les  
nombreuses compagnes occasionnelles 
entre lesquelles il papillonnait.
Certaines médersa sont aujourd’hui 
vouées à l’artisanat. On égalise les  
fils des tapis de laine, les motifs brodés en 
soie réclament une précision millimétrique,  
et les jeunes garçons exécutent des “lavikh”, des 
supports pour livres, et autre objets en bois.
Sur la route de la Soie, Khiva servait 
d’escale aux marchands. Le grand caravansérail  
permettait notamment d’héberger les chameaux. 
L’endroit a été reconverti en marché couvert .
A l’extérieur sont exposées les 
marchandises les moins précieuses,  
comme les produits alimentaires. La 
marchande d’huile de coton fait des  
affaires en or. Les transactions sont 
réglées en “sum”, la devise ouzbèke.
Dans l’enceinte d’une médersa , un groupe 
d’équilibristes passent à l’action…
Le thème du spectacle : les 1001 façons de 
traverser une cour de médersa … sur un fil.
Toujours plus au Sud-Est, en direction 
de Boukhara, la route subit les assautsdu  
désert. Plûtot que d’affronter le vent de sable, 
parfois il vaut mieux … changer de direction…
Les nomades vivent en symbiose 
avec l’environnement dans leur  
habitation traditionnelle : la yourte 
qui abrite aussi … la basse- cour.
Le four en terre est construit à proximité 
pour cuire le pain sans levain, le “nan".
La yourte est tendue de feutre sur 
une armature en bois démontable.  
Elle peut servir un quart de siècle.
Au milieu du désert, quelques yourtes 
… contemporaines ont été dressées  
pour servir de relais aux voyageurs. 
Des capteurs solaires produisent de  
l’électricité. Il n’y a pas de poules, 
mais le dépaysement est garanti…
Sur la route de la Soie, la ville 
de Boukhara, au premier abord,  
a beaucoup changé. Elle a traversé la 
période soviétique et en a conservé  
l’architecture impersonnelle. La cité 
a pourtant gardé une réelle identité.
Sur la “takhta”, une banquette aussi large 
qu’un lit, les hommes boivent le thé en  
plein air. Souvent, la vodka remplace le thé dans  
les bols de porcelaine. Mais "qu’importe 
le flacon, pouvu qu on ait l’ivresse ".
Le mausolée d’Ismaïl Samani est dédié 
au fondateur de la dynastie samanide,  
qui remonte au 9ème siècle. Partout 
ailleurs, on dit que la lumière  
descend du ciel. A Boukhara, on disait que 
la lumière montait de la ville vers le ciel.  
Un artiste fixe à l’aquarelle les jeux 
éphémères des couleurs. Yunus Eganov utilise,  
pour peindre, des ingrédients biens 
particuliers : le thé et le café.
"Si vous faites attention 
aux couleurs des monuments,  
ça ressemble à la couleur du thé et du café. 
C’est pour ça que j’ai choisi ces couleurs. 
Je fais bouillir un peu de café, 
et après je fais les couleurs.
Le rendu des couleurs de la 
route de la soie est parfait
"Celle-ci, je l’ai laisser 
bouillir plus longtemps,  
pour avoir une couleur plus forte, qui 
ne disparaît pas, même au soleil…"
Pour les jeunes qui travaillent le laiton,  
les couleurs sont plus limitées, mais 
le principal sujet reste Boukhara …
Le minaret Kalon servait dès le XII ème siècle 
de point de repère aux caravanes en route pour  
Boukhara. L’édifice est intégré à l’ensemble 
Poikalon où la grande mosquée se détache. C’est  
l’une des plus anciennes de toute l’Asie centrale, 
mais aussi une des plus vastes. Elle pouvait  
accueillir tous les homme de la ville. Le bâtiment 
actuel fut élevé au début du XVIème siècle.
Les seigneurs de Boukhara résidèrent dans 
la forteresse pendant plus d’un millénaire.  
Elle fut détruite à différentes reprises. 
Les murs actuels datent du 18ème siècle.  
On accédait à une véritable ville une 
fois les portes franchies. Une mosquée  
en faisait partie. Des chapiteaux sculptés 
coiffent les piliers en bois qui soutiennent  
le plafond de l’ “iwan”. Ils sont isolés du 
sol contre l’humidité et finement décorés.
Sous la Coupole des Changeurs se 
rassemblaient, au 16ème siècle,  
les juifs qui changeaient la monnaie 
. Ils étaient les seuls autorisés à le  
faire. Aujourd’hui, l’édifice est consacré 
à l’artisanat, et notamment … aux tapis
Ici, tout se négocie, … avec le sourire.
La médersa Mir-I-Arab remonte aussi au 16ème 
siècle. Jusqu’aux subtiles décorations,  
la construction a été financée 
par la vente de 3000 esclaves.
Dans une des plus anciennes médersas du pays, une 
ancienne chambre d’étudiant est devenue l’antre  
d’un fabricant de marionnettes. Les premières 
marionnettes réalisées à Boukhara étaient  
taillées dans des courgettes. Ensuite, le cuir 
est arrivé, lui-même remplacé par la céramique,  
et le papier mâché. Pour Iskander 
Kharimov, c’est un art très ancien.
"Je ne sais pas exactement depuis combien 
de temps le théâtre de marionnettes existe  
à Boukara ou dans l’Asie Centrale. On suppose 
que ça existait avant l’arrivée des arabes,  
c’est à dire au 7è siècle de notre ère.
Et peu importe les religions : avant il y  
avait le zoroastrisme, mais même avec l’islam, 
la tradition des marionnettes a subsisté."
on va vous montrer la 
cérémonie de mariage nationale,  
avec les marionnettes, et aussi les acteurs."
Et les marionnettiste passent parfois des  
coulisses à l’avant-scène … pour 
devenir elles-mêmes marionnettes
Pour la représentation du mariage traditionnel,  
toutes les marionnettes 
sont mises à contribution…
Et pour finir, l’imaginaire fusionne avec le réel  
avec l’entrée d’une surprenant 
personnage … à double face
La fibre textile la plus utilisée au monde 
est cultivée dans de nombreuses régions  
ouzbek : le coton. La culture de cette 
plante est relativement compliquée. Alors,  
pourquoi lui avoir consacré ici autant 
d’énergie ? Pendant la Guerre de Sécession,  
au 19ème siècle, les Etats-Unis 
interrompirent leur production de  
coton. La Russie décida de récupérer le 
marché. Au 20ème siècle, la production  
russe fut multipliée par 45. L’Ouzbékistan 
livra jusqu’à 70% du coton soviétique.
La route du coton mène vers le nord …
Dans le désert de Kyzyl Kum, des embruns salés 
menacent la végétation. Ils proviennent du  
lac Aidarkul qui s’est formé au début 
des années 1970. Ce lac est alimenté  
par l’eau détournée d’un fleuve Kazack 
qui jadis se jetait dans la mer d’Aral.
En Ouzbékistan, la signalisation routière parfois  
peut surprendre … Un feu en bord 
de route annonce … des fiançailles.
L’heureuse élue est absente. Elle a été 
sélectionnée par la mère du fiancé. Pour  
une cérémonie en plusieurs étapes autour d 
un festin, les femmes se réunissent à part.
Les hommes mangent entre eux, avec le fiancé pas 
vraiment décontracté. Le père aussi est préoccupé,  
peut-être à cause du coût de la cérémonie, 
qui représente un gros investissement …
Tout se passe bien, et la vodka 
aidant, le fiancé se détend …
La ville de Shakhrisabz aurait pu 
rester dans l’anonymat. Elle porte  
bien son surnom de “ville verte”. 
La mosquée Kok Goumbaz fut élevée  
au 15ème siècle et rien ne vient 
y troubler la ferveur religieuse.
Une autre mosquée – Khazrati Imam 
– date, elle, du 18ème siècle.
Shakhrisabz est sortie de l’ombre grâce à  
Timur Lang, l’enfant du pays, connu 
aussi sous le nom de Tamerlan.
Le palais en ruine donne une petite idée de la 
puissance de celui qu’on surnomma " le conquérant  
du monde". L’impitoyable guerrier fit trembler 
les populations à des milliers de kilomètres à  
la ronde. Tamerlan régna de Moscou à Delhi et, 
bien au-delà du Pamir, menaça jusqu’à la Chine.  
Pour rejoindre la capitale de son empire, 
il faut prendre la route de … Samarcande.
Il n’y eut jamais une seule route de la 
Soie, mais un réseau de plusieurs voies,  
qui évoluèrent au cours des siècles. Les 
principales se croisaient … à Samarcande.
La physionomie de la ville a beaucoup changé 
depuis le début de l’époque soviétique. Mais  
on peut toujours y retrouver l’empreinte 
de Tamerlan. Il associa son destin à  
celui de Samarcande et à un animal mythique, 
symbole de la ville : la panthère des neiges.
Les Soviétiques ont détruit certains 
quartiers de la vieille ville pour  
édifier des immeubles modernes, et mettre en 
valeur les plus beaux édifice. Exemple : le  
mausolée Rukhobod, élevé au 
14ème siècle par Tamerlan.
Marco Polo lui-même affirmait que Samarcande 
était l’une des plus belles villes au monde. Les  
caravanes sur la route de la Soie aboutissaient au 
coeur de la ville par six artères. Leur jonction  
se trouvait au milieu d’une vaste esplanade 
couverte de sable : le Reghistan. Sur les côtés,  
trois somptueuses médersas ont été construites 
entre le 15ème et le 17ème siècle. Leur décoration  
dépasse l’entendement. Les céramiques 
déclinent les nuances de bleu avec une  
rare finesse. L’azur en dégradé atteint une 
telle intensité qu’il rivalise avec le ciel.
Mais les céramistes ne se sont pas 
contenté de travailler les couleurs.  
Ils ont aussi agrémenté le décor de 1000 
motifs, comme un tigre chassant une biche  
blanche. Une merveille de l’architecture 
musulmane, qui fait l’admiration de tous.
Dans la médersa Chir Dor,  
des cellules d’étudiants sont intégrées 
dans les murs tapissés de céramiques.
Dans une ancienne chambre 
d’étudiant, Bobir Sharipov,  
musicien, vend des instruments traditionnels.
Tamerlan en personne surveilla les travaux de la 
mosquée Bibi Khanum. Différents maux peuvent être  
guéris en faisant le tour d’un lutrin de marbre 
qui porta jadis un exemplaire géant du Coran.
La mosquée nourrit les âmes, et les 
nourritures terrestres ne sont pas  
éloignées. Le bazar central de Samarcande 
en regorge de toutes consistances et de  
toutes provenances. A l’occasion de Nauruz 
, le nouvel an printanier fêté le 21 mars,  
on fabrique un pain traditionnel. Les voeux 
de bonne année sont écrits dans la croûte.
Le bazar réalise le mariage parfait des couleurs,  
des saveurs et des senteurs aux 
origines parfois lointaines.
Les racines et les écorces,  
les noyaux et les fruits secs 
participent à un marché haut en couleurs.
Quand le client se fait rare, il faut 
chercher à l’appater. Il faut de la patience,  
mais ce n’est pas une raison pour s’endormir …
Attention, moutons ! Oui, quelquefois, 
le mouton s’échappe de l’enclos. Et on  
peut comprendre pourquoi … surtout à 
l’époque de Naurouz … Pour la fête,  
on choisit une belle bête. On la dépèce sous 
l’oeil du consommateur, et direction : la cuisine
Chaque village fête Naurouz à sa 
manière . Par exemple en organisant  
un tournoi de lutte, le “kourach”.
Le but est de déséquilibrer 
l’adversaire. Le “kourach” se  
pratique depuis des siècles. Les soldats de 
Tamerlan lui consacraient leur temps libre.
A cheval,
A pied, 
A dos de mulet,
Tous les moyens de déplacement sont 
mis à contribution pour rallier le  
point de rendez-vous … Que se passe-t-il ? A 
l’occasion de Naurouz, un grand rassemblement  
populaire a lieu en rase campagne, au milieu 
de nulle part, pour un événement exceptionnel.
Le premier acte met en scène 
les danses traditionnelles …
Puis, soudain, 2 ème acte. Changement 
brutal. Des cavaliers galopent sur les  
collines. un cercle a été tracé. Le 
kupkari va commencer. Une carcasse  
de bélier est emmenée au loin. C’est la 
version ouzbek du “bozkatchi” afghan.
But du jeu : amener la carcasse de bélier 
à l’intérieur du cercle tracé. Ici,  
pas d’équipes, c’est chacun pour soi.
Et c ‘est gagné !
Les spectateurs sont tenus à bonne 
distance car les débordements des  
chevaux au galop sont fréquents. Et 
le terrain de jeu n’a pas de limites.
Et le jeu peut être violent …
Les parties se succèdent. Le vainqueur reçoit  
un viril baiser – sur la bouche – 
ainsi que les félicitations du jury.
Premier prix : un tapis.
Un tapis, c’est bien beau, 
mais un peu encombrant …
D’autres parties se préparent,  
et l’organisateur veille à ce que tout 
se passe de manière traditionnelle.
"C’est l’un des jeux auxquels jouaient déjà 
nos ancêtres dans l’antiquité. Le kupkari  
d’aujourd’hui est organisé par le collectif des 
fermiers. C’est moi le responsable. A une époque,  
on a eu de très fortes sècheresses, alors on a 
arrêté les kupkaris. Mais depuis quelques années,  
on a de la pluie et de la neige, alors 
on peut en organiser un tous les ans."
Sport favori des cavaliers de la steppe, 
le kupkari est aussi une grande kermesse,  
une occasion pour les familles 
et les villages de se rencontrer,  
se réunir, se distraire. C’est un 
hommage rendu aux valeurs du passé.
Le monde tourne, les civilisations passent mais,  
immuables comme les paysages, les traditions 
se perpétuent … sur la route de Samarcande.

Film documentaire vu sur les chaînes France 5 et Voyage !
Les DVD sont disponibles sur http://www.decouvrir-le-monde.com/

En Ouzbékistan, le Naurouz – l’équivalent printanier de notre nouvel an – est marqué par de nombreuses festivités traditionnelles. Pierre Brouwers a pu filmer un kupkari, cette joute ancestrale qui oppose les cavaliers de la steppe. Un contact saisissant avec l’âme de l’Asie centrale.
De la verdoyante vallée de Fergana aux régions désertiques du Karakalpakstan, « La route de Samarcande » nous permet de découvrir les plus fabuleux trésors de la route de la soie. Envoûtant.

Pour s’abonner à la chaîne, c’est ici : https://cutt.ly/2hxFnw4

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