“Chili – Île de Pâques, au-delà de la Cordillère” un film de Pierre Brouwers

4.300 kilomètres de long sur 200 dans sa 
plus grande largeur, Le Chili déroule un  
interminable cordon de terre qui borde la 
moitié de la côte ouest de l’Amérique du Sud.
Une partie de l’Antarctique, mais aussi 
l’île de Pâques appartiennent au Chili,  
un pays qui décline tous les genres 
géographiques et tous les climats. Longiligne,  
le Chili est coincé sur toute sa longueur 
entre le Pacifique et la cordillère des Andes.
La cordillère sépare le Chili 
de l’Argentine et de la Bolivie.  
Elle est dominée par des sommets dont 
certains taquinent les 7.000 mètres.
Avant l’arrivée des Incas, puis des Espagnols, 
l’immense territoire chilien était occupé par de  
nombreuses tribus d’Indiens nomades. La principale 
communauté, les Mapuches, fut la seule à résister  
à l’invasion des conquistadors. Si le Portugais 
Magellan aborda le premier le sud du Chili en  
1520, il fallut attendre 1540 pour que l’Espagnol 
Pedro de Valdivia amorce vraiment la colonisation.
“ Cette terre ne peut avoir d’égal dans le monde ” 
écrivit un jour Valdivia, fasciné par la diversité  
d’une nature qui représente, aujourd’hui 
encore, le vrai trésor inestimable du Chili.
Au centre du pays, Santiago – la capitale fondée  
par les Espagnols en 1541 – abrite 
un tiers des 16 millions de Chiliens.
Protégée par les reliefs 
embrumés de la cordillère,  
Santiago est une vaste métropole 
sans cesse en expansion.
Elle est traversée d’Est en Ouest par les 18 km de  
l’ “ Alameda ”, l’ avenue qui relie les 
principaux centres actifs de la ville,  
où les immeubles modernes ont laissé peu 
de place aux constructions coloniales.
Les réalisations modernes 
se sont immiscées par tout,  
même au cœur du Santiago colonial, le lieu de 
rencontre de la ville : la place d’armes. La  
place a été pendant des décennies le théâtre de 
toutes les manifestations politiques et sociales.
La cathédrale date de 1789. Elle est 
la cinquième à avoir été construite ici
A deux pas de la place d’armes, le 
palais de la Cancilleria abrite le  
ministère des affaires étrangères. Mais le 
plus célèbre bâtiment à vocation politique  
est le palais de la Moneda.. Hôtel 
des monnaies à l’origine – d’où son  
nom – il sert de résidence aux 
présidents chiliens depuis 1846.
Le planétarium, résolument moderne, voisine 
avec une construction de 1817 : la gare  
centrale. Édifiée selon des plans tracés 
par les ateliers français Schneider-Creusot,  
elle est classée monument historique.
Une autre structure métallique, fabriquée 
en Angleterre et montée ici en 1868,  
est un ancien hall d’expositions. Il abrite 
désormais le marché central de Santiago.
Deux grandes spécialités : les fruits de 
mer et les poissons. Mais on y trouve aussi,  
bien entendu, tous les produits 
du terroir. Charcuteries, fruits,  
légumes et épices attirent par 
le mélange de leurs odeurs,  
font tourner l’économie locale, et 
parfois font aussi tourner les têtes …
Sur l’ “ Alameda ”, se dresse l’un des monuments 
les plus emblématiques de la ville, l’église San  
Francisco, bâtie au XVIIème siècle. C’est ici que 
Valdivia édifia la première chapelle du Chili.
La colline Saint-Christophe, 
autre haut-lieu de la religion,  
domine de ses 440 mètres, l’ensemble de Santiago
Le rio Mapocho, borde le Parque Forestal. Ce 
vaste jardin a été dessiné au début du XXème  
siècle par le paysagiste français Georges Dubois.
La variété des statues disposées autour du palais  
des beaux-arts illustre les nombreuses influences 
auxquelles est soumise la capitale. Et les animaux  
sortis de l’imagination des sculpteurs en 
côtoient d’autres, plus traditionnels…
D’ailleurs au Chili, la 
tradition n’est jamais loin …
Au sud de Santiago, la Vallée Centrale – la 
région la plus fertile du pays -aligne les  
importants domaines viticoles qui ont 
fait la réputation des vins chiliens.
La plus grande part des 500 millions de litres  
produits chaque année au Chili 
sont destinés à l’exportation.
Entre Santiago et la frontière du Pérou, 2.000 km 
de terres se répartissent entre trois zones : au  
nord, une zone franchement désertique : le "grand 
nord" . Au centre, une région semi-aride : le  
"petit nord". Et à proximité de la capitale, 
une zone fertile . Prendre la direction du nord,  
c’est prendre la direction d’une 
ville an nom mythique : Valparaiso.
A 120 km de Santiago, Valparaiso est le premier 
port du Chili. Il fut jusqu’en 1914 – année de  
l’ouverture du canal de Panama – , la principale 
étape des navigateurs qui doublaient le Cap Horn.  
Il est toujours l’un des principales voies d’accès 
pour les marchandises entrant ou sortantdu pays.
Valparaiso, le “ val du paradis ”, est également 
la première ville fondée par les Espagnols.  
Elle est répartie sur 42 collines, 
dont une quinzaine sont escaladées  
par des funiculaires en service 
depuis le début du XX ème siècle.
Avec son amoncellement de collines, Valparaiso 
rappelle un peuSan Francisco. Ici comme dans  
la métropole californienne, les architectes 
ont laissé libre cours à leur imagination,  
et les plus belles demeures coloniales 
sont également d’inspiration victorienne.
Plus récente, une des quatre demeures conçues par  
Pablo Neruda le plus célèbre 
poète et écrivain chilien.
Plusieurs fois dévastée par des tremblements 
de terre, Valparaiso fut aussi victime de son  
tempérament. Souvent rebelles aux autorités, 
ses habitants ont parfois pris les armes pour  
résister à l’oppresseur. Ils entretiennent 
le charme un peu désuet d’une ville à la  
fois turbulente et marquée par la nostalgie.
En remontant la côte vers le nord, on finit 
par atteindre le désert d’Atacama. L’absence  
totale de précipitations en fait l’une 
des zones les plus arides de la planète.  
Elle recèle de fabuleuses richesses minérales.
Calama : "terre de soleil et de cuivre ”, la 
dernière agglomération avant de pénétrer au  
cœur du désert d’Atacama. La petite bourgade 
est en grande partie composée de constructions  
provisoires, occupées par les familles 
des travailleurs de la mine. Calama ne  
vit que par et pour la mine de Chuquicamata, qui 
fournit du travail à près de 20.000 personnes.
Chuquicamata, c’est le royaume de la 
démesure. Des engins à l’échelle de  
Titan sont mis au service d’une exploitation 
minière hors normes. Mais ni la démesure,  
ni les chiffres n’impressionnent quiconque…
“ La mine de cuivre à ciel ouvert de 
Chuquicamata est la plus grande du monde,  
avec un site principal de 4 km de long sur 3 de 
large ,et profond de 780 mètres. Le gisement est  
exploité depuis plus de 80 ans, et l’on prévoit 
de l’exploiter encore pendant 25 ans. Le cuivre  
est une des productions, et même la production la 
plus importante pour l’économie de notre pays. ”
Oui, les richesses naturelles parfois sont à la 
mesure des difficultés à surmonter pour y accéder.
Sur plus de 1.000 km, le désert 
d’Atacama étend son emprise en  
laissant peu de place à la vie. Seuls quelques 
oasis autorisent l’existence de rares villages.
Chiu Chiu, à 30 kilomètres au nord de Calama, 
est l’un des plus caractéristiques, avec  
son église datée de 1675, la plus vieille du pays.
L’eau est denrée très rare dans cette 
région, et par conséquent les cultures  
sont très limitées. A Lasana, les terres 
agricoles sont protégées par une "pukara",  
une forteresse indienne bâtie 
entre les Xème et XIIème siècles.
Plus proche des reliefs de la cordillère, c’est 
à 3.000 mètres d’altitude que s’accroche Caspana,  
un autre village-oasis, avec 
des cultures en terrasses.
Plus à l’Est, la piste mène 
au cœur de la cordillère,  
près des volcans aux sommets toujours 
enneigés. C’est le domaine des vigognes,  
les cousines du lama. Elles ne craignent 
pas l’altitude, et c’est à 4.300 mètres  
qu’elles veillent dès le lever du jour 
sur le site d’El Tatio. Au petit matin,  
quand l’air est encore froid, les fumerolles 
des geysers composent des scènes improbables.
Les eaux chaudes sous pression 
jaillissent des entrailles de la terre.
Le mélange de l’eau, du souffre, de la terre et 
de la végétation crée des décors venus d’ailleurs.
Dominé par le "volcan de l’Inca", San Pedro 
de Atacama, à 100 km au nord de Calama,  
est un village oasis de 2.000 habitants. Jadis 
occupé par les Incas, puis par les Espagnols,  
San Pedro est situé au milieu du désert 
d’Atacama. C’est le point de départ  
incontournable pour explorer quelques-uns des 
sites les plus étonnants du "Grand Nord" chilien.
A la sortie de San Pedro, la 
cordillère de sel propose une  
palette insolite de concrétions rocheuses.
Quand le sable, les terres 
colorées et le sel se mélangent,  
le décor se transforme, au gré 
des assauts répétés du vent.
La "pukara " de Quitor est la plus 
imposante et la plus belle forteresse  
indienne du pays. Bâtie au 12ème siècle, 
elle a été entièrement restaurée en 1981.  
Mais ni la forteresse, ni la grandeur du 
paysage n’impressionne la faune locale,  
qui préfère "lézarder au soleil" et 
vaquer à ses occupations quotidiennes.  
Même le vent qui emporte la poussière en 
tourbillons laisse les lamas indifférents.
Le désert d’Atacama est longé à l’Est 
par une impressionnante suite de volcans  
qui culminent en moyenne à 6.000 
mètres d’altitude. L’un des plus  
fiers est le Miscanti dont la parure de neige 
alimente en eau un lac d’une pureté absolue.
Les volcans rendent le sol fertile, 
et contribuent donc à la survie des  
hommes dans une région hostile. Les volcans 
fournissent également la matière première  
pour la construction des maisons et des 
églises. Le clocher est séparé du bâtiment  
principal pour ne pas s’écrouler sur les 
fidèles en cas de tremblement de terre.
La Vallée de la Lune ! A 10 km de San Pedro, 
cette cuvette porte bien son nom. D’étranges  
formations rocheuses résultent de l’action 
conjuguée du vent et du sable. Selon la lumière,  
les pics, les crêtes et les dunes adoptent 
des apparences sans cesse changeantes.
Sur près de 3.000 km2, le cœur du 
désert est occupé par le "Salar de  
Atacama". Cette gigantesque saline étale une 
infinie variété de reliefs et de couleurs.  
Le sel incrusté dans le sol forme une 
croûte épaisse parsemée de lagunes.
Une colonie de flamants roses a élu 
domicile dans la plus grande d’entre  
elles, la lagune Chaxa, devenue réserve protégée.
Omniprésent dans cette partie du désert, le 
sel est l’une des importantes ressources du  
nord du Chili. Les mines ici produisent le sel 
à ciel ouvert, à proximité immédiate de la côte.
Coincée entre de gigantesques dunes 
de sable qui glissent jusqu’au rivage  
et un océan souvent déchaîné, la 
région d’Iquique a été marquée par  
la bataille navale qui en 1879 vit 
la défaite de la flotte péruvienne.
Aujourd’hui, l’apport de l’océan est tout à fait  
pacifique et fait d’Iquique à la fois 
le premier port de pêche du Chili.
Grands amateurs de poissons, c’est 
avec une certaine inquiétude que les  
pélicans observent les cadences de 
production des pêcheurs d’Iquique…
Depuis qu’elle a été décrétée "zone franche», 
Iquique connaît sa seconde période d’expansion.  
La première avait permis de bâtir sur 
la place centrale un somptueux théâtre  
et plusieurs palais palais. Cela se passait 
dans les années 1890, l’âge d’or du salpêtre,  
dont les gisements firent la richesse de 
la région. Le salpêtre chilien servait à  
la confection d’explosifs, et 
à la fabrication d’engrais.
Les mines de salpètre furent progressivement 
abandonnées en raison de la découverte de  
produits de synthèse. Et la récession 
des années 1930 scella leur destin.
Résultat : des dizaines de villes 
fantômes jalonnent le désert,  
comme Humberstone. Plus de 5.000 personnes 
vivaient ici au début du 20 ème siècle.
La sécheresse exceptionnelle du désert d’Atacama 
a permis la conservation d’un trésor archéologique  
de premier plan : les Pintados.
Plus de 400 dessins rupestres – ou  
pétroglyphes – parsèment les collines de la 
région. Leur origine est des plus mystérieuses.
Le plus fameux mesure 90 mètres. 
C’est le géant d’Atacama.
L’extrême nord du Chili a toujours été une 
zone importante sur le plan stratégique. Ce  
territoire appartenait jadis au Pérou et à la 
Bolivie, et n’est devenu chilien qu’à la fin  
du XIXème siècle, après un conflit de 4 ans 
connu sous le nom de "guerre du Pacifique".
Fondée en 1546, Arica est l’une des villes les 
plus anciennes du Chili, même si elle appartenait  
au Pérou jusqu’en 1883. L’influence du 
pays voisin est toujours bien visible…
L’église San Marco est une construction 
française, conçue dans les ateliers de  
Gustave Eiffel qui signèrent également le bâtiment 
des douanes, aujourd’hui maison de la culture.
Pour rallier les premiers contreforts de 
la cordillère, le train emprunte une verte  
vallée, irriguée par le fleuve Lluta. 
Tracée entre deux murailles de sable,  
cette vallée est le jardin d’Arica. Elle alimente 
en fruits et en légumes la région toute entière.
La vallée est aussi propice à 
l’élevage, sous différentes formes…
Entre les traditionnels enclos à 
vaches et les immenses poulaillers,  
se pratique l’élevage d’un animal 
bien plus local : l’alpaga. Cet  
animal proche du lama donne une laine 
très prisée des fabricants de vêtements.
Plus on monte dans la cordillère, plus rares 
se font les villages. Putre est habité par  
des Indiens aymaras, un groupe ethnique 
très important au Pérou et en Bolivie. Le  
village existait déjà avant l’arrivée des 
Espagnols. Il servait d’étape sur la route  
qu’empruntait le minerai d’argent entre 
les mines de Potosi en Bolivie, et Arica.
Au-dessus de Putre, à partir de 4.500 mètres 
d’altitude, on pénètre dans le parc Lauca.
Dominé par le volcan Parinacota 
et son jumeau le Pomerape,  
le plus renommé des parcs nationaux 
chiliens abrite une faune exceptionnelle.
Le lama y côtoie tous ses proches parents 
: l’alpaga, la vigogne et le guanaco.
On a dénombré dans le parc pas 
moins de 130 espèces d’oiseaux. 
“ L’endroit des flamants ”, Parinacota en 
indien aymara, c’est le nom du plus haut  
volcan du parc – 6.300 mètres – mais 
également celui de l’unique village.  
Ressource principale des rares habitants : la 
confection de vêtements en laine … d’alpaga.
Les contours tourmentés des lagunes 
de Cotacotani annoncent un des plus  
fameux lacs d’Amérique Latine : le lac 
Chungara. A 4.500 mètres d’altitude,  
c’est l’un des lacs les plus élevés du 
globe, avec le lac Titicaca au Pérou.
Cerné par six volcans, le site a été classé 
"réserve de la biosphère ” par l’Unesco.
Dans le cadre grandiose et 
hostile de la Cordillère,  
le lac Chungara est symbole de 
beauté pure, et d’émotion…
Dans le sud du Chili, on distingue 
trois régions : la vallée centrale  
qui s’achève au sud de Santiago, la 
région des lacs autour de Puerto Montt,  
et la Patagonie avec ses conditions 
extrêmes. Partout, la cordillère domine.
Surplombée par les volcans Calbuco et 
Osorno qui culminent à 2.600 mètres, la  
petite ville de Puerto Montt est l’agglomération 
principale de la région des lacs. Important centre  
de pêche peuplé essentiellement de descendants 
d’immigrants allemands, c’est le point de départ  
idéal pour parcourir une côte très découpée, 
ponctuée de fjords et d’îles de toutes tailles.
La plus importante et la plus envoûtante 
des îles : Chiloé. 200 km de long sur  
50 de large, Chiloé occupe une place 
à part au Chili par son isolement,  
son histoire et sa culture. Verte car 
copieusement arrosée toute l’année,  
l’île utilise largement ses 
ressources naturelles, comme le bois.
Les maisons de bois multicolores de 
Chiloé sont connues dans tout le pays.
Mais le bois a servi également 
à la construction des nombreux  
édifices religieux réalisés par les Jésuites. 
L’île compte plus d’une centaine d’églises.
Religion et croyances mystérieuses cohabitent 
depuis des siècles à Chiloé, l’île aux légendes.
Deux personnages mythiques émergent.
Le Trauco, qui hante les forêts, est 
un vilain personnage qui séduit les  
femmes. Il permet d’expliquer 
les grossesses non désirées.
Une jolie blonde, la Pincoya, virevolte sur 
le rivage pour indiquer aux marins-pêcheurs et  
aux ramasseurs de coquillages les meilleurs sites.
Car la pêche en mer est la principale 
activité de Chiloé. Le point de départ des  
embarcations : le port d’Ancud, l’une des 
deux principales agglomérations de l’île.
Une autre activité liée à la mer : 
le ramassage des algues destinées  
aux fabricants japonais de cosmétique, et 
aussi à garnir à garnir les assiettes des  
Chilotes. On retrouve les alpagas sur le marché 
d’Ancud, au milieu des autres produits locaux.
Aujourd’hui petit bourg tranquille, Ancud 
fut jadis une étape importante sur la route  
du Cap Horn. C’est la raison pour laquelle 
est fut dotée de solides fortifications.
Une des caractéristiques de Castro, la 
deuxième ville de Chiloé : les palafitos,  
ces maisons de bois multicolores montées sur 
pilotis. Naguère, les pêcheurs y amarraient  
directement leurs barques à l’heure 
de la marée. Fondée au 16 ème siècle,  
Castro fut longtemps victime des attaques de 
pirates. Résultat : peu de vestiges du passé.
La place centrale est dominée par une cathédrale 
hors normes : elle est de couleur orange et mauve,  
et faite entièrement de tôle. 
Un style inconnu jusqu’ici… 
Autre point de repère de Castro : le marché 
artisanal, avec les produits des activités qui  
ont fait la renommée de l’île, principalement 
le tissage et la vannerie. Les objets liés  
aux mythes et aux légendes perpétuent 
l’image d’une île nimbée de mystères…
Au sud de Chiloé, on pénètre un 
territoire aux conditions extrêmes,  
qui englobe également tout le sud de 
l’Argentine : la Patagonie. Côté chilien,  
deux provinces la composent : l’Aisen et les 
Magallanes. Et toujours, la Cordillère veille…
Dominé par le mont Castillo et ses 
2.700 mètres, le cœur de l’Aisen  
est une vaste région de montagnes, de 
fjords et de glaciers. Les montagnes  
de la cordillère occupent tout l’espace, à 
l’exception de quelques vallées reboisées.
Reboisées, car dans les années 1930, plus 
de 3 millions d’hectares de forêt ont été  
réduits en cendres par les colons qui 
voulaient livrer cet espace aux moutons.
La "route australe" est une piste qui serpente au 
milieu de l’Aisen. Partiellement achevée en 1988,  
a permis le désenclavement des 
quelques hameaux de la région.
Ici, on élève des moutons bien sûr, mais aussi 
des bovins sur les superficies les plus planes.
A la fois fascinant et hostile, 
le nord de la Patagonie ne fut  
habité que par les Indiens Tehuelches et Alakalufs 
avant l’arrivée des conquistadors. Ces derniers  
organisèrent quelques expéditions, juste pour 
vérifier que les Anglais ne s’y étaient pas  
établis. Puis il fallut attendre 1831 pour que 
Charles Darwin dresse les premières cartes de  
la contrée, et le début des années 1900 
pour voir débarquer les premiers colons.
L’un des sites les plus fameux de 
l’Aisen : le lac Général Carrera.
Il est le deuxième plus grand 
lac d’Amérique du Sud, après  
l’éternel lac Titicaca. D’ailleurs, 
il se prolonge jusqu’en Argentine. 
La région est le domaine des 
chevaux, … et des gauchos
Sur la rive du lac, un seul village : Puerto 
Guadal. Ici, le temps semble s’être arrêté.
Les conditions climatiques sont telles qu’il est 
rare de voir les gens déambuler à l’extérieur. Ils  
préfèrent se calfeutrer chez eux quand ils n’ont 
pas à sortir pour travailler. Depuis le passage  
de la route australe, les conditions de vie ont 
quelque peu évolué, mais les traditions demeurent. 
La technique de la boulangère 
n’a pas changé depuis longtemps.
“ En ce moment, je prépare juste le pain 
du matin. Mais quand il y a des visiteurs,  
je dois fabriquer environ 
20 kilos de pain par jour. ”
Mais les visiteurs sont plutôt rares. Pour 
venir jusqu’ici, il faut avoir été grisé par  
le parfum de l’aventure, et être à la recherche 
des valeurs traditionnelles, simples et belles.  
Des valeurs que l’on trouve encore, 
dissimulées derrière les paysages de l’Aisen.
L’extrême sud du Chili est fait d’un 
labyrinthe d’îles et de fjords aux eaux  
glacées, de la pampa patagonienne 
balayée par des vents redoutables,  
et aussi de quelques-uns des lieux 
les plus mythiques du continent.
La route du bout du monde s’achève avec les vagues  
déchaînées du détroit de Magellan. 
Au-delà, c’est la Terre de Feu.
Ici, les vents sont d’une incroyable violence et 
le froid est si pénétrant que même les manchots,  
dits "de Magellan", apprécient les abris. 
Ils sont pourtant dotés d’un plumage isolant,  
constitué de trois épaisseurs de plumes, et 
d’une importante couche de graisse sous la peau.  
S’ils s’installent régulièrement sur ces côtes 
battues par les vents, c’est uniquement pour se  
reproduire, à l’abri des regards indiscrets.
Le climat extrême fixe les conditions de vie  
de toute la région, pour les animaux comme 
pour les hommes. Les épaves sont nombreuses  
dans le détroit. Le Cap Horn et la fameuse zone 
des Cinquantièmes Rugissants sont tout proches.
Les bateaux de pêche semblent, eux, se reposer de 
leur dernière sortie en attendant leur équipage.  
Un des plus grands navigateurs a donné 
son nom au détroit et à l’ensemble de  
la province. C’est Magellan, 
découvreur du Chili en 1520.
Son fragile voilier orne la 
statue qui lui est dédiée,  
au milieu de la place d’armes de Punta 
Arenas, la principale localité de la région.
Fondée en 1848, la ville connut un développement 
spectaculaire au début du XXème siècle.
José Menendez, un immigrant espagnol, 
fut l’un des principaux instigateurs de  
l’élevage des moutons. Il possédait plusieurs 
millions d’hectares dédiés à cette activité.
Les nombreux palais qui ornent le centre de 
Punta Arenas datent de cette époque florissante.  
Ils appartiennent, au même titre que la Cueca, 
vieille danse traditionnelle, à l’histoire locale.
La partie centrale de la province des Magallanes 
est occupée par une vaste plaine quasiment  
plate : la pampa patagonienne. Une steppe où 
les moutons et les chevaux sont chez eux…
Les habitations, ici, sont rares. Comme 
les "estancias" – les fermes – , elles ont  
été conçues pour résister aux rigueurs du climat.
En Patagonie, la légende veut que l’on 
ait droit aux quatre saisons en une même  
journée. Mais les conditions les plus 
rudes sont aussi les plus fréquentes.
On en fait l’expérience toute l’année 
dans le petit port de Puerto Natales.
Ancien centre d’exportation de laine et 
de viande, ce bourg d’apparence paisible  
avec ses maisons colorées , a appris à 
vivre avec les vents les plus puissants.
Puerto Natales est un point de départ naturel pour 
se diriger vers la Cordillère. Les hauts plateaux,  
à une altitude avoisinant les1.000 mètres 
, sont consacrés à l’élevage des moutons,  
la spécialité des gauchos.
“ C’est surtout la laine et la viande, voilà 
notre boulot. La laine se vend, la viande se vend.  
Nous, notre travail on l’a pas appris, 
on le connaît c’est tout. Mon fils,  
lui , a fait des études en Uruguay, il a 
appris le travail de la laine, XXX. Moi,  
je sais exactement quand il faut s’occuper 
des bêtes. Ici, j’ai en ce moment 3.200 brebis  
prêtes pour la reproduction, cela me donne 
des agneaux et de la laine en décembre. ”
Mais les hauts-plateaux n’ ont pas toujours 
été habités que par des animaux ordinaires…
Au bout de la route, … une surprise. 
Derrière d’énormes blocs de pierre,  
au fond d’une grotte, on découvrit 
en 1895 les restes d’un … milodon.
Haut de 3 mètres, cet animal vieux de 
10.000 ans fascina les scientifiques.  
Des expéditions furent même organisées pour 
trouver un milodon vivant. Mais sans succès…
La route mène au parc national Torrès del 
Paine. La faune y vit dans des conditions  
climatiques très dures, au milieu d’un décor 
parmi les plus redoutables du continent.
Classé “ réserve de la biosphère ”, le 
parc s’étale sur différentes altitudes  
allant du niveau de la mer à 3.000 
mètres. Ce qui explique l’existence  
d’une flore très particulière. Exemple : le 
"niare", l’arbre symbole de la Patagonie.
Lorsqu’elle est d’une pureté parfaite, la glace 
rayonne d’une couleur bleue. D’énormes blocs de  
glace se détachent l’été des glaciers pour venir 
s’échouer sur le sable noir qui borde les lacs,  
ou parfois plonger dans l’océan, dans un 
étonnant chaos de couleurs et de formes.
Seuls le guanaco et quelques autres 
mammifères habitent cette nature primaire.
Sociable et curieux, cet autre cousin du lama 
vit en troupeaux … parfois un peu turbulents.  
Une des raisons peut-être : les femelles y 
sont bien plus nombreuses que les mâles…
Le guanaco partage son 
territoire avec le "nandou",  
le plus gros oiseau du continent 
américain, incapable de voler mais,  
comme l’autruche, meilleur à la course 
que la plupart des autres animaux.
Moins d’un habitant au kilomètre carré, 
des conditions climatiques extrêmes,  
la Patagonie chilienne est l’un des 
territoires les plus inhospitaliers  
de la terre mais c’est l’un des seuls où l’on 
respire encore le vrai parfum de l’aventure.
A 3.700 kilomètres des côtes chiliennes 
et 4.000 de la Polynésie française,  
l’île de Pâques est la terre 
la plus isolée de la planète.
23 km de long et 12 de large, Rapa Nui – le 
nom traditionnel de l’île – forme un triangle,  
avec un volcan éteint à chaque angle. 
Elle est rattachée au Chili depuis 1888.
Une île étrange, d’origine volcanique, composée 
d’un vaste plateau vallonné et aride…
Son peuplement daterait de 400 ans après 
Jésus Christ et serait d’origine polynésienne.  
Certaines habitations retrouvées sont la marque 
d’une société féodale datée du 12ème siècle.
A cette époque, les Pascuans vénéraient de 
nombreux dieux, parmi lesquels Make Make,  
créateur de la terre et du soleil.
Ils disposaient d’un mode d’écriture sur 
tablettes de bois, resté indécryptable .
L’île fut découverte en avril 1722, 
le jour de Pâques, d’où son nom,  
par l’amiral hollandais Roggeveen. D’autres 
navigateurs européens y firent des escales  
plus pacifiques Par la suite, aventuriers 
et esclavagistes provoquèrent massacres et  
déportations qui réduisirent la population à une 
centaine d’habitants à la fin du XIXème siècle.
Aujourd’hui, l’origine polynésienne 
des Pascuans ne fait guère de doute,  
tant d’un point de vue morphologique que culturel.
C’est à Hanga Roa, l’unique 
agglomération de l’île,  
que sont rassemblés aujourd’hui la plupart des 
habitants de l’île de Pâques. Ils ne sont que  
3.000. Leur principale ressource, 
en-dehors du tourisme : la pêche.
La vie du petit bourg se déroule, paisible, 
autour de quelques points de repères : la baie,  
la rue principale, l’église catholique, 
et la visite au marché municipal…
Tourisme oblige, les produits artisanaux 
sont nombreux, dédiés pour la plupart aux  
divinités anciennes, et aux personnages 
les plus célèbres de l’île : les moais.
Les premiers voyageurs qui découvrirent l’île 
de Pâques restèrent fascinés par ces statues  
géantes au visage énigmatique, 
dont 800 exemplaires subsistent.
On sait désormais qu’elles ont été 
taillées entre les 12ème et 17ème siècle,  
au centre de l’île, sur le 
flanc du volcan Rano Raraku.
Le vrai mystère de l’île de Pâques réside dans 
le moyen de déplacement de ces colosses dont  
la taille pouvait atteindre 20 mètres. 
Étaient-ils dressés verticalement puis  
tirés à l’aide de cordes en les 
faisant pivoter sur leur base,  
ou déplacés couchés à l’horizontale sur 
des rondins ? Les nombreux moaïs brisés  
autour du site témoignent en tout 
cas de la difficulté de la tâche.
Personne n’a encore pu expliquer 
pourquoi un des moais a été sculpté  
agenouillé. Haut de 4 mètres, c’est 
le seul à adopter cette position.
Il fait partie des 70 sentinelles de pierre  
qui montent la garde sur les 
flancs extérieurs du cratère.
A l’intérieur, une vingtaine d’autres moais 
attendent patiemment, depuis des siècles,  
d’être emmenés sur le site 
auquel ils étaient destinés.
A proximité du Rano Raraku, le rivage qui 
annonce la péninsule de Poike aligne l’un  
des plus beaux groupes de moais de 
l’île, tournant le dos à l’océan.  
Sur le site de Tongariki, ils sont 
quinze, tous de tailles différentes.
Les moais étaient des divinités protectrices, 
chacun étant la représentation d’un ancêtre.  
Tourné vers l‘entrée du village, ils 
étaient installés sur des "ahu ", des  
plates-formes monumentales faites de 
pierres polies et assemblées sans mortier.
Chaque moai avait des yeux sculptés 
dans le corail et dans l’obsidienne.
Le moaï portait aussi un couvre-chef, 
le "pukao", en pierre volcanique rouge.
Le fournisseur de "chapeaux" ? Le volcan 
Puna Pau, aux abords duquel les Pascuans  
taillaient les pukao. Une vingtaine 
de ces couvre-chefs pour géants,  
sont encore dispersés à proximité du cratère.
La petite crique d’Ovahe et sa falaise percée de  
grottes rappellent que l’île de 
Pâques est un véritable gruyère.
Les nombreuses fractures du sol ont souvent 
servi de refuge à la population lors des  
sanglantes guerres tribales, ou encore lors 
des combats contre les envahisseurs extérieurs.
Le site d’Ahu Akivi aligne 7 moais. Il 
est unique en son genre, car ces moais  
sont les seuls à être dressés à l’intérieur des 
terres et à regarder en direction de l’océan.  
Peut-être parce que le village auquel ils 
appartenaient était installé sur le rivage.
Anakena est la seule vraie plage de l’île. Ici 
aussi veillent 7 moaïs. D’après la légende,  
c’est sur cette côte que débarqua au 12ème siècle 
Hoyu Matua, fondateur de la civilisation pascuane  
et premier souverain de l’île. Ce site sacré 
était chaque année le théâtre d’une grande.
Rano Kao ! Le volcan le plus spectaculaire 
de l’île. Profondeur du cratère : 200 mètres.
Sur le versant du volcan qui domine la mer et 
trois îlots, le site d’Orongo rassemble quelques  
maisons de pierres , vestiges d’un ancien village. 
En surplomb, une plate-forme sacrée est décorée  
de pétroglyphes suggérant de mystérieuses 
divinités. Les traditions religieuses et la  
culture pascuanes comporteront longtemps encore 
de multiples énigmes, de multiples facettes…
Lourds à la fois de fierté, de reproches, 
et de solitude, figés pour l’éternité,  
les regards des Moaïs semblent dirigés vers 
le pays où s’imbriquent désert, montagne,  
glace et feu. Mais en réalité ils portent 
leur mystère, bien au-delà de la cordillère.

Film vu sur France 5 et Voyage !

Le « pays longiligne », comme le surnommait Pablo Neruda, décline tous les extrêmes. Du nord au sud, sur plus de 4 000 kilomètres, Pierre Brouwers a filmé déserts, champs de geysers, régions agricoles, lacs d’altitude, steppes, glaciers, volcans, parcs nationaux… Sans oublier une des terres les plus isolées et les plus mystérieuses du globe : l’île de Pâques. Il a aussi connu tous les climats. Valparaiso, Patagonie, Santiago, Terre de Feu, détroit de Magellan : le Chili est étroitement lié à une multitude de noms synonymes de mythes qui ne peuvent – comme ce documentaire – être qualifiés que par un seul terme : exceptionnel.

Pour s’abonner à la chaîne, c’est ici : https://cutt.ly/2hxFnw4

Suivez l’actualité de Pierre Brouwers sur :

– https://www.instagram.com/pierre_brouwers/
– https://www.facebook.com/PierreBrouwersdecouvrirlemonde/
– https://www.pinterest.fr/pierrebrouwers3/

Les DVD sont disponibles sur http://www.decouvrir-le-monde.com/

3 Comments

  1. Génial !!! 👏👏👏 👍👍👍 Même si sa partie sur le parc national de Torres del Paine a été victime du mauvais temps ( le même problème m' est arrivé la première fois que j' ai visité le Yellowstone et le Grand Téton aux États-Unis , on ne pouvait quasiment rien voir ! ) , ce film sur le Chili est un de mes préférés de Pierre Brouwers , je trouve toute la partie nord avec le désert d' Atacama particulièrement réussie . Bravo et vivement le Pérou ! 😂 👏 👍

Leave A Reply